LE DUC DE PENTHIEVRE
Portrait commencé par Fessard, terminé par Saint-Aubin Bihliotliùi|ue Nationale. Cabinet des listainpos.
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à mon traitement, deviendrait bientôt pour vous la cause des plus douloureux reproches de votre conscience... Votre belle-fille a demandé mon conseil et mon aide sans que je l'y ai contrainte... Faites comme vous l'entendrez, mais je tiens à déclarer que c'est à vous seul et à vos « célèbres médecins » que sera imputable le deuil inévitable et proche qui va vous frapper. C'est ma conviction!
— Vous me paraissez, répartit le duc, un homme consciencieux, disant la vérité, mais très décidé et de propos un peu trop libres. Vous n'avez ménagé en moi ni le prince, ni le père et, comme vous le désiriez, vous m'avez remué vivement la conscience. Les menaces que j'ai dû entendre de vous m'obligent à me comporter, en cette affaire, comme le spectateur tremblant et interdit d'une entreprise qui ne laisse pas de me paraître toujours téméraire, je ne vous le cache point.
— Votre crainte, Monseigneur, répliqua Saiffert, se changera, dans quelques semaines, en espoir, confiance et avant-goût de joie, et vous me remercierez, alors, d'avoir pris une décision qui vous paraît de la témérité à cette heure.
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— Dieu le veuille ! » s'écria le duc en terminant. Et ils se quittèrent.
Retournant alors auprès de la princesse, le docteur lui rapporta la conversation qu'il avait eue avec le duc de Penthièvre :
(( Oh ! pardonnez, dit-elle, pardonnez à mon bon et bien-aimé beau-père. Je ne vois, dans ces paroles, que la preuve de raffectueux intérêt qu'il me porte. Pour le surplus, ma confiance en vous demeure inébranlable. »
Et M""" de Lamballe, pour montrer à Saiffert que cette confiance était justifiée, lui tendit une lettre qu'elle venait de recevoir de la reine :
(( On m'a remis votre lettre, amie tendrement aimée, écrivait Marie-Antoinette, hier, un peu tard dans la soirée, et j'ai aussitôt mandé Lassone auprès de moi. Je lui ai transmis l'opinion de votre médecin sur votre maladie, avec la promesse qui s'y trouve formulée. Lassone m'a répondu, avec beaucoup de bonne humeur : « Je connais fort bien cette tête d'Allemand. Il ne promet que ce qu'il peut tenir ; s'il a promis du secours à la princesse, on y peut compter et nous autres n'avons
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autre chose à faire qu'à nous effacer. Ce n'est pas
la première fois qu'il nous gratifie de ces tapes,
qui ne laissent pas que d être préjudiciables à
rhonneur de la médecine, » \ ous ne sauriez
croire, très chère amie, le plaisir que ce témoi-
j gnage de Lassone a fait naître en mon cœur que
préoccupe tant votre maladie ! »
Quand le docteur eut terminé sa lecture : (( Croyez-vous, s'écria la princesse de Lamballe, qu'à l'heure présente quelqu'un ait encore le pouvoir d'affaiblir ma confiance en vous ? J'ai des preuves que Lassone s'intéresse très vivement à moi ; il est médecin lui-même et possède assez de connaissances pour pouvoir juger celles d'un autre médecin. Les propos de ceux qui sont les « laïques des arts, » comme dit également Lassone, ne prévaudront plus jamais dans mon esprit. »
En effet elle se prêta avec bonne grâce à tout ce que voulait son docteur et, quelques jours après, on commença le traitement. Le « médecin de corps » de la princesse était chargé de l'appliquer. Il s'y résolut non sans maugréer et sans affirmer encore que si M""-' de Lamballe touchait
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à un seul des médicaments ordonnés par son confrère, elle en mourrait. La malade, entre un homme qui la déclarait inguérissable et un autre qui lui assurait une prompte guérison, n'hésita pas. Elle congédia son médecin ordinaire, mais, comme elle avait Fâme tendre et des revenus importants, elle écrivit une lettre qui ménageait l'amour-propre du praticien et contenait 12.000 livres en billets de banque. L'Allemand devenait donc Tunique médecin de la princesse et cette charge, lucrative mais absorbante, n'allait pas laisser, aussi, de lui procurer mille désagréments.
On sait qu'il s'était formé, à la Cour de France, un parti dont le but était de faire destituer la surintendante de la charge dont elle était investie. Un prince du sang, le prince de Gondé, Grand Maître de la Maison du roi, était, avec tout ce qu'on appelait la société Polignac, à la tête de ce parti. Gondé était un vaillant homme de guerre, il protégeait les savants et les lettrés et avait donné, en maintes circonstances, les preuves de l'intérêt qu'il portait aux souffrances du peuple, mais il était excessif en tout, dans ses passions, comme
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dans ses rancunes. Il ne pouvait pardonner à la reine de s'être opposée à ce qu'il devînt Grand Maître de Fartillerie ^ et il avait été profondément blessé, lorsqu'il s'était agi de nommer une surintendante, que M'"" de Lamballe eût été préférée à sa fille. Aussi, avait-il voué à la princesse dont il était le cousin germain par sa mère, une haine que le temps n'avait pas lassée et que venait d'aviver, au contraire, le refus qu'elle lui avait opposé de laisser paraître, devant la reine. M""" de Monaco ', avec qui il vivait.
