‹ La Princesse de Lamballe, 1749-1792; d'après des documents inéditsChapitre 3 sur 269 · Lettre de Choiscul, lo décembre · texte numérisé non relu

Lettre de Choiscul, lo décembre

2. Cf. Recueildes instructions données auxa mbassadctirs, op. cit.

3. Cf. Lettre du marquis de Chauvelin à son ministre {Recueil des instructions données aux ambassadeurs, op. cit).

Piémont et la seule des filles du roi qui n eût pas pris le voile, la princesse Eléonore.

Rangés autour de la famille royale, mais debout, se tenaient les chevaliers de FAnnonciade et les ministres d'Etat \ Au milieu de la pièce, étaient le père et la mère de la mariée, le prince et la princesse de Carignan. Lui, adoré de tous. Mécène à ses heures, causeur délicieux, mais se plaisant surtout à diriger les parades militaires qui lui rappelaient la gloire de ses ancêtres*. Elle, une Allemande, jadis blonde et fort belle, portant maintenant plus que son âge. Bonne, mais d'esprit étroit, elle avait gardé la raideur de son éducation protestante et souffert, toute sa vie, de se voir dans une situation inférieure'^ à celle des enfants de sa sœur, la reine de Sardaigne, morte depuis trente ans déjà \ Encore qu'il possédât un théâtre auprès de

1. Cf. Regislro de cerlmoniati... et Relation du mariage... loc. cit.

2. Cf. Barthélémy. Les princes de la maison royale de Savoie.

3. C{.Arch. du ministère des Affaires étrangères. Italie, 247.

4. Charles-Emmanuel III, né en I70i,inorten 1773, avaitépousé, en 1722, Louise de Bavière qui mourut en 1728 des suites de l'accouchement d'un fils, mort un an après sa mère. En 172J. Charles- Emmanuel épousa Polyxène de Hesse-Rheinfels-Rothenbourg dont il eut six enfants; après la mort de cette deuxième femme, il se

son palais et qu'il eût fait restaurer à grands frais son château de Raconis par rarchitecte Boira ^, le prince de Carignan, chargé de famille, ne pouvait guère donner une dot importante à ses enfants. Le mariage de sa fdle avec le prince de Lamballe ne lui pouvait déplaire et Ton se peut facilement imaginer la satisfaction qu'il éprouvait à la lecture du contrat :

« Le Sérénissime futur époux, disait le sieur Despino, est marié avec les biens et droits qui lui sont acquis du décès et comme héritier tant de feu Son Altesse Sérénissime la duchesse de Penthièvre, sa mère, que de Son Altesse Sérénissime la duchesse de Modène, son aïeule... »

Et le greffier énumérait, devant cette noblesse savoyarde, aussi fière que misérable, détaillait, en les évaluant, les apports du prince de Lamballe :

remaria avec Elisabeth de Lorraine, morte en 1741, en laissant trois enfants dont un seul, le duc de Chablais, était vivant en 1767.

I . Cf. Frézet. Histoire de la maison, de Savoie. Le château de Raconis. situé dans la province de Coni, est la résidence actuelle du roi d'Italie. Il a subi d'importants changements sous le règne du roi Charles-.\lbert, petit-neveu de la princesse de Lamballe. lequel monta sur le trône de Sardaigne en i83i.

Que M. le baron Manno, qui m'a fort obligeamment aidé dans mes recherches à Turin, veuille trouver ici l'expression de ma gratitude.

lo LA PRINCESSE DE LAMBALLE

T.238.000 livres qu il tenait de sa mère, les émoluments de sa charge de Grand Veneur de France», So.ooo livres de revenus, une rente d égale somme que Louis XV promettait de lui servir, sans compter les lao.ooo livres qui lui étaient offertes « pour 1 honneur qu'il avait par sa naissance d'appartenir' à Sa Majesté Très Chrétienne ». De plus, la nouvelle princesse de Lamballe allait recevoir, de son futur beau-père, « 3o.ooo livres par an, pour sa cassette personnelle. »

Mais elle, qu'apportait-elle en dot ?

