‹ La Princesse de BagdadChapitre 37 sur 57 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LIONNE T T E regardant cet or.

C'est vraiment beau, comme tout ce qui a une force. 11 y a là, l'ambition, l'espérance, le rêve, l'honneur et le déshonneur, la perte et le salut de centaines, de milliers de créatures, peut-être; il n'y a rien pour moi. Si j'aimais mon mari, je prendrais probablement ce million pour le sauver; ce serait une des mille bassesses que ce qu'on appelle l'amour vrai tait commettre. Mais, décidément, je n'aime personne et je n'aime rien. (Refermant violemment le coffret.) Battez-vous, tuez- vous, vivez ou mourez, vous m'êtes indifférents l'un et l'autre; vous m'avez insultée tous les deux, chacun à votre façon et toujours au nom de l'amour ! Ah ! si vous saviez comme ce que vous appelez l'amour m'est de plus en plus odieux ! Mais, pour me faire croire à l'amour, montrezmoi donc un homme qui respecte ce qu'il aime ! Je vous aime, c'est-à-dire, vous êtes belle et votre chair me tente! C'est à cette tentation que j'ai dû le mari qui m'outrage, c'est à cette tentation que je dois l'outrage que vous me faites ! Un prince n'a pu résister à ce qu'il appelait, lui aussi, son amour pour une jolie fille, et me voilà au monde, à cause de cela! il faut que je souffre à cause de cela! et que je me vende peut-être aussi à mon tour, toujours à cause de cela! Et ce père n'a pas osé m'aimer devant tout le monde, moi, sa fille ; lui, un roi ! Mais, au moins, il m'a quelquefois pressée sur son cœur en cachette ; il a pleuré, car il souffrait, lui aussi! En tenant ma tête dans ses mains, il m'a dit, il est le seul qui m'ait dit : « Sois toujours une honnête femme; c'est le fond des choses, vois-tu,» et je l'ai cru et j'ai voulu être une honnête femme comme il me l'avait demandé, et cela me mène, à quoi? à être traitée comme la dernière des créatures par celui à qui je suis restée fidèle ; et voilà monsieur qui m'offre dem'entretenir! Son père a gagné

beaucoup de millions dans la banque, et lui, son fils, voudrait m'acheter, pendant que je suis encore belle, bien entendu. Pourquoi pas? Mais, mon cher, je suis née d'un désir et d'une corruption ; ils ne m'ont pas fait de cœur ; avec quoi voulez-vous donc que je vous aime? Je n'estimais pas ma mère, vous ne savez pas ce que c'est que de ne pas estimer sa mère ! Mon mari est un ignorant, un oisif, un maladroit qui aurait dû me guider, qui n'a pas su et que je ne reverrai jamais. Voilà où j'en suis. Quanta mon fils, j'avais besoin de secours, je l'ai pris hier dans mes bras, il m'a dit : « J'aime mieux aller jouer. » Eh ! bien, qu'il se tire d'affaire sans le déshonneur maternel, ce sera une nouveauté dans la famille et ce sera mon dernier luxe, N'importe; à travers toutes ces vénalités et toutes ces erreurs, il a passé tout à coup un des premiers gentilshommes du monde, et il a tout changé en passant. J'ai du sang royal dans les veines. Vous ne m'aurez jamais ! Adieu.

(Elle se dirige vers Ta porte du fond. On entend deux coups violents et précipités

du timbre de la cour.) Qu'est-ce que c'est que ça?

Un visiteur qui se trompe, (sonnant.) Attendez! (ie valet de

chambre parait.) Qll'est-Ce que C'est?

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