I. Cf. Dibl. roy . de Turin. Héritage Lamballc
M"® de Lamballc était bien malade. Tourmentée, depuis sa jeunesse, par de violents maux de tête, ses souffrances, à mesure qu'elle avançait en âge, étaient devenues plus fréquentes et elles avaient fini par s'accompagner de défaillances et de convulsions. Elle était allée se soignera Plombières et à Bourbonne-les-Bains ' ; elle avait consulté les
1. Nous avons eu surtout comme guide, pour écrire ce chapitre, l'article que le D'' Saiffert publia, en 1804» en allemand, dans les Annales Européennes. Cet article — Krankhcitgeschichte der prinzessin von Lamballe — dont nous avons donné une traduction à peu près complète dans le Temps des 20, 21 et 22 février 1910, est un très curieux et très précieux témoignage historique qui éclaire, de façon saisissante, la physionomie si peu connue de la princesse de Lamballe.
Nous avons contrôlé, avec le plus grand soin, dans les documents contemporains — journaux, mémoires. lettres, archives — le récit du D'' Saiffert et. sauf peut-être que, comme la plupart de ceux qui écrivent une autobiographie, le médecin saxon s'étende avec complaisance sur ses mérites, nous ne l'avons trouvé jamais en défaut.
2. Cf. Arch. de Meurthe-et-Moselle G 107, f» 2 ; Mercy à Marie- Thérèse, t3 avril 1776 ; le même à la même, iC octobre 1779. Cor-
médecins les plus célèbres de la Cour de France. Mais ces médecins, s'ils étaient d'accord pour déclarer inguérissable une maladie dont ils ne s'expliquaient pas la cause et qu'ils prétendaient être une forme de Tépilepsie, différaient tous, comme il est habituel, sur le traitement à appliquer. Avec chacun deux, les remèdes avaient changé. Dieu sait la quantité de potions — thériaque, électuairc et mithridatc — qu'avait dû prendre la malheureuse princesse ! Le plus grand nombre des formules du gigantesque Codex du XVIII® siècle avait été employé \ Mais, la durée des crises semblant augmenter avec le nombre des médicaments qu'on lui ordonnait, la malade avait perdu toute confiance dans ceux qui la soignaient et, de lassitude, s était laissé conduire chez Deslon, un zélé disciple de Mesmer-. Le « magné-
rcspondance secrète entre..., op. cit. ; Gazette de France, 6 septembre 1776, etc....
I. Tous ces détails ont été donnés par la princesse de Lamballe au D'' Saiffert. Il est inutile de répéter qu'ils concordent avec les documents de l'époque, documents que nous porterons en note ou que nous indiquerons dans le cours du récit en nous abstenant toutefois de citer, à tout instant, comme référence, l'article des Annales Européennes.
•2. Mémoires secrets pour servir à la République des lettres, 24 avril 1784.
tismc » ne réussit pas davantage à M""' de I^mballe que la thérapeutique compliquée à laquelle elle s'était soumise jusque-là et elle était désespérée d'une situation qui s'aggravait et « inspirait l'effroi et la tristesse à tout le monde », lorsque, sur le conseil de son beau-frère, le duc de Chartres, elle s'adressa au médecin que le duc avait attaché à son service depuis la mort de Tronchin * .
Ce médecin, Saxon d origine, était un homme étrange, appartenant, sans doute, à quelque société secrète, peut-être l'un de ces voyageurs mystérieux dont parle Louis Blanc, qui parcouraient l'Europe à la veille de la Révolution française. Il s'appelait Jean-Geoffroy Saiffert. Bourru, indépendant de caractère, mais bienfaisant et philanthrope, il rêvait tout haut au bonheur de Ihumanité. Un prince, racontait-il, le comte de Lusace, l'avait chassé, autrefois, d'Allemagne et obligé, cinq ans plus tard, à quitter le petit bourg de France ' oxi
1. Tronchin était mort en 1781. Cf. Th. Tronchin, Le docteur Tronckin.