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L'AFFAIRE DU QU1ÉTIS3IE

envoyée Rome son neveu, Tabbé Bossuet, esprit actif, remuant, subtil, et tel peut-être qu'il le fallaitpour cettecour romaine, centre de tant de sollicitations diverses et de tant d'intrigues. ]^a princesse des Ursins était, pour cette entreprise, un auxiliaire tout trouvé. Personnage essentiellement politique, elle consultait d*abord la raison d*État, et, en quelque sorte, le vent qui souillait de Versailles. Louis XIV eût été pour le quiétisme, qu'aussitôt elle aurait déserté Tétendard du grand orateur chrétien, pour se ranger sous le placide et légal drapeau des Maximes des Saints. Louis XIV se prononça contre ; la décision du roi fixa sa conduite, et, pour ainsi dire, sa croyance. Elle fit la guerre à Fénelon, de concert avec Tabbé Bossuet; elle en parla même, en écrivant au maréchal de Noailles, d*une façon qui approchait de l'injure, et elle faisait connaître expressément ses moyens de défense. « J'ai su, disait- elle «.à ce seigneur, que H. de Cambrai a envoyé ici à ses « partisans un thème, donné autrefois à monseigneur le « Dauphin par M. deMeaux, dans lequel celui-ci établis- « sait, par des autorités qu'on ne m'a pas citées, qu'i/ « serait à souhaiter qu'il ny eût ni Enfer ni Paradis, afin « d'ôter, de l amour que ïon doit avoir pour Dieu^ Fespé- « rance et la crainte^ qui en gâtent la pureté. » Après cette particularité, bien curieuse et assez extraordinaire, si elle était vrai, elle disait, d'un ton blessant et presque haineux : « QU cet hotnme-là va-t-il chercher de pareilles choses^? »

Mais, si telle était l'inclination de madame des Ursins à adopter, en serviteur fidèle ou trop bien avisé, toutes les idées de Louis XIV, il n'en était pas de même du car* dinal de Bouillon, h Le roi, disait-il à un prince romain qui « le répéta à la princesse des Drains, veut le sacrifice de

* Mém, de Noaiiles, t. II, IV* lettre, 27 sept. 1098, p. S8fl.

A ROME. 4t

« ma conscience ; mais je ne suis pas disposé à le lur «f accorder \ »

Rien de plus légitime et de moins répréliensible en soi que cette liberté d'esprit ; le titre d'ambassadeur, que portait toujours le cardinal de Bouillon, tant que le prince de Monaco n'était point arrivé, ne l'excluait même pas d'une manière générale et absolue. Biais que, sur un point particulier, dont il continuait d'être chargé, il aimât mieux se livrer à cette indépendance d'opinion que de parler conformément à ses instructions, c'était manquer à son devoir. La prévarication était bien plus grave si aux paroles il joignait des actes ofljciels et d'une signification incontestable. Or c'est là ce qu'il ne craignait pas de faire. « Comment voulez-vous, disait le prince Belvé- « der à madame des Ursins, que Ton croie, à la cour ro- (c maine, que le roi veut réellement la condamnation de « N. de Cambrai, lorsque le cardinal de Bouillon se déclare « hautement pour lui dans toutes les congrégations des « cardinaux? Une désobéissance si répétée aux ordres de (I Louis XIV, de la part de celui qui est encore son ambas- (c sadeur, ne saurait s'expliquer sans un consentement « tacite de ce roi*. » Le prince Belvéder n'était que l'écho « de la cour romaine elle-même, auprès de laquelle, dit madame des Ursins, il était le plus en crédit de tous les seigneurs napolitains^. Ce sentiment sur la pensée intime de Louis XIV, au sujet du quiétisme, prenait de la consistance à Rome, à cause de la conduite inexplicable du cardinal de Bouillon. Le P. Charonier aflirmait lui-même que le roi, dans cette affaire, n'agissait en faveur de Bossuet qu'avec répugnance et pour se délivrer des persécutions de madame de M., sans doute madame de Mainte-

• Mé^m. de yosUies, t. II. IV- loUre, 27 »cpt. 4608, p. 381. — • Ibid., ni« lettre, 6 tept. 1096, p. 378. — ' Wld.

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non. Outre l'attitude que prenait le cardinal de Bouillon, le P. Charonier alléguait, à Tappui de son assertion, qu'une lettre écrite au pape par Louis XIY, dans le but de faire condamner Fénelon, était datée de iMeudon, où, disait-il, le Conseil d'État n'allait point, et où il avait été moins difficile de la lui arrachera

On pense bien que madame des Ui*sins, qui, par les Noailles, savait les intentions véritables de Louis XIV, parlait dans un tout autre sens. Quand le cardinal de Bouillon vit que l'archevêque de Cambrai ne pouvait ^ichapper à une condamnation, il fit en sorte de précipiter le jugement, a tel point que, des le mois d'août 1698, presque un an avant que la sentence fût prononcée, la princesse des Ursins écrivait au maréchal de Noailles que, •d'après tout ce qui lui revenait, Taflaire touchait à sa fin. Le cardinal de Bouillon pressait extrêmement le pape de <lonner une décision au mois de septembre suivant, et il <;spérait qu'en la précipitant elle laisserait aux partisans de l'archevêque de Cambrai quelque porte éc}iaj)i)atoirey qui permettrait d'en éluder l'exécution. La princesse des Ursins affirmait que c'était ce que redoutait l'abbé Bossuet, el qu'il n'était pas le seul qui eût cette appréhension. M. de Meaux, comme on disait alors, si acharné contre Fénelon et si dévoué au roi, semblait craindre, pour ainsi dire, de n'être pas aussi bien en cour, si cette condanmalion n'éiait pas formulée avec une rigueur exempte de toute équivoque. C'est à quoi travaillait sonneveu, avec une dextérité, qui, dans un ecclésiastique encore très-jeune, étonnait madame des Ursins elle-même. « Il déjoue, écria vait-elle à la maréchale de Noailles, tous les artifices de <i M. le cardinal de Bouillon. Rien n'échappe à sa vigilance « de ce qui peut embarrasser les juges; c'est pour cela que

* Wm. de Noaiiles, t. Il, WV leUre, 6 sept. 1698, p. 379.

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