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ET LE CARDINAL DE BOUILLON A ROME

Italie, parmi les autres maisons souveraines» des liens de parenté ou d*amitié qui devaient faciliter Taccomplissement de sa tâche ; c'était aussi le plus petit et le plus Taible de tous les princes d'Halie, et le besoin d'un protecteur, à côté du Piémont qui le menaçait, ainsi que la satisfaction d'en avoir un tel que Louis XIV, répondait de son attachement et de sa fidélité. Ce choix était heureux. Mais le cardinal de Bouillon, qui ne s'attendait pas à être remplacé sitôt, était furieux, et travailla, en dénigrant le prince de Monaco auprès de la cour romaine, à faire révoquer sa nomination. H alarma également, à ce sujet, le parti des Florentins, en leur disant que le prince de Monaco était proche parent de plusieurs cardinaux génois, et particulièrement du cardinal Impériale, ami de l'Empereur, et qu'ils ne pourraient jamais s'ouvrir à lui, sans craindre de nuire au grand-duc, allié de la France ^ I^ pape, à qui l'on fit part de ces appréhensions, en fut effrayé lui-même, et il ne paraissait pas devoir accueillir favorablement le nouvel ambassadeur, quand il viendrait occuper son poste.

La princesse des Ursins remédia à tout : avertie par le père Peira, elle dissipa ces perfides et coupables insinuations. Elle dit au père Peira que le prince de Monaco était l'ami de M. le duc de Noailles, de M. le cardinal de Janson, et le sien propre ; qu'ainsi il n'était pas possible qu'il ne le fût également du roi de France et du grand-duc de Toscane, et que, très-certainement, il renoncerait à tous ses parents, s'il ne les trouvait pas dévoués aux intérêts de ces deux souverains. Pour mieux l'en convaincre, elle lui rappela un voyage que le prince de Monaco avait fait à Rome, en compagnie du cardinal-landgrave de Hcsse,

« M/m. de NoaiUes, t. II, U* lettre au mirdchal de Koaillc», 51 août Um p. 571.

38 L'AFFAIWE DU QUIÉTISME

la discussion vive qu'il avait soutenue avec lui au sujet de l'Empire d'Allemagne et de la France, la brouillerie enfin qui en était résultée, et qui ne permettait pas d'élever le moindre doute sur ses bons sentiments pour les Français et pour leur partisans italiens. Le père Peira n'eut rien de plus pressé que de rapporter ces paroles à Tabbé Fédé; celui-ci, à son tour, les répéta au pape, et tout l'eflet des menées du cardinal de Bouillon fut détruit, a Bon, bon, « dit Innocent XII; puisque M. de Monaco est l'ami de « madame des Ursins et de M. de Janson, il sera aussi « le nôtre. L'affaire du cardinal landgrave me porte à « croire qu'il ne favorisera pas les Allemands ^ » A côté de ces derniers, la papauté voyait toujours les luthériens; le prince, qui avait révoqué ledit de Nantes, lui offrait alors, pour la catholique Espagne, plus de garanties.

Mais il ne suffisait pas d'avoir arrêté le mal dès son origine; il fallait aussi en prévenir le retour, en hâtant l'arrivée du prince de Monaco, et faisant promptement rappeler le cardinal de Bouillon. Dans ce but, la princesse des Ursins reprit sa . correspondance avec le maréchal de Noailles. Elle l'informa des intrigues du cardinal de Bouillon, et des efforts heureux qu'dle avait faits pour les déjouer. Elle peignit ce dernier, non plus occupé, mais tout absorbé à présent par ses intérêts personnels, par la poursuite de cet évêché de Liège, qui lui tenait tant au cœur, et qui était situé près de l'ancien berceau de sa famille. Elle ajouta que, dans cette préoccupation exclusive, il n'avait pas craint de dire à un prêtre romain, de qui elle le tenait, que, le roi ayant nommé un autre ambassadeur à sa place, il se souciait fort peu comment pouvaient aller les affaires' ; que, du reste, de là part de

■ Mém. de Noailles, t. H, U* lellre au maréi-hal de Noailles, 31 août 1608, p. 571. — * !àid. , IV* lettre, 87 septembre 1698, p. 580.

ce prélat, rien ne l'étonnait, attendu que, chez elle, devant d'autres cardinaux, il avait toujours clicrché à changer le sujet de la conversation, quand il roulait sur les merveilles du règne de Louis XIV, et qu'il ne lui était arrivé qu'une seule fois de louer ce grand roi, encore était-ce pour son talent h jouer de la guitare^.

Louis XIV, transformé par le cardinal de Bouillon en héros langoureux d'idylle ou d'élégie....! C'étaient là des rapports bien défavorables, et, si les lettres du cardinal de Bouillon à la cour de Versailles étaient pleines de fiel, comme le disait le maréchal de Noailles, madame des Ursins n'était pas en arrière en fait de malice préméditée^ Tout était arrangé, dans sa défense, de manière à mettre contre ce prélat lamour-propre de Louis XIV aussi bien que ses intérêts. Elle alarmait aussi l'orthodoxie de ce roi, qui, dans la seconde moitié de sa carrière et sous l'influence d'une protestante convertie, semblait être un se* cond Philippe II, au lieu de continuer Henri IV.

On était alors en pleine affaire du quiétisme. Cette erreur était assez inoffensive, et le caractère de Fénelon, son plus illustre partisan, n'était pas très-dangereux. Mais Louis XIV avait révoqué l'édit de Nantes ; et , bien que les idées religieuses fussent moins immuables de leur nature et plus sujettes à controverse que les idées morales, il y voulait une unité, qui ne pouvait guère atteindre le fond et ne devait être toujours que l'uniformité majestueuse et illusoire de la surface. Il cherchait donc à extirper de ses États le quiétisme, et Bossuet, qui avait réfuté cette opinion de l'archevêque de Cambrai, son rival en génie et en gloire, l'y poussait avec un acharnement qui tenait presque de la jalousie. Pour le succès d^une cause, dont il faisais trop une affaire personnelle, il avait

* iiém. de NoaUles, t. If, ir lettre.

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