Cf. Arck. nat. W Jfifj cl
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ques invasions de poux chassés avec de la poudre rouge », elle n'avait eu aucune des maladies de l'enfance, il demanda à sa nouvelle cliente de lui faire l'historique de sa maladie.
Elle lui dit qu elle avait toujours souffert de la tête et que, au contraire de ce qu'on lui avait promis, ces douleurs, au lieu de s'apaiser étaient devenues, après son mariage, plus violentes :
« Mon médecin ordinaire et ïronchin, ajoutât-elle, me firent prendre des calmants qui ne me soulagèrent point et, au début de 1782, je commençai à avoir des défaillances et des convulsions. Je cherchai du secours chez les médecins les plus célèbres. Hélas ! c'est sans doute l'usage de leurs médicaments qui ma précipitée dans une situation faite pour inspirer Feffroi et la tristesse à tout le monde. De deux jours l'un, l'après-midi, exactement après qu'a sonné une heure, je tombe dans un état de torpeur qui s'accroît graduellement. Bientôt, je n'ai plus conscience de moimême ; je m'assoupis et ne reviens à moi que neuf heures après. Je me réveille alors comme courbaturée de tous mes membres.
— Pour guérir d'un mal pareil, répondit Saiffert, il faudrait ne rien me cacher de votre manière de vivre. A cet effet, d est nécessaire que vous vous confessiez à moi avec sincérité.
— Demandez, demandez! répliqua la princesse, rien ne vous sera caché de ma part. »
Là-dessus, le docteur interroge sa cliente. Il pose des questions d'ordre intime, insistant pour tout connaître de la « vie intérieure » de la princesse'. Puis, il la quitta, non sans avoir pris rendez-vous pour le lendemain.
« Le lendemain, raconte Saiffert, je me rendis à une heure de laprès-midi chez la malade. Gomme blonde, elle était déjà d une complexion plutôt pâle. A une heure cinq, elle devint plus pâle encore. Dix minutes après, ses paupières s'abaissèrent par trois fois, puis se fermèrent. A la suite de tiraillements rapides des muscles oculaires, le corps fut secoué violemment, puis les
I. Comme bien on pense, M™" de Lamballe s'éleva avec véhémence contre les bruits fâcheux répandus dans les libelles de l'époque : « Je sais que l'on a calomnié mon amitié pour la reine, dit-elle à Saiffert. Nul scrupule ne pourrait me retenir de me confesser à vous en toute franchise, mais, vous pouvez vous en rapporter à ma parole, rien n'est vrai dans tout ce qu'on a dit. »
lèvres de se clore tout à fait. Néanmoins, je ne découvris pas la moindre écume, ni bave, comme dans Tépilepsie, Mais je remarquai, au toucher, dans la région du duodénum, une induration de la grosseur d'un œuf d'oie. De la situation de cette induration, je conclus qu'elle n'était pas autre chose qu'une glande biliaire oii les sucs s'étaient arrêtés... J'en sais assez, me dis-je en moimême : cette obturation peut encore être résolue ; elle seule est la cause de la maladie et de toutes les secousses nerveuses, pas une exceptée *.
Je continuai mon examen ^ . . Les ébranlements convulsifs duraient deux heures vingt minutes. Quand ils cessaient, une somnolence complète leur succédait ; les membres de la malade devenaient si raides qu'ils gardaient la position dans laquelle je les assujettissais et le pouls, qui, pendant la crise, donnait soixante-deux à soixante-
1. Nous avons soumis ce diagnostic à différents neurologues qui ont bien voulu en faire pour nous la critique. Ils ont tous été d'accord pour affirmer, au contraire de ce que dit Saiffert, que « l'induration » dont il parle, si elle existait, pouvait être une conséquence, mais sûrement pas une cause, des crises nerveuses de la princesse,
2. Ici le médecin donne des détails spéciaux qu'il a paru préférable de ne pas publier.
cinq battements plus ou moins capricants, baissait jusqu'à cinquante-six pulsations, à peine perceptibles. Cet état léthargique durait sept heures vingt minutes.
Ce temps écoulé, la malade jeta un sifflement guttural, suivi d'un triple clignement des paupières, puis elle ouvrit les yeux. Elle semblait dans un état d'ivresse ; complètement revenue à elle, elle se plaignit seulement de courbatures dans tous les membres.
