CHAPITRE XVI
LA CARTE A PAYRR.
Dès que Taube parut, le roi appela le grand prévôt de Tannée et donna les ordres les plus précis pour qu'on ensevelit les morts et qu'on poursuivît les maraudeurs.
' « On les fusillera sur place, dit roflîcier.
— Non, dit Jacinthe, il n'y a que trop de sang de versé. »
Il chargea trois de ses aides de camps de parcourir les villages ravagés et de réparer, autant qu'on peut le faire avec de l'argent, les misères et les crimes de la guerre.
Puis il monta à cheval et se rendit aux ambulances.
Toute la nuit, les chirurgiens avaient travaillé avec leur dévouement habituel ; admirables soldats qui bravent la fatigue et la contagion comme
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d'autres bravent la mitraille ! Déjà plus de trois mille blessés, amis ou ennemis, élaient opérés, pansés et couchés dans des lits ; mais au dehors, sous des tentes dressées à la hâte, il y avait encore des milliers d'hommes qui saignaient sur la paille, et dans le lointain on voyait des files de soldais et de paysans qui amenaient sur des brancards leur lugubre fardeau. Jacinthe détourna la tête et entra dans le premier hôpital qui s'ouvrait devant lui.
Conduit par un des médecins principaux, le prince alla de lit en lit, s'arrêtant près de chaque blessé, donnant à quelques-uns des récompenses, à tous des consolations. Certains blessés se relevaient péniblement sur leur coude pour remercier le roi ; d'autres riaient.
a Que voulez-vous, sire, dit un hussard qui avait un bandeau sur la tête, on ne fait pas d'o* melclte sans casser des œufs. »
Le plus grand nombre ne remuait pas, ne parlait pas. Leur regard douloureux disait à Jacinthe :
a Sans vous, nous n'en serions pas là. » Et Jacinthe avait le cœur navré.
Au bout d'une galerie, le prince entra dans
une salle d'opérations. Là était étendu Narcisse, qui appelait la mort à grands cris. Deux chirurgiens, dont les bras ruisselaient de sang, tailladaient le pauvre soldat et le raillaient pour lui donner du courage.
« Plains-toi donc, disait un des opérateurs ; voici la sixième balle que je te retire du corps, et pas un organe atteint. Deux méchants doigts de pied cassés, voilà une belle affaire. Tu as plus de bonheur qu'un honnête homme.
— Tuez-moi ! par pitié, tuez-moi ! criait Narcisse ; je veux mourir.
— Non, dit le prince en s'approchant du blessé ; il ne faut pas que tu meures, Narcisse, il faut vivre pour Giroflée, et lui porter la croix que tu as si bien gagnée.
— Oui, mon prince, s'écria le moribond, je vivrai pour elle, pour vous ; merci, merci ! » Et il se mit à pleurer.
Dès que le prince eut fait quelques pas, Lafleur, caché au pied du lit, allongea sa maigre figure, et, regardant Narcisse d'un air joyeux :
« A-t-il une chance, ce cadet-là, s'écria-t-il. Ce n'est pas moi qui sllraperai jamais six balles
dans le corps, pour que le roi vienne à pied savoir de mes nouvelles. »
Au bruit de celle grosse voix, Jacinthe se retourna.
a Sergent Lafleur, dit-il, je vous ai vu hier près de moi, et vous ai fait porter moi-même à Tordre du jour. On ne vous oubliera pas. »
Le sergent ouvrit la bouche, remua les deux bras, essaya d'avaler quelque chose qui Tétranglait, n'y réussit pas, et pour toute réponse se mit au port d'armes et fit le salut militaire : Jacinthe sourit pour la première fois.
En rentrant au quartier général, le prince y trouva le comte de Touche-à-Tout, accompagné du chevalier Pieborgne. Deux heures après avoir lu dans le journal officiel l'annonce de sa maladie, l'avocat avait couru chez son heureux collègue, et après dix minutes d'entretien, il était rentré chez lui parfaitement et officiellement guéri. Heureux ceux qui ne croient â rien sur la terre, l'amitié des ministres leur appartient à jamais !