« La Sérénissime Princesse future épouse, lisait Despino, est mariée sous la constitution de dot générale et Leurs Altesses Sérénissimes le Prince et la Princesse de Carignan lui constituent à ce titre la somme de iSo.ooo livres, monnoye du Piémont, évaluée en argent de France à 180.000 livres, de laquelle somme le Sérénissime Prince de Carignan promet de payer rente à raison de quatre pour cent jusqu'au remboursement que la dite

I . Il avait été nommé par lettre patente du roi Louis XV, le i3 juin 1755 en remplacement du duc de Penthièvre, son père. Il prêta serment à Conipiègne le 19 juillet i^dd (Arch. nat. P2470, /•» 1G4).

Altesse Sérénissime en fera lorsqu'Elle jugera à propos .

Plus le dit Prince donne à la dite Princesse future épouse, pour son trousseau, la somme de iS.ooo livres monnoyc du Piémont...

Au moyen de laquelle dot, la Princesse future épouse renonce à toute succession, directe et collatérale, au profit des Princes ses frères. . . »

La Sérénissime future épouse ne devait guère porter attention à 1 acte qu'on lui lisait. Se doutait-elle seulement que, avec sept ou huit mille livres de rente et un trousseau de petite bourgeoise, il était extraordinaire qu'elle épousât un prince, fort riche déjà, par sa dot, et qui hériterait, un jour, de son père. Tune des plus opulentes fortunes de France ^ On pourrait croire plutôt qu'elle s'amusait, malgré la sévérité du roi pour les fautes d'étiquette, à voir son frère, le prince Victor de Garignan, jouer au mari auprès d'elle'. C'était une toute jeune fille, presque une

T. Les revenus du duc de Penthièvre se montaient, en 1788. à 3.174.296 livi-es (G. Berlin. 31""' de Lamballe), d'après un catalogue d'autographes.

2. Cf. Res;istro de cerimoniati... et Relation du mariasse. ..loc. cit.

enfant. La flambée de sa chevelure blonde, abondante et mousseuse, et la transparence de son teint séduisaient d'abord. Ses yeux étaient bleus, d'un bleu très frais, éclaboussé de gouttelettes noires qui donnaient, à son regard candide, une expression un peu étrange. Mais cette expression était immuable. On eût dit que, sous son front étroit, une idée, une seule, passait : la satisfaction naïve de se marier. Le sourire quittait rarement ses lèvres ; sa bouche, trop petite et d'une forme irrégulière, restait toujours entrouverte et ses traits, menus, pourtant, et gracieux, manquaient de pureté. La poudre et le rouge lui nuisaient et elle semblait mal à l'aise sous les apprêts de son grand costume de Cour ' .

Jusque-là, elle avait vécu comme une jeune fille de riche bourgeoisie, entre sa nourrice qui la choyait, sa mère, plus ménagère que princesse malgré une vanité extrême, ses quatre sœurs et ses deux frères. Les Carignan, que le roi éloignait

I. Cf. son portrait par Carmonlelle, dont on trouvera, ici même, !a reproduction que nous devons à la bienveillance de M. Maçon, conservateur du Musée Condé. à Chanlillv.

Par Carmontelle iITliTi

.Musc'e Conilf''. C.liHiililiv .

TURIN li

de la Cour * par ses soucis d'étiquette, vivaient retirés, Fliiver, dans leur palais de Turin, Tété, à Raconis.

Charles-Emmanuel 111 était pénétré de la grandeur de sa mission : « Nous autres rois, disait-il sans cesse, ne sommes point faits pour nous amuser' ». Et le vrai, c'est qu'on s'ennuyait à Turin. « On n y mangeait point : un dîner était une grande nouvelle dans la ville et il en était bien question . ... Les nobles n'|étaient proprement d'aucune société; ils restaient invisibles au reste du monde »^ et les marchands, dont quelques-uns étaient maltraités pour leur religion'*, s'enrichissaient dans l'économie. A part les mascaïades, données au Palais Madame, une fois Fan, par le duc de Savoie, le fds aîné du roi, quelques goû-

1. Cf. Lettre de Choiseul. 21 janvier 1767 : « Le roi de Sardaigne, s'est fait une loi de ne point se mêler de tout ce qui regarde les Garignan. » Arch. du ministère des Affaires étrangères. Italie 247.

2. Cf. Max Bruchet. Li Cour de Turin au milieu du XVIIh siècle, d'après le Journal du comte Dungt de Sale, écuyer du duc de Chablais.

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