ON FAIT CONNAISSANCE AVEC ARLEQUIN
que lisait La Douceur. II en était arrivé à un paragraphe qui l'intéressait particulièrement:
« Parmi les 1,352,000 pétitions qui ont été remises à Sa Majesté le jour de son avéne^ ment, on remarque la pétition inscrite sous le nM 25,727; elle a été rédigée par la Société protectrice des animaux. Ces âmes sensibles, journellement révoltées par les mauvais traitements dont les bêtes sont victimes, demandent à l'autorité que les chiens vagabonds arrêtés chaque jour ne soient plus pendus, et qu'on mette fin à celte barbarie. La société croit qu'on pourrait les asphyxier délicatement, et même agréablement, soit avec du chloroforme, soit avec de l'acide prussique, et que de cette façon on concilierait les devoirs de la justice avec les droits de l'humanité. »
a Le diable emporte les philanthropes I dit le geôlier en froissant le journal ; ils sont toujours à chercher des pou s sur la tête des pauvres gens. Qu'on leur donne la croix et qu'ils nous laissent tranquilles ! Je vous demande un peu s'il n'est pas juste d^étrangler les chiens d'aujourd'hui comme on Ta fait pour leurs pères et leurs grands-pères? Pauvres bêtes ! si on leur
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demandait leur goût, je suis sûr qu'elles préféreraient la corde à toutes ces pharmacies. II y a si longtemps qu'elles y sont habituées. »*
Comme il disait ces mots, une masse énorme, lui tombant sur le cou, le jeta dans la rue, la tôte la première. Furieux, il se releva, et vît dans le lointain deux chiens qui se sauvaient de toute la force de leurs pattes. Il voulut courir après eux; mais, au même iiistant, déboucha par la fenêtre toute Tarmée des chiens capti!*s qui avait trouvé le chemin de la liberté. En vain La Douceur appela au secours, les aboiements couvraient sa voix : tout fut inutile. Ce jour-là, par le crime d'Arlequin, le bourreau n'eut rien à faire, cl, comme le remarqua un journal officieux, il fciUul voiler la statue de la Loi.