‹ La Princesse de Lamballe, 1749-1792; d'après des documents inéditsChapitre 154 sur 269 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

INTRIGUES ET VIOLENCES 'l'ig

intrigues que Ton avait tramées contre elle et ne se doutant pas que ses ennemis cherchaient toujours à lui faire enlever sa charge de surintendante.

Pour atteindre ce but, ils avaient perfidement fait courir le bruit que la princesse n'avait mis une aussi ridicule insistance à partir avec Saiifert que parce qu'elle aimait, en lui, davantage 1 homme que le médecin. On racontait qu'elle ne le quittait pas àBrighton, qu'elle a perdait toute cousidération de son rang et de sa dignité et rendait, par sa conduite, la Cour de France méprisable aux yeux des Anglais ». On n'avait osé affronter la reine avec une pareille calomnie, mais Marie- Antoinette avait été mise au courant par le roi qui, comme on sait, ne craignait rien tant que ces sortes de scandale.

M""' de Lamballe avait été avertie de ces commérages par un ami de Saiffert, valet de chambre de Louis XVI. Sure d'elle-même et ne pensant pas que l'on put mal interpréter les sentiments de reconnaissance qu'elle témoignait au médecin qui l'avait guérie, elle n'ajoutait aucune importance à

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ces calomnies, lorsqu'elle eut la stupéfaction de recevoir cette lettre de la reine :

« Mon cœur, vous pouvez facilement vous imaginer avec quelle joie j'ai appris que la faiblesse qu'il s'agissait encore de faire disparaître, pour que votre santé soit complètement rétablie, a disparu aussi complètement après l'emploi des douches ; la peur que vous en avez éprouvée ne saurait donc plus exiger la présence de votre médecin ; son absence est, pour les nombreux clients qui ont placé leur confiance en lui, un vrai sujet de tristesse. Je ne doute donc aucunement que vous ne permettiez qu'il reprenne incessamment le chemin de Paris et quitte Brighton ; en plus, le roi a résolu de le rappeler par un ordre spécial. J'ai fait en sorte qu'il ajourne sa résolution, en lui promettant que je vous écrirais et j'espère, pour des raisons particulières, que le retour de votre médecin sera votre réponse. »

Les termes de cette lettre, l'ordre formel qu'elle contenait, impressionnèrent douloureusement la pauvre princesse. Des soupçons aussi vils, venant d'une amie très chère, la choquaient, la révoltaient.

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Elle songeait au triomphe de ses ennemis, se représentait leur joie diabolique. Elle ressentait un dégoût infini ; elle pleura. Puis sa volonté se redressa. Elle voulut affronter la ruée, l'effort suprême que l'on tentait contre elle.

« Ah ! dit-elle à Saiffcrt, on voudrait faire de moi une ingrate aussi. Mais, aucun roi de la terre ne pourra minterdire de vous donner de publics témoignages de reconnaissance... N'écoutons pas ces langues de vipère... Restez, comme vous avez toujours été, mon médecin et mon ami. On m'a calomniée tant de fois ! Une calomnie de plus peut mètre indifférente et ne mériter que mon mépris. »

Le docteur protesta de son respectueux attachement. Il s'indigna contre les méchancetés du monde auquel, dit-il, « il ne saurait venir à l'esprit qu'il y ait des hommes qui se puissent intéresser sans arrière-pensée au sort d'une femme » . Puis il décida, étant étranger, de ne pas obéii* à Tordre du roi et de rester en Angleterre, tandis que la princesse reviendrait en France.

M'"'= de Lamballe, qui voulait surtout conserver

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auprès d'elle le médecin qui l'avait guérie, s'éleva contre cette décision et écrivit à la reine une lettre dans laquelle elle disait toute sa tristesse et se répandait en malédictions violentes contre le parti de la Cour qui l'avait calomniée. Cette lettre produisit l'effet qu'on en attendait. Le roi, dont la bonne foi avait été surprise, ajouta même ces quelques mots à la réponse de Marie-Antoinette :

c( Pardonnez-moi, ma chère cousine, j'ai été trompé. Sur des représentations très plausibles, on m'a fait croire à une calomnie, mais soyez tranquille, ces calomniateurs insidieux ne m'induiront plus en erreur, \otre médecin a raison de s'être senti offensé. Dites à cet homme que je regrette la résolution qu'il a prise de rester en Angleterre... »

Après un voyage dans les provinces anglaises, à Blenheim, à Oxford, à Bath, la princesse alla passer les premiers jours du mois d'octobre à Londres^ et, le i5, elle arrivait à Paris-. Son médecin revenait avec elle. Mais encore qu'elle ait

1. Lettre de M°"> de Lamballe à M^'^ de Lage déjà citée. (M"" de Lage. Souvenifs d'émigration.)

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