Dès que Jacinthe vit le comte, il courut à lui et lui prit la main.
« Point de compliment, dit-il : nous causerons
de lout cela plus tard, à mon retour. Parlez-moi de mon peuple, de vous, de votre famille. Vous n'avez point été trop inquiets?
— Sire, dif Touche-à-Tout, vous ne nous en avez pas laissé le temps. Ma fille seule, faible comme toutes les femmes, ne dormait pas en attendant les nouvelles de l'armée. J'étais obligé de la gronder.
— Vraiment I » dit Jacinthe.
Ses yeux brillèrent, et il se mit à rêver.
Ce n'était point pour traiter de bagatelles que le comte venait au camp. Il passa de. suite aux choses sérieuses et parla des conditions de la paix. Après une victoire aussi éclatante, on pouvait tout exiger. Il y avait quatre provinces de l'ennemi qui convenaient aux Gobemouches ; il fallait en obtenir la cession. A la vérité, les peuples de ce pays n'avaient rien de commun avec les vainqueurs, et même ils les haïssaient de longue date. Ce n'était ni la même langue, ni la même religion, ni les mêmes mœurs; mais cela avait peu d'importance. La politique ne s'arrête pas à de pareilles niaiseries; avec de bonnes garnisons et une administration solide, on vient à bout de ces répugnances. Il suffit de sacrifier
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deux ou trois générations ; c'est peu de chose quand le but est grand. Les philosophes avaient de ridicules théories sur les races et les nationalités ; rien n'était plus contraire à Texpérience. Les peuples sont une cire molle, tout dépend de la main qui enfonce le cachet .
A cette ouverture, le prince répondit froidement que son parti était arrêté. 11 ne voulait pas de conquêtes, et ne se souciait nullement d'être le geôlier d'un peuple asservi. Il avait assez de la guerre et de ses horreurs ; ce qu'il lui fallait, c'était une paix qui n'humiliât personne, un traité honorable pour les deux peuples, et qui mit fin à de trop longues divisions.
Le comte jeta sur Jacinthe un regard de protection :
« Sire, dit-il, je comprends et j'ose dire que je partage votre émotion. La vue d'un champ de bataille est un spectacle épouvantable. Il faut plus d'un jour pour s'y endurcir. Mais un grand roi résiste à cette faiblesse des sens, il regarde avant tout à la grandeur de sa maison. Tant qu'il y aura ici-bas des gouvernements et des peuples différents, il y aura des querelles, des luttes, des combats. La guerre est une maladie, je l'ac-
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corde, mais c^est une maladie nécessaire. Tout ce que peut faire la sagesse humaine, c'est d'en réduire les occasions, et pour en arriver là, quel meilleur moyen y a-t-il que d'écraser l'ennemi et de le réduire à l'impuissance ?
— Monsieur le comte, dit Jacinthe, vous oubliez l'histoire. Il y a cinq siècles que nous nous bâtions avec nos voisins; nous avons tué des millions d'hommes ;• sommes-nous plus avancés qu'au premier jour? Non. La guerre enfante la haine; la haine, à son tour, enfante la guerre. Il est temps de renoncer à cet vieille et fausse politique. Je veux la paix.
— Sire, s'écria le chevalier Pieborgne d'une voix solennelle et en se levant, je ne puis assez admirer la modération de Votre Majesté ; mais que le roi permette à son fidèle serviteur de lui parler avec une entière franchise : c'est une lourde et difficile entreprise que de rompre avec ces antiques traditions qui ont fait la grandeur de la maison des Tulipes. La sagesse de vos aïeux, sire
— Chevalier, dit le prince, vous m'avez déjà récité ce discours-là ; chargez-vous de le réfuter pour la session prochaine.
— Hum ! se dit tout bas Pieborgne, le comte est moins solide que je ne cro^^ais. »
Et il s'assit tranquillement.
