Cf. Le même à la même, i5 août 17S0. Id., ibid
et les érables et elles viennent, chaque matin, déjeuner dans le belvédère, parmi les buissons de roses, de myrthe et de jasmin \ Le soir, on joue la comédie. Acteurs et spectateurs sont de la société Polignac. La reine tient elle-même un rôle aux côtés de la favorite et du comte de Vaudreuil. Mais, sauf le roi et la famille royale, le monde de la Cour n'est pas admis à assister à ces représentations. Les grandes charges delà reine sont exclues. M""" de Lamballe avait demandé une exception pour elle. Sa requête a été repoussée. La duchesse de Polignac tenait surtout à cette exclusion que Marie-Antoinette a eu la faiblesse de maintenir. Cet abandon, cette défection, l'affront public qui lui était fait, avaient profondément attristé la princesse de Lamballe. Elle souffrait de toutes façons : son frère aîné venait de mourir ; son autre frère, le comte de Yillefranche, celui pour lequel elle avait obtenu la première faveur de la reine, se mésalliait-. En outre, sa maladie empi-
I. Cf. Desjardins. Le peiii Trianon et comte d'Hézecques. Souvenirs (l un page.
1. Il avait épousé clandestinement, à la fin de 1779, M"» Elisa-
rait. elle était prise maintenant, plusieurs fois par semaine, d'une sorte de lassitude nerveuse dont la violence et la durée allaient croissant'. Aussi, ne la voyait-on que rarement à la Cour, où Von ne tentait pas de la retenir i.
Depuis 1778, l'appartement qu'elle avait occupé dans le château de ^ ersailles avait été donné au fils du comte d'Artois, le duc d Angoulème. et elle était descendue dans celui qui était immédiatement en dessous et qui était composé du même nombre de pièces". Mais, dans ce nouveau logis, M""*" de Lam balle ne séjourna guère. Elle ne se sentait plus chez elle dans le palais où elle ne venait que lorsque 1 y appelaient les obligations de sa charge'. Quand elle était à Versailles, elle
beth-Anne Magon de Boisgarin. d'une famille de petite noblesse de Saint-Malo. Le 7 septembre 1780, le mariage fut annulé par le Parlement. iCf. Arch. de la Bastille.) Enfin, le 22 février 1781, le mariage était célébré ofBciellement. (Cf. Alcius Ledieu. Les étrangers en Picardie.)
i. Cf. D' Saiffert... Krankbeitgescbicbte, op. cit.
2. Cf. MercT à Marie-Thérèse, 14 octobre 1780. Correspondance secrète entre..., op. cit.
3. Cf. P. de Nolhac. Le château de Versailles au temps de Marie. Antoinette.
4. Cf. Mercy à Marie-Thérèse. 14 octobre 1780. Correspondance secrète entre..., op. cit.
demeurait dans une maison située, non loin du château, entre la rue des Bons-Enfants et la Petite-Place \ Cette maison, que Ton appelait l'hôtel d'Eu, encore qu'elle fût de proportions modestes, avait appartenu, ainsi que l'hôtel voisin, l'hôtel du Maine, au duc de Penthièvre, qui l'avait vendue à sa belle-fdle en 1770 -.
A l'entrée, dans une niche en velours du Treck^ se tenait le chien préféré de la princesse \ Le salon était en soie rouge, avec deux bergères peintes en gris et couvertes de péquin fond jaune à fleurs. Les murs étaient ornés de tableaux, de portraits dont un « de forme quarrée » représentait la reine, l'amie toujours chère malgré son abandon. Un groupe de biscuit de Sèvres, deux Savoyards se battant, rappelaient son pays à la
1. CLArch. de Seine-ct-Oise, série Q. Emigrés et condamnés. Inventaire des meubles mis sous scellés fait à Versailles en une maison sise Petite-Place, ci-devant hûtel d'Eu, et appartenant à i)/™» de Lamballe, le Ji octobre 1792, par les officiers municipaux Trufet et Gastelier.
2. Elle l'avait payée 70.000 livres d'après un contrat du 27 novembre 177:^ cité par G. Berlin, M"" de Lamballe.
3. La princesse aimait les chiens. Elle légua par testament à un de ses domestiques i:")0 livres de pension viagère pour avoir soin d'eux après sa mort. Bibl. royale de Turin, Héritage Lamballe. Catégorie 107.
surin tendante et un autre groupe, les joies passées de Trianon '. Il semble que le jeu ait été l'iiabituelle occupation de M"'- de Lamballe à T hôtel d'Eu, dont toutes les pièces étaient garnies de tables à lansquenet, à tric-trac, à piquet.
La dame d'honneur était logée au premier étage, sur la rue des Bons-Enfants, et les dames pour accompagner, à l'entresol. Les chambres étaient tendues de tapisseries, les couchettes étaient nombreuses dans l'hôtel, où il y avait un logement pour les gens de service, pour Roland, le concierge, et pour l'intendant Toscan. Dans la remise, donnant sur la Pclitc-Placc, se trouvaient voiture en gondole, berline brune, chaise de poste de demi-deuil, chaises à porteurs et carrosse de cérémonie garni de glaces. C'est à Fhôtel d Eu que vivait la princesse avec ses dames '. Elle ne paraissait plus au château de Versailles que dans les cérémonies d'apparat.
1. Cf. Arch. de Seine-et-Oise, série O. Emigrés et condamnés.