SCÈNE III
RICHARD, puis LIONNETTE.
Richard va prendre son chapeau. Au moment où il se dispose à entrer chez Lionnette, celle-ci parait.
LIONNETTE
J'aime mieux vous recevoir ici, mon cher monsieur Richard, puisqu'on nous y laisse seuls. Ma chambre et mon salon particulier sont encombrés; on fait mes malles; les gens sont là et nous ne pourrions causer. Si je vous ai fait appeler tout à l'heure, c'était pour que le comte sût bien que j'étais ici et que j'étais pressée de vous voir. Vous avez eu la bonté de faire ce que je vous ai demandé ?
RICHARD
Oui.
LIONNETTE
Alors, je n'ai rien à vous apprendre?
Non. Tout cela est donc vrai?
LIONNETTE
Tout ce qu'il y a de plus vrai.
RICHARD
Cependant, hier?
LIONNETTE
Les événements ont marché, et j'ai mieux aimé en finir tout de suite. J'ai eu raison. Je suis plus calme que je ne l'ai été de ma vie. Je sais enfin ce que je veux et où je vais. C'est beaucoup, quoi que l'on fasse. J'avais beau me débattre, il paraît que je devais finir courtisane. — Vrai, je ne m'y sentais pas de dispositions. Frivole, prodigue, mais pas dépravée. Enfin, on l'a voulu, c'était inévitable ; c'était écrit ; c'était héréditaire. Mon cher monsieur Richard, j'ai quelques renseignements à vous demander, parce que je suis encore un peu inexpérimentée dans ma nouvelle profession ; mais du moment qu'on fait les choses, il faut les faire franchement, n'est-il pas vrai? Eh! bien, voici les titres d'une propriété que j'ai acquise.
RICHARD
Cher?
LIONNETTE
Oui, très cher.
RICHARD
Et payée ?
LIONNETTE
Et payée.
RICHARD
Vrai ?