Des deux côtés on gardait le silence ; Toucheà-Tout prit enfin la parole.
c{ Sire, dit-il, avant que Votre Majesté ne prenne une décision aussi grave, je la prie d'écouter une fois encore un homme qui a vieilli au service de la monarchie. La royauté repose sur deux colonnes, l'administration et Tarmée ; en affaiblir une c'est tout ruiner. La paix établie à toujours. Voire Majesté tiendra-t elle sur pied une armée de cinq cent mille hommes ? Que fera-t-elle de ses officiers mécontents et de ses soldats oisifs? Le pays snpportera-t-il longtemps une charge aussi lourde qu'inutile?
— Nous renverrons, aux champs trois cent mille laboureurs, répondit le prince : tout le monde y gagnera.
— En ce cas, reprit le comte, ce n'est pas seulement l'armée qu'il faut réformer, c'est l'administration, c'est l'impôt, c'est le gouvernement tout entier. Désormais il nous faudra vivre uniquement occupés de travail et d'économie, comme les petits peuples sans nom qui nous avoisinent.
. — Le grand mal? dit Jacinthe.
— Oui, Sire, ce sera un grand mal ; car le jour où Votre Majesté licenciera Tarraée sera le dernier jour de notre vieille et glorieuse monarchie. Le roi est jeune, il n'a pas encore embrassé dans son ensemble l'admirable organisation de son empire ; autrement, il ne briserait pas avec autant de facilité un instrument sans pareil. Étudiez notre merveilleuse centralisation , sire, vous verrez que tout est calculé pour que toutes les forces, tout l'argent, toutes les ressources du pays soient entre les mains du prince. Le peuple n'a rien à lui. Son or, son sang, ses fils, tout est au roi. L'administration tient dans sa dépendance le plus grand aussi bien que le moindre des sujets ; elle habitue chaque Gobemouche au travail, à Tobéissance, à l'impôt, au service militaire, et, par cette solide éducation, elle en fait le premier soldat du monde. La gloire de l'Etat, la puissance du prince, voilà Tobjet unique de votre gouvernement I Supprimez la guerre, supprimez l'armée, à quoi bon cette prodigieuse machine? Un peuple de laboureurs et d'ouvriers n*a que faire d'une tutelle administrative ; chacun vit à ses risques et périls et ne songe qu'à
soi. A une foule pareille, la liberté suffit pour mener bourgeoisement les affaires publiques.
C'est la centralisation, c'est l'armée, c'est la guerre qui arrachent l'individu à cette vie étroite et qui remplacent l'amour du bien-être et Fégoisme du foyer, par ce patriotisme qui fait vivre tout un peuple de la pensée d'un homme ; est-il rien de plus noble qu'une nation qui s'immole pour la grandeur du souverain?
« Voilà, sire, ce que mon zèle m'oblige de dire à Votre Majesté. En théorie, rien de plus beau que la paix universelle ; en fait, c'est l'avénement d'une société nouvelle, c'est la destruction de l'antique royauté. C'est à cheval et le glaive au poing que vos ancêtres ont fondé leur empire ; c'est par la guerre qu'ils ont maintenu et agrandi leur autorité, au dedans, non moins qu'au dehors. L'œuvre est achevée. Votre Majesté ne peut la détruire; j'oserai dire qu'elle n'en a pas le droit. L'armée est le bras du prince; un roi n'est rien que par l'épée; s'il désarme, il abdique.
— Cher comte, répondit Jacinthe d'un ton résolu, j'apprécie votre zèle et votre dévouement. 11 y a trois jours vos paroles auraient pu m'é-
blouîr; l'aspect de ce champ de carnage m'a dessillé les yeux. Depuis que je sens la responsabilité qui pèse sur ma tète, ce pouvoir absolu qui vous charme, me fait peur. Quoi! c'est entre les mains d'un homme que vous remettez le droit d'envoyer tout un peuple à la boucherie? Cet effroyable privilège, j'en ai usé, je n'en veux plus. Si la vieille machine du gouvernement doit tomber avec l'armée, qu'elle tombe au plus vite. Que m'importe la centralisation ? Est-elle autre chose que la commune servitude du prince et des sujets? Advienne que pourra, mon choix est fait. J'aime mieux être le premier magistrat d'un peuple libre que le grand Lama de l'administration.
