ACTE PREMIER
étaient reconnues insuffisantes, et de l'envoyer directement
à Paris.
Aux grands maux les grands remèdes.
GODLER.
Mais ce n'était pas tout ; il fallait que la beauté à la recherche de laquelle on était fût d'une qualité particulière, et que celle qu'on n'épouserait pas ne différât que par le rang de celle qu'on épouserait. Bref, ce n'était pas une Lycœnion, c'était une véritable Chloé que l'on cherchait pour l'instruction de ce Daphnis et il ne fallait pas que ce fussent jeux de petits enfants.
TRÉVELÉ.
Je vois poindre la jeune Lionnette. Mais comment les choses arrivèrent-elles ?
GODLER.
C'est ce qui fera le sujet du chapitre suivant. L'ambassadeur de Bagdad venait quelquefois avec nous, le soir, manger des marrons et boire du cidre chez la mère Duranton,
TRÉVELÉ.
Et il trouva moyen d'amener le jeune prince à manger les cerises et les amandes !
GODLER.
Lequel prit tellement goût à ces fruits exquis, qu'il ne voulait plus manger autre chose, qu'il ne voulait plus s'en aller, qu'il ne voulait plus étudier, qu'il ne voulait plus régner; il voulait épouser. Cependant le roi, renseigné et
rassuré, rappelait son fils. Il fallait retourner à Bagdad. Daphnis pleurait, Chloé aussi.
Vous êtes roi, vous pleurez et je pars.
GODLER.
Et c'est ainsi que la belle Lionnette vint au monde, ayant pour père légal un marquis de Quansas, gentilhomme ruiné, quelque peu taré, qui se trouva justement là pour toucher une dot, donner son nom à la mère et à la fille, et mourir, peu de temps après, sans passer par la police correctionnelle, comme chacun s'attendait à l'y voir.
TRÉVELÉ.
Alors la comtesse est fille d'un prince?
GODLER.
Fille d'un roi, même, car le prince succéda à son père.
TRÉVELÉ.
Drôle de pays !
GODLER.
Fille d'un roi et d'une aventurière, fille elle-même on ne sait de qui. Delà, sans doute, les étrangetésdela nature de Lionnette, que nous, qui connaissions l'aventure, nous avions surnommée, quand elle était petite, la princesse de Bagdad. Les gens ne savaient pas ce que cela voulait dire, mais il est inutile que les gens sachent ce que quelque chose veut dire.
Et la mère, la marquise de Quansas, a-t-elle revu le roi depuis cette aventure?