Cf. Comtesse de Béarn. Soucenirs de quarante ans
'Vil LA PRINCESSE DE LAMRALLE
présentèrent-ils un dernier projet d'évasion * . Le roi refusa et Madame Elisabeth se contenta de répondre que rinsurrection annoncée n aurait pas lieu, qu'on en avait pour garant la parole de Pétion qui, moyennant 730. ooo livres, s'était engagé à ramener les Marseillais dans le parti de Sa Majesté ^ ». Pétion, Robespierre, Danton furent-ils achetés? C'est ce qu'assurent M™" de Tourzel, Lafayette et ^jine Campan. Ou bien leur ofTrit-on, comme l'affirment Cramer et le docteur SailTert, un poste de ministre"? Si des négociations furent engagées,
1. Jiiiirnal de Fersen. Le comte de Fersen et la Cour de Fiance.
2. Maxime de la Rocheterie. Histoire de Marie-Antoinette; Cf. aussi Mémoires deMalouet; Mémoires de M"" de Campan ; Mémoires de M™8 de Tourzel.
3. Voici un passage du récit de SaifFert dans les Annales européennes. Pour le surplus, nous nous permettons de renvoyer le lecteur à l'article que nous avons publié dans le Temps du i4 septembre 1910 : Le massacre de la princesse de Lamballe expliqué par le docteur Saiffert :
« Au début du mois d'août 1792, on avait décidé Louis XVI et Marie-Antoinette à choisir pour ministres trois homme que le peuple de Paris idolâtrait : Piéton, Danton et Robespierre. C'était un moyen de les rendre non j^as haïssables, mais suspects à ce même peuple et d'amoindrir leur influence pernicieuse. La reine se chargea des négociations. Elle fit inviter ces trois hommes, l'un après l'autre, à se rendre, le soir, au pavillon de Flore, chez la princesse de Lamballe, sous le prétexte de s'entretenir avec eux d'affaires d'Etat importantes.
Piéton vint le premier. La reine flatta si bien sa vanité extrême qu'il accepta, avec de grandes protestations de dévouement,, le
elles le furent dans le mystère ; s'il y eut des compromissions, la trace en a été perdue, détruite par ceux-là même qui auraient pu être compromis. Ce que Ton peut dire c'est que Pétion avait calme les
poste qu'on lui offrait. Danton posa de grosses conditions : il demandait, sans avoir de comptes à rendre, deux millions de livres par an sur les dépenses secrètes de la liste civile du roi. La reine promit et Danton d'assurer Marie-Antoinette de sa résolution de rendre à Louis XVI la confiance du peuple et tout son pouvoir.
La satisfaction de Robespierre fut si grande que, oubliant toute étiquette, il saisit la main de la reine et la baisa en témoignage de sa reconnaissance :
« Le roi, s'écria-t-il, saura bientôt qu'il m'a choisi pour son bonheur ! Le discours que je vais prononcer aux Jacobins vous sera une preuve du désir que j'ai de vous servir! Et qui oserait me contredire ? Le peuple m'aime : ma popularité servira à étouffer bien des mécontentements contre le roi. Votre Majesté peut se fier à moi. J'emploierai toute mon influence à défendre la cause qu'elle remet entre mes mains. »
Pour masquer un peu l'étrangeté de ces nominations, le duc de La Rochefou<-auld fut aussi appelé chez la princesse de Lamballe. Cet homme intègre, auquel Marie-Antoinette fit connaître une partie de ses intentions, refusa d'être mêlé à cette intrigue de Cour et de faire partie d'un pareil ministère. On songea alors à Manuel, autrefois directeur d'une banque parisienne. 11 fut très flatté de l'honneur qui lui était fait et promit tout ce qu'on lui demanda.