— Sire, s'écria Pieborgne, que Votre Majesté me permette de lui emprunter ces mots sublimes, mon discours est fait. La chambre est à moi ! Arrière ce système suranné qui sacrifie tout un peuple à la passion, au caprice, à la folie d'un homme! 11 est passé, le temps du pouvoir absolu ; un jour nouveau se lève sur un monde meilleur. Ce ïi'est plus par la force et le silence que les princes gouvernent, c'est par l'intelligence et le dévouement. Glorifions-nous d'avoir
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à notre tête un roi chez qui la sagesse devance les années, qui comprend ce que la civilisation demande, et qui (c*est à lui-même que j'emprunte ces paroles admirables) aime mieux être le premier magistrat d'un peuple libre que le grand Lama de l'administration.
— Chevalier, dit Touche-à-Tout, vous oubliez votre laryngite, vous aurez une rechute.
— Je vous remercie de l'intérêt que vous prenez à ma santé, dit Tinnocent Pieborgne, mais je crois, mon cher collègue, qu'en ce moment parler me fait du bien. »
Le comte lui jeta un regard de mépris, et s'adrcssant à Jacinthe :
« Sire, dit-il, permettez-moi une dernière réflexion, après quoi je me renfermerai dans un silence respectueux. C'est pour faire le bonhenr de son peuple que Sa Majesté veut généreusement renoncer au glorieux héritage que lui ont transmis ses ancêtres. J'admire la noblesse d'un pareil sacrifice, je doute de son utilité. Je crains que l'expérience n'apprenne au roi que la fai^ blesse de l'administration est plus fatale encore au bien-être des sujets qu'à la grandeur du prince. Il est des nations faites pour se gouver*
ner elles-mêmes , elles ont l'esprit, les mœurs, les habitudes de la liberté ; il en est d'autres qui sont faites pour être gouvernées et qui n'en tiennent pas moins leur place dans le monde.
Les Gobemouches ne sont pas un peuple, c'est une armée ; ils ont toutes les vertus et tous les vices du soldat. Braves, généreux, intelligents, mais remuants, moqueurs et vaniteux, ils ne se résigneront jamais à la monotonie d'une vie réglée. Ce qui leur plaît, c'est le danger, c'est le hasard, c'est la fortune gagnée en un jour à force de courage, d'esprit ou de bassesse. Héroïques soldats, détestables citoyens,' mécontents ou valets, un pareil peuple n'est qu'une foule désordonnée si une main de fer ne le discipline et ne le mène militairement vers un but glorieux. Avec un chef énergique, il n'est rien dont cette nation ne soit capable ; abandonnée à elle-même, elle se dissoudra. Pour les Gobemouches, la liberté n'est que le déchaînement de toutes les passions, le règne de l'audace et de la cupidité; son dernier mot c'est l'anarchie. — Cher comte, dit le prince, vous êtes dur pour mon pauvre peuple; j'en ai meilleure opinion. Je crois que lui et moi nous avons été
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mal élevés, nous referons notre éducation ensemble, j'aurai confiance en lui, j'espère qu*il me rendra amour pour amour.
— Non, sire , je le connais, il prendra voire bonté pour faiblesse, il y répondra par l'insolence et le dédain. C'est un cheval vicieux qui s'empoi*te dès qu'on lui rend la main.
— Sire, dit Pieborgne qui étudiait le visage du jeune monarque, permettez-moi de protester contre cette accusation. Nous ne sommes ni aussi vaniteux, ni aussi ingrats qu'on nous fait. On nous a toujours gouvernés par nos défauts, orf a flatté nos vices pour en abuser; qu'on essaye de nous gouverner par nos vertus, on verra ce que peut faire ce peuple qui n'est léger que parce qu'on le traite en enfant. Donnez-lui la liberté, il s attachera au travail, il aimera son prince, et comme il a été le premier dans la guerre, il sera le premier dans la paix.
— Est-ce un fragment de votre prochain discours? demanda Touche-à-Tout ; il me semble que vous avez changé de dossier. »
Pieborgne regarda le comte d'un air narquois et ne répondit rien. C'était un si grand avocat qu'il savait se taire au besoin.