Je dis alors à ma cliente que je ressentais le besoin de l'examiner un jour qu'elle serait exempte de crise... Elle me pria de me présenter chez elle le lendemain matin à dix heures. J'y allai. Ce qui m'avait particulièrement frappé, dans ce que m'avait dit la princesse, c'est que, depuis deux mois, les paroxysmes avaient gagné en durée, chaque fois, une quinzaine de minutes. ... Cette observation éclairait mon diagnostic et je remis à ma cliente, après de longues considérations, la prescription que voici :
« La maladie de la princesse qui, jusqu'ici, a été comptée parmi les maladies épileptiques, appar-
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tient, d'après mes observations minutieuses, aux maladies léthargiques ',. . Comme cette maladie n'a pas diminué malgré Tusage rigoureux des médicaments prescrits, mais qu'elle a gagné en virulence, elle a été rangée parmi les maladies chroniques. Mais je ne souscris nullement à cette opinion. Je dis, au contraire, que la princesse guérira certainement, à la condition qu'elle suive mon traitement, lequel ne doit être ni difleré d'un jour, ni dépassé d aucune façon... Et ce que je suis à même de déterminer à l'avance, c'est que le mal, après deux mois de soins, diminuera graduellement, comme il a progressé par degrés, et cela de telle sorte que le médecin pourra calculer, par anticipation, le jour exact de la guérison et l'annoncer à la malade pour la consoler » .
Après avoir usé ainsi, peut-être à dessein, plutôt sans s'en rendre bien compte, d'une sorte de
I. Le mot est impropre, mais le D^ Saiffert avait su différencier, avec beaucoup de sagacité, l'épilepsie de cet état pathologique du système nerveux, commun aux deux sexes, qui a été décrit et défini scientifiquement par Charcot. Cf. Gharcot. Maladies du système neri'eux et clinique de la Salpêlrière : P. Richer. Etudes cliniques sur Tliystéro-épilepsie ou grande hystérie; Gilles de la Tourette. Traité clinique et thérapeutique de Vhystérie: Pierre Janet. L' automatisme psychologique, etc.
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suggestion sur sa cliente, moyen de nos jours habituel et souvent efficace dans le traitement des maladies nerveuses, le docteur ordonna à la princesse, entre autres choses, une potion calmante composée de bile de veau et de valériane. De vrai, malgré des indications minutieuses, il ne changeait guère le traitement de ses prédécesseurs, mais il concluait hardiment :
« La princesse, à condition qu'elle observe exactement mes prescriptions, sera guérie de son mal en onze mois au plus tard. »
La princesse, comme bien on pense, accepta de se soumettre au régime indiqué ; elle insista même, auprès de SaifFert, pour qu'il devînt en titre son « médecin de corps. » Mais le Saxon était un habile homme ; il refusa, et bien lui en prit, car, le lendemain du jour oti il avait remis son ordonnance, le duc de Penthièvre le fit appeler à Thôtel de Toulouse :
(( Monsieur, dit le duc, ce que vous avez entrepris auprès de ma bru me terrifie. Vous ne tenez aucun compte des conseils de nos plus célèbres médecins. Considérez- vous bien que ma bru est
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princesse du sang ? Vous êtes étranger et vous professez une autre religion que la nôtre. Alors, qui me garantit que vous ne tentez pas une expérience dont, aussi bien, vous n'aurez pas à supporter la responsabilité ? Des hommes qui passent pour les plus éclairés dans leur science assurent que, si la maladie de ma fille est inguérissable, elle n'est pas mortelle. Vous, Monsieur, avez la témérité de prétendre y voir plus loin que tous ces hommes. Encore une fois, votre médication peut abréger les jours de ma bru 1 Le devoir paternel m'oblige à m'opjDoser à cette entreprise ; je vous le répète, cela est téméraire, cela me terrifie î »
SaifFert, qui avait le parler franc, répondit hardiment au duc de Penthièvre qu il n'avait pas 1 habitude de se soucier de la religion que professaient les malades qui le venaient consulter :
« Vous même, ajouta-t-il, et non pas moi, me paraissez être le téméraire... Croyez- vous donc tenir de votre naissance les connaissances médicales suffisantes pour vous ériger en juge dans la matière? Non , Monseigneur , soyez-en certain , cet amour paternel, qui vous pousse à vouloir vous opposer