Ce que j'écris ici me fut confié, avec une grande précision dans les détails, par la princesse de Lamballe, qui me demandait mon opinion. Je ne pus m'empèchcr de laisser échapper quelques paroles d'incrédulité et de sourire en songeant que le roi se serait adressé à ceux-là mêmes qui cherchaient, depuis longtemps, à renverser la monarchie. Mais la princesse répartit vivement :
« Vous ai-je jamais trompé lorsque j'ai eu l'occasion de vous confier quelque chose? Allez après-demain aux Jacobins ; vous y entendrez Rt)bespierrc et vous me direz alors ce que vous pensez. »
Je ne manquai pas de me trouver, à l'heure indiquée, à la séance du club. Je ne pouvais en croire mes oreilles ; ainsi que la princesse l'avait prédit, Robespierre prononça un discours en faveur
faubourgs à la fui de juillet, c'est qu'il lit tous ses efforts pour arrêter l'élan de la foule et que, le 9 août, il adressait, à ses concitoyens, une lettre où il les adjurait de ne pas marcher sur les Tuileries^; c'est aussi que Robespierre, s il ne prononça pas, aux Jacobins, le discours favorable à la monarchie auquel le docteur Saiffert fait allusion ', avait, en juillet et au commencement
de la monarchie et de la Constitution, discours dont l'impression fut demandée par la majorité, mais dont la minorité parut fort mécontente
J'avais la preuve la plus complète de la sincérité de M""" de Lamballe et les meilleures raisons de croire à ce qu'elle m'avait confié. J'allai la voir le soir même, en sortant des Jacobins, et je lui dis :
— Cette tentative du roi serait fort habile si elle n'arrivait aussi tard. Aujourd'hui, la bourgeoisie sera impuissante à lutter contre le peuple. Fuyez, fuyez les Tuileries, vous n'y pouvez rester sans risquer les plus grands dangers. »
1. Cf. le Moniteur et la lettre citée par G. Berlin, J/'"'^ de Lamballe d'après un catalogue d'autographes.
2. Cramer, dans sa lettre au directeur des Anna/es Européennes, aiErme que l'un de ses amis, de « nationalité allemande », vivant encore à l'époque où il écrit et ayant « siégé à la commission par laquelle l'émeute du lo août fut organisée », lui a assuré avoir (( entendu lui-même le discours de Robespierre aux Jacobins ». Si le Journal (/es Débats et de la Correspondance de la Société des Amis de la Constitution séante aux Jacobins de Paris, ne fait pas mention de ce discours, c'est que « ce n'est pas la première fois qu'une feuille publique a tu ce qui était arrivé et raconté ce qui a été tu. » Il a, lui, Cramer, ainsi que son ami, toute confiance en Saiffert et il cite à l'appui de son opinion sur Robespierre celle d un autre de ses compatriotes, Elsner.
Devant des témoignages contradictoires et à défaut de preuves,
DES TUILERIES A L.V PETITE FORCE 3ij
d'août, bornu ses elTorts à attaquer Lafavette haï par la reine. Et n'est-il jDas singulier de voir l Incorruptible faire, le 9 juillet \ Tapologie de la Constitution et s'écrier, le 5 août : «Le fait du déjDart du roi me parait certain. Deux choses sont nécessaires : empêcher que le roi ne parte et veiller à ce rju'il ne lui arrive aucun mal, ni à aucun de sa famille ' . »
Mais s'il était tant que la famille royale eût ses raisons pour ne pas croire à l'émeute, dans Paris on n'était guère rassuré. SaifTert, quand il voyait la princesse de Lamballe à 1 hôtel de Toulouse % ne cessait de lui dire : « Fuyez, princesse, fuyez les Tuileries, vous ne pouvez y rester sans risquer les plus grands dangers. » Ces supplications furent vaincs. La princesse avait fait le
nous nous garderions de conclure, mais il était curieux, nous semble-t-il, de signaler une manière de voir qui, si on arrivait à en démontrer l'exactitude, expliquerait les causes restées mystérieuses de la mort de M™* de Lamballe, la seule femme, comme chacun sait, qui fut massacrée en septembre.
1. Cf. Aulard, La Socicté des Jacobins^ t. IV, séance du •) juillet