I. Mémoires secrets pour servir à la République des lettres
INTRIGUES ET VIOLEÎyCES 287
n'était plus qu'une bourgade à cause de Tensablement de son port, quand, en 1784, la présence du prince de Galles, qui y vint demeurer avec M"" Fitz-Hébert, en avait fait une plage à la mode. 11 y avait beaucoup de monde lorsque la princesse arriva et, dans la première semaine de son séjour, elle assista à un somptueux dîner que lui offrit le duc de Queenbury'. Le 7 août, le prince de Galles l'invita à venir chez lui, mais M"^ de Lamballe n'eut pas le plaisir d'être reçue par riiomme qui « donnait le ton » et dont les boucles de souliers et les habits servaient de modèles à tous les élégants d'alors ^, car le prince, un peu fantasque, apprenant l'arrivée de son frère, le duc d'\ork, qu'il n'avait vu depuis sept ans, partit incontinent pour Windsor, se contentant d'adi'esser ses excuses à la princesse '.
A Brighton, M"'' de Lamballe se levait à six heures du matin, pour aller prendre les « douches de vague » que lui ordonnait le docteur Saiffert. Dans
I. H. Walpole au duc de Strafford. 2.8 juillet 1787. Letters of Horace Walpole.
1. Cf. Mémoires de la comtesse de Boigne. t. \" . 3. Cf. Journal de Fanny Burny, 7 août 1787.
la journée, elle se promenait sur In jetée, recevait des visites, ou allait voir les châteaux cF alentour*. Le soir, après le dîner, les baigneurs se réunissaient les uns chez les autres : oc Vous ne croiriez jamais, écrit la princesse à la marquise de Lage, sa dame pour accompagner, que je suis venue à Brightalmston pour y entendre lire I\ina. J'ai eu cette satisfaction aujourd'hui par une Anglaise, je mourais de rire, je n'ai jamais rien entendu, ni rien vu de si ridicule. Elle jouait le rôle de Nina et se donnait tant de peine pour la déclamation qu'elle était en nage. La sensibilité, au lieu de porter à l'âme, portait à rire. Cette- femme s'appelle M""' Olnet, que vous avez vue à Paris. Elle est en Angleterre comme la pauvre M"" de Mazarin, toujours dans les bras du ridicule » ".
Le traitement semblait réussir à merveille. La malade, au bout de quelques semaines, fut capable de faire, sans fatigue, une heure de chemin à pied. Elle vivait heureuse à Brighton, oubliant les
1. Cf. Lettre de M"» de Lainballe à la marquise de Lage. M""> de Lage. Souvenirs d'émigration, publiés par le baron de La Morinerie.