- Après un court intervalle, le comte releva la tète d'un air dégagé.
« Sire, dit-il, je pars dans une heure pour préparer le retour de Votre Majesté dans ses États. Voici la liste des perles que nous avons subies. Trois mille morts, douze mille blessés; quel chiffre mettra-t-on dans la Vérité offiàelle?
— Pourquoi la Vérité officielle ne dirait-elle pas purement et simplement la vérité? demanda Jacinthe, surpris de la question.
— Cela ne s'est jamais fait, sire. Voilà encore une nouveauté qui effrayera tout le monde. L'usage est de réduire nos pertes au quart, et de quadrupler celles de l'ennemi. Les Gobemouches sont habitués à cette arithmétique. Dites-leur la vérité, ils n'y croiront pas.
— C'est encore une éducation à refaire, dit le prince; commençons dès aujourd'hui.
— Avant de quitter Votre Majesté, reprit le comte, je la prierai de signer ce papier. C'est un emprunt de deux cents millions destinés à payei les dépenses extraordinaires de la mémorable journée deNecedad.
— Quinze mille hommes hors de combat, deux cents millions de perdus! s'écria Jacinthe,
ïlO LE PRINCE-CANICHE.
— Sire, dit Touche-à-Tout, qu'esf-ce que cela auprès de la gloire que Votre Majesté a conquise ?
— IlélasI reprit le prince, qu'est-ce que la gloire auprès de tant de sang et de tant d*or inutilement gaspillés ! Donnez, comte, que je signe. Mais vous me parliez de deux cents millions, et je vois que l'emprunt est de deux cent vingt?
— Oui, Sire, il y a dix millions pour les banquiers, et dix millions pour les fêtes que les Gobemouches vont offrira leur prince victorieux. C'est leur part de gloire, on ne peut pas la leur marchander.
— A Dieu ne plaise que je m'oppose à la joie de mon peuple ! je serai fier des hommages que recevront nos braves soldais. Mais pourquoi envier à nos sujets le plaisir d'organiser euxmêmes les fêtes qu'ils nous donnent? Sont-ils donc incapables de dépenser eux-mêmes leur argent? •
— Certainement, sire, reprit le comte. Il y a des siècles que les Gobemouches'ont remis au gouvernement le soin de leurs plaisirs et de leurs peines. Joie ou douleur publique, lout se r<3gle administrativement. Que deviendrait Tau-
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torité si un peuple indiscret refusait de s\Titrister ou de se réjouir quand l'État est en deuil ou en liesse? De quoi se plaindraient les Gobemouches? Ils payent et ne s'inquiètent de rien ; plaisirs et fêtes viennent au-devant d'eux. Prulon imaginer une condition plus heureuse ?
N'est-ce pas celle d'un prince avec ses intendants?
Jacinthe signa en soupirant et sortit. Pieborgne le suivit pour lui démontrer, dans un long discours, qu'à une nouvelle politique il fallait des hommes nouveaux, que le règne de la liberlé était celui de l'éloquence, et que le premier ministre d'un roi constitutionnel était nécessairement un avocat. Le prince le laissa parler sans l'interrompre, il ne l'écoutait pas ; il songeait aux morts, aux blessés, et, s'il faut tout dire, il songeait aussi, et plus qu'il ne l'aurait voulu, au plaisir de revoir l'aimable Tamaris.
Touche-à-Tout élail furieux; la faiblesse du roi l'inquiétait, la perfidie de Pieborgne l'indignait. Quoi ! cette œuvre séculaire, que, pour sa part, il avait soutenue par un labeur de trente années, allait s'écrouler sous le souffle d'un enfant? L'héritage du premier ministre tomberait
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entre les mains d'un bavard qui jouait avec les mots? Non, cela ne se pouvait pas.
a On ne nous connaît point, pensait-il tout le long de la route, on ne sait pas ce que c'est que l'administration. Elle a trouvé moyen de se passer du peuple, elle saura quelque jour se passer des rois. x>