ACTE DEUXIÈME
JEAN
En pareille matière l'intention suffit.
LE COMMISSAIRE
Nous ne sommes pas ici pour juger d'après des intentions, mais pour constater d'après des faits.
JEAN, ramassant les voiles de Lionnette.
Que vous faut-il de plus que ce triple voile qui prouve que madame est venue ici en se cachant le visage, comme je l'ai vu, du reste, puisque je l'ai suivie: étrange manière de rentrer chez soi, puisqu'elle prétend être chez elle ; (Montrant Lionnette.) mais, regardez donc, monsieur ; que vous faut-il de plus?
LE COMMISSAIRE
Du calme, monsieur, autant que possible. La loi fera son devoir, si pénible qu'il soit, (n dicte.) Cependant l'attitude et la tenue de la dame de Hun, au moment de notre entrée, étaient au moins équivoques. La chevelure à moitié tombée sur les épaules...
N 0 U R V A D Y, au commissaire.
Veuillez enregistrer, monsieur, qu'à cet endroit de votre procès-verbal, j'ai pris la parole, et que j'ai affirmé, de toutes mes forces et sur l'honneur, l'innocence complète et absolue de madame Lionnette de Hun, dont, quelles que soient les apparences, l'honneur ne doit pas être soupçonné une minute.
LIONNETTE, très calme d'abord, mais s'exaltant peu à peu jusqu'au délire.
Et moi, en face du scandale que monsieur a voulu produire, et tout en sachant gré à M. Nourvady de l'affirmation qu'il vient de faire et qui est du devoir de tout galant
homme qui veut sauver l'honneur d'une femme, je la déclare fausse, et les faits que la loi ne peut constater, je les déclare absolument vrais. M. Nourvady était enferme avec moi par ma volonté, parce qu'il était, parce qu'il est mon amant.
JEAN, courant à elle. Le commissaire se place entre eux.
Madame !
LIONNETTE
Quelle que soit la peine des adultères, je la mérite, (au secrétaire qui hésite.) Écrivez, monsieur, je n'ai pas fini. Ecrivez.
(Elle s'est levée et marche jusqu'à la table où le secrétaire écrit.) Pour qu'il 11 y
ait pas d'erreur possible dans les débats scandaleux qui vont suivre cette scène, et pour que monsieur n'ait pas à se disculper d'avoir porté sur moi un soupçon injuste et précipité, je déclare que non seulement je me suis donnée à M. Nourvady parce que je l'aimais, mais parce qu'il est riche et que je suis pauvre; qu'après avoir ruiné mon mari, je me suis vendue, incapable que j'étais de supporter la misère. Le prix de ma chute est là : un million en or frappé exprès pour moi! Mon mari avait donc raison hier quand il me traitait comme une prostituée. J'en suis une, et très heureuse de l'être. Et si ce que je vous dis ne vous convainc pas, s'il vous faut des preuves
en Voilà ! (Elle trempe ses bras nus dans l'or et en jette des poignées autour
d'elle, a Jean.) Et vous, monsieur, si vous avez besoin d'argent, prenez-en : après l'infamie que vous commettez en ce moment, il ne vous reste plus que celle-là à commettre.
JEAN, marchant vers elle. Elle le regarde en face, Jean se laisse tomber sur une chaise.
Madame! . . . Ah !