Or, la Cour était remplie de « mauvais sujets » qui cherchaient à parvenir par des « moyens tortueux et de basses intrigues » ^ Le dépit poussa Gondé à se servir de ces gens-là et les Polignac, dont la reine commençait à se lasser', s'unirent à
1. Cf. Mercy à Marie-Thérèse, 19 février 1774- Correspondance secrète entre..., op. cit.
2. Cf. Correspondance secrète de Métra. Princesse de Monaco, née Marie-Catherine de Brignole, veuve, en 1795, d'Honoré Camille Léonor prince de Monaco, remariée, le aS décembre 1808, au prince de Condé, morte, en i8i3, à AVimbledon.
'). Cf. Mercy à Marie-Thérèse, 29 mai 1778. Correspondance secrète entre..., op. cit.
4. La reine avait, à plusieurs reprises, exprimé à M"" de Polignac son déplaisir de rencontrer chez elle certaines personnes : « Je pense, répondit la favorite, que, parce que Votre Majesté
lui, sans doute, qui craignaient que M""^ de Lamballe ne parvînt à reprendre Tinfluence de jadis.
La maladie de la princesse arrivait au bon moment pour faciliter les machinations de ses ennemis. Des accusations infâmes furent portées contre elle. Une campagne de pamphlets fut entreprise. On répétait mille calomnies à Marie- Antoinette. On lui représentait qu'il était indigne d'une reine de France d'être privée des services de sa surintendante et qu'il était inutile d avoir rétabli une fonction dont les devoirs n étaient pas remplis. Déjà, l'on disait à la Cour que M"^ de Condé allait être désignée pour succéder à M"'" de Lamballe.
La fille du prince de Condé avait, alors, vingt-huit ans. Elle était sèche et laide, dévorée d'ambitions et se consolait de ne s'être pas mariée, surtout de n'avoir pu épouser le comte d'Artois,
veut bien venir dans mon salon, ce n'est pas une raison pour en exclure mes amis! » Cf. Correspondance entre le comte de Mirabeau et le comte de La Marck. Cf. aussi, sur ce refroidissement de la reine et de M"°» de Polignac, les lettres du baron de Staël à Gustave III, février 1787 {Correspondance diplomatique du baron de Staël-Holstein) et celles du comte de Salmour à M. de Sutterheim, avril 1787 [Revue de la Révolution, 1884).
en écrivant, à un jeune officier de carabiniers ', des épîtres enflammées. C'est elle qu'on avait opposée, en 1775 à la belle-fille du duc de Penthièvre et c'est elle encore qu'on essayait de lui substituer. Mais, cette fois, les circonstances semblaient devoir singulièrement fortifier les espoirs de ses partisans.
Les différents médecins appelés à donner leurs soins à M'"'' de Lamballe avaient unanimement affirmé qu'elle était inguérissable et épileptique. Cela venait à dire que la reine, dont la grossesse' avait été déclarée, ferait bien, par prudence, de mettre son amie à l'écart. Mais Marie- Antoinette tenait à la princesse par les liens d'une longue liabitude et, malgré lindifférence qu'elle lui marquait, elle avait conservé pour elle une sorte d'affection latente qui la faisait hésiter, de peur de l'attrister, à lui demander sa démission. Du reste, Lassone, le premier médecin de la reine, n'était pas de l'avis de ses confrères. Il
I. M. de la Gervaisais. Ces lettres ont été publiées, en i8j4) P^t Ballariche.
•X. Quelques mois après, en effet, le f) juillet 1786, la reine accouchait d'une fille, llélène-Béatrix-Sophie, merle en bas-âge.
voulait bien admettre que la surintendante eût une maladie chronique, inguérissable, mais il ne croyait pas que ce fût de 1 épilepsie, et il le disait.
Lassone était d'une vertu, d une honnêteté reconnues % mais il avait un caractère timoré ; il était indécis, perplexe, peu sûr de lui '. Aussi, fût-on certainement parvenu à éveiller en son esprit des scrupules exagérés et à le convaincre qu'il était de son devoir d éviter à la reine la présence dangereuse de son amie, si la princesse n'était allée voir Saiffert, qui avait formellement promis de la guérir et déclaré qu'elle n'était pas épileptique.
Il sembla bien, alors, aux ennemis de M™" de Lamballe, qu'ils avaient perdu la partie — car l'opinion du médecin saxon avait consolidé celle de Lassone -: — lorsqu ils s'avisèrent d'employer un moyen dont 1 efficacité leur paraissait assurée.
Le surlendemain du jour où le duc de Penthièvre — peut-être sous F influence de gens qui
1. Cf. MercY à Marie-Thérèse, 17 octobre 1777 et 29 mai 1778. Correspondance secrète entre..., o^. cit.