‹ La prince-canicheChapitre 19 sur 46 · LE RESPECT DE L'AUTORITÉ · texte numérisé non relu

LE RESPECT DE L'AUTORITÉ

velle figure. C'était un charmant caniche. Sa têle blanche et frisée, ses yeux noirs, son nez retroussé lui donnaient Fair d'un marquis poudré. Sûr de lui-même, il traversa deux salons vides ; arrivé dans l'antichambre, il y trouva tous ses chiens nonchalamment couchés sur un tapis de Perse: leur'service était de ne rien faire; ils s'en acquittaient de leur mieux.

A la vue de l'étranger, un lévrier, à moitié endormi, se leva ; il s'approcha de l'inconnu et le flaira de la tète à la queue et de la queue à la tête avec une familiarité de mauvais goût. Le prince-caniche n'entendait pas qu'on lui manquât de respect ; il se mit en arrêt el grogna d'une façon menaçante. Aussitôt toute la bande se dressa sur ses pattes et se rua sur lui en aboyant. Un mâtin, à la mine renfrognée, hurla dans son patois chiennesque : (c Ce drôle n'a pas de collier ; c'est un intrus. Haro ! » El d'un coup de gueule il mordit le nouveau venu de telle sorte que la pauvre bête (c'est Jacinthe que je veux dire) sauta par la fenêtre, comme si un ressort l'eût lancé dans l'espace.

Heureusement pour la dynastie des Tulipes, l'appartement du prince n'éluit qu'à dix pieds du

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sol. Jacinthe tomba sur ses pattes, il en fut quitte pour un peu d'étonnement. o Ces sottes bétes ne m'ont pas reconnu, pensa-t-il ; si jamais je reprends la forme humaine, quel plaisir j'aurai à assommer toute cette canaille et à en débarrasser le palais. »

En regardant autour de lui, Jacinthe s'aperçut qu'il était dans le jardin du château. C'était une promenade publique; le prince n'y était jamais entré. L'occasion était belle pour se mêler à la foule; Jacinthe profita de rinco* gnito et se mit à étudier son bon peuple de plus près.

Les allées étaient remplies de dames élégantes, et il y avait un nombre infini de nourrices, de bonnes et d'enfants. Ce qui frappa surtout le prince, ce fut l'excellent esprit dont ses soldats étaient animés. Cavaliers et fantassins se disputaient le plaisir d'amuser les enfants ou de les faire danser sur leurs genoux. Il y avait de farouches moustaches qui jouaient au cerceau et des traineurs de sabres qui portaient des pou« pées. Ces marques de bon naturel charmaient Jacinthe. Tranquillement assis sur son derrière, il regardait deux sapeurs qui tournaient une

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