I/ENFANCE DE JACINTHE
La fée de la iiuitavail tenu parole. A la beauté, à la grâce d'Apollon, Jacinthe joignait la force du jeune Hercule. Son enfance annonçait déjà ce qu'il sei?ait un jour. A dix ans il avait jeté deux de ses maîtres par la fenêtre; on ne lavait calmé qu'en lui donnant pour précepteur un petit abbé borgne, boiteux et bossu, qui n'avait pas eu de peine à lui démontrer que tout n'est pas bien ici-bas et que l'homme d'esprit est celui qui n'admire rien, et prend en pitié la triste humanité. Grâce à cette forte éducation, Jacinthe, à quinze ans, n'avait ni timidité ni scrupules. Dans les salons de la cour il tenait tète à tout le monde, avec l'aplomb d'un philosophe qui a vu le fond des choses, et l'aisance d'un prince qui sait que tout lui est permis. Il parlait bataille aux avocats, justice aux financiers, religion aux médecins, économie aux courlisans, peinture aux belles dames, et tout cela d'un ton si sérieux et si ironique à la fois, qu'il démontait le plus hardi. Avec un pareil langage tout autre se serait fait haïr, mais Jacinthe était le filleul des fées; ses marraines lui donnaient tous les cœurs. D'ailleurs il avait la taille si mince et si souple, le pied si cambré, la main si fine, le
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regnrd tour à tour si doux et si insolent, qu'il n clait point de femme qui ne le proclamât le prince le plus charmant de la terre ; et dans le pays des Gobemouclies ce que femme veut, Dieu le veut, ce que femme voit, elle le fait voir à son mari. Voilà pourquoi Jacinthe était adoré de son peuple el se moquait de lui.
Dans la royale maison des Tulipes, c*esl ù seize ans que commence la majorité des princes, il n*est pas besoin de dire si l'on comptait les jours et les heures dans l'attente de cet événement désiré. L'impatience était d'autant plus vive que la reine venait d'être prise d'une manie qui diminuait encore le peu de respect qu'on lui portait. Elle avait acheté à grands frais une meute de chiens de tonte taille et de tout poil et lavait logée dans les apparfements royaux. Les beaux esprits raillaient sans merci ce goAt bizarre, les plus indulgents haussaient les épaule>, et disaient tout bas, en souriant d'un air vainqueur, que les vieilles femmes aiment les bétes, faute de mieux. Un jeune philosophe, en quéle d'un système, saisit l'occasion aux cheveux et brocha là-dessus un gros livre qui lui permettait d'expliquer tontes choses avec