Mémoires secrets pour servir,. ., op. cit
reçu du roi et de la reine un accueil qui coupait court à toutes les calomnies, elle ne parut guère à Versailles, laissant à M""' d'Ossun^, la dame d'atours, le soin de la remplacer auprès de Marie- Antoinette.
C'est que, quelques jours seulement après lai^rivée de M"" de Lamballe, le duc d'Orléans, s'étant élevé en pleine séance du Parlement contre l'enregistrement de deux édits royaux, avait été exilé à \illers-Cotterets. La princesse tenait en grande affection sa belle-sœur, cette duchesse d'Orléans « si fraîche, si bonne, si douce et si pure », qui avait été la compagne de sa jeunesse. Elle ne pouvait croire que le Palais-Royal fut devenu un rendez- vous d'intrigants, d'ambitieux et de mécontents et que, de là, étaient partis après l'affaire du collier, les pamphlets infâmes ' qui traitaient la reine de France de voleuse, d'empoisonneuse et de pire encore. Elle demanda à Marie-Antoi-
1. C'était la fille de cette comtesse de Gramont dont Marie- Antoinette, étant dauphine, avait pris la défense contre M"» Du Barry.
2. Cf. Correspondance diplomatique du baron de Siaël-Holslein, (10 novembre i7«jo).
nette le rappel du duc d Orléans. La reine fut inflexible qui haïssait le duc avec exaspération et M"* de Lamballe, froissée, quitta Versailles pour aller rejoindre son beau-frère et sa belle-sœur dans leur exil. Elle y resta quelques semaines, puis elle revint à Paris.
Elle était arrivée à prendre en une telle aversion la vie de la Cour, qu'elle ne séjournait que rarement à Versailles, vivant le plus souvent en compagnie de sa dame d'honneur, lu marquise de Las- Cases * et de ses dames pour accompagner. M*"" de Lage ^ et de Ginestous '', dans une maison située à Passy, rue de Seine n^ i , et qu'elle avait achetée, en 1783, à la comtesse d'Egmont-Pignatelli *.
1. Elle avait remplacé sa mère, M""^ de Guéhriant, auprès de la princesse: née en 1756, morte en 1810, elle avait épousé en 17741e marquis de Las Cases.
2. Béatrix^Stéphanie de Fuchsamberg d'Amblimont était née le 17 avril 1764. Elle entra à ili ans dans la Maison de M°"= de Lamballe qui lui fit épouser, en 1782, le comte, puis marquis, de Luge de Volude, neveu de la marquise de Guébriant.
Mme de Lage, morte en 1842, a laissé des Souvenirs publiés par le baron de la Morinerie, et la comtesse de Reinach-Foussemagne lui a consacré une étude intéressante et documentée : L'nc fidèle. La marquise de Lage de Volude.
3. Née Maria-Geronima Gelesia, en 1764, à Gènes, elle épousa, en 1781, le comte de Ginestous, lieutenant des gardes du roi. Elle mourut en 1841-
4. Cf. Bulletin de la Société historique d'Auleuil et de Passy,
INTRIGUES ET V10LE>"CES 2'i'j
Passy était alors un joli village de la banlieue parisienne, avec des ruelles montantes, de grands arbres et de rustiques habitations de maraîchers. La maison de la princesse était petite, mais le jardin, très vaste, descendait en pente douce jusqu'à la Seine ; il y avait un pigeonnier, une orangerie, des charmilles, un labyrinthe et, du balcon en fer forgé qui surplombait la porte d'entrée, on avait une vue admirable sur Paris.
M""" de Lamballe recevait tantôt à Passy, tantôt à Ihôtel de Toulouse avec beaucoup de simplicité. Quand elle allait en voyage, elle emmenait ses dames avec elle. Au cours d'une excursion dans l'ouest de la France, elle traversait Tours décidée à ne pas s y arrêter, lorsqu elle voit venir vers elle la population en habits de fête. Elle est,
1904, 1903 et 190G. Cette maison avait appartenu ù Geneviève de Durfort de Lorges, duchesse de Lauzun, qui la vendit, le 9 septembre 1734, à la marquise de Saissac, fille du duc de Luynes. La comtesse dEgmonl-Pignatelli en avait hérité de la marquise de Saissac, dont elle était la nièce.
Cette propriété, mise sous scellés en 1792 et vendue, comme bien d'émigrés, le i3 avril 1793, fut remise, le 12 janvier 1797, par suite d'un accord intervenu entre le Directoire et le roi de Sardaigne, à Charles-Emmanuel de Savoie-Carignan, neveu et héritier de M"" de Lamballe. Il la vendit presque aussitôt à Joseph Baguenault. C'est, depuis i8'|6, la maison de santé du docteur Blanche. (Cf. Doniol. Hist. du ATA' arrondissement.)
.i4() LA PRINCESSE DE LAMIÎALLE
ainsi que Al"'" de Ginestous et de Lage, en robe de percale et en chapeau de paille au milieu de belles dames parées de diamants et de plumes. « Pendant le chemin, écrit malicieusement la marquise de Lage, vite, vite, nous mettions du rouge et nous tâchions de nous rahouiser un peu... »
En France, chacun ne songeait qu'à se rahoaiser, à mettre du rouge ; on ne s'inquiétait pas de l'agitation de Paris, du déficit, de la disette générale ; on s'abandonnait à la joie de vivre ; et la princesse de Lamballe, qui se moquait des prévisions pessimistes du docteur Saiffert, économisait sur son douaire et sur ses honoraires pour acheter des biens -fonds libres dans l'espoir, après avoir donné sa démission de surintendante de la Maison de la reine, de pouvoir finir ses jours dans un bonheur paisible et sans alarmes ^.