‹ La princesse des UrsinsChapitre 11 sur 278 · A ROUK · texte numérisé non relu

A ROUK

« le pape et les cardinaux resliment. Chose rare,'ajoule-t- « elle ; car on peut aimer les jeunes Français qui viennent «ici; mais difficilement peut-on les estimer. Enfin, dix « hommes , consommés dans les affaires , conduiraient « moins bien celle-ci que ne le fait ce jeune abbé*. » Avec un antagoniste aussi délié, le cardinal de Bouillon et les I)ouillonnistes, comme parle madame des Ui^sin», n'atteignirent pas leur but : le décret contre Fénelon ne fut rendu que le 15 mars de Tannée suivante j 1699).

Lorsque enfin il fut promulgué, dans des termes qui ne pouvaient donner Jieu à aucun doute, le cardinal de Bouillon, dont le prince de Monaco, même à cette époque, n'était pas encore venu prendre la place, fut excessivement mécontent. Dans son dépit, il se fâchait contre tous ceux dont les actes accusaient de la sympathie pour le parti vainqueur. De Madot, gentilhomme français rési* danl à Rome, s'était chargé de porter en France les lettres de Tabbé Bossuet, annonçant la décision du pape sur les Maximes des Saints. A son retour, le cardinal de Bouillon le pourchassa en tous lieux. L'abbé Bossuet Payant retiré chez lui, il lui fit dire de le renvoyer, s'il ne voulait pas exposer sa maison à des violences de la part des gens qui étaient à ses ordres. De Madot s'enfuit auprès du grandduc de Toscane, à qui il avait été recommandé pour un emploi par le cardinal de Janson et par l'archevêque de Paris. I^ cardinal de Bouillon écrivit aussitôt au grandduc de Texpulser du palais Médicis, où il l'avait logé, et de ne pas le prendre à son service, (tétait aller bien loin : le grand-duc lui repondit qu'il avait promis aux deux protecteurs de ce gentilliomme de le placer, mais que, s'il voulait se charger lui-roéme de prier ces messieurs, qui étaient sans doute de ses amis, de ne pas trouver mauvais

* Recueil de M. Gcffi-oy, UV IcUrc à.la mar.'chalo «le N.

4f LES QUESTIONS DE PnÉSÉANGE

qu'il leur manquât de parole, alors peut-être il pourrait déférer à ses désirs^ La réponse était piquante ; elle annonçait un profond ennui des petitesses arrogantes du cardinal de Bouillon, et elle l'humiliait, en lui proposant le rôle orgueilleux et inacceptable de dégager de sa parole le dernier descendant des Médicis. <x Si les dépèches <c du cardinal de Bouillon portent, à l'avenir, l'empreinte n de quelque humeur contre le grand-duc, disait madame « des Ursins au maréclial de Moailles; vous saurez où en « est la cause *. »

Le cardinal de Bouillon était donc bien exagéré dans ses demandes à un ami de la France, et il vivait en bon voisinage avec les gens de l'Empereur, qui en était l'ennemi : il ne faudrait pas croire toutefois qu'il ne sût pas, dans les cérémonies officielles, faire respecter, même par ce dernier, son titre et son rang d'ambassadeur de Louis XIV. Sa susceptibilité comme Français était nulle, puisqu'il n'aspirait qu'à ne plus l'être, en devenant évêquc de Lîége ; mais elle était largement suppléée en lui par sa fierté de grand seigneur et par l'orgueil de la pourpre romaine, qui ne capitulaient devant rien. Une fois, pourtant, le comte de Martinitz, ministre de l'Empereur près le saint-siège, profitant de l'absence de tout règlement sur Tarticle des préséances, avait pris la première place à l'entrée solennelle d'un ambassadeur vénitien. Mais il avait employé la voie des armes, et, s'il avait réussi avec ces moyens violents dont, le premier, il donnait l'exemple, c'est que les gens du cardinal de Bouillon ne s'y attendaient point et ne s'étaient pas pourvus. Celui-ci s*en plaignit amèrement; il regardait cela comme une atteinte portée à son droit d'ambassadeur français, ainsi qu'au privilège de sa charge ecclésiastique, et il aurait

• M/m. de ^oaittes, Icltr. V, p. 305. — * Wld., p. 806.

pcut-élrc cesse ses bons rapports avec la légation impériale, si le comte de Martinilz, voulant, après coup, se remettre bien avec un ministre assez favorable à TEmpel'cur, ne lui eût envoyé une lettre d'excuses, dont le cardinal de Bouillon se contenta.

Les relations amicales reprirent donc leur cours. Une nouvelle entrée officielle, celle de l'ambassadeur de Tos- 4!ane, fut annoncée pour le 24 mai de la même année IG09 : les souvenirs fâcheux qu*elle renouvelait dans lesprit du cardinal de Bouillon ne troublèrent pas Tenlente réciproque. Le comte de Martinitz, du moins, ne s'aperçut de rien qui pût Tinquiéter; la veille même du jour de la cérémonie, il reçi;tde cet ambassadeur, par un tiers, mille assurances d*amitié et des offres de services auprès du saint-siége. De la part du cardinal de Bouillon, c'était une invitation indirecte qu'il adressait au comte de Jlartinitz, pour qu'il lui laissât prendre, au cortège du ministre de Toscane, le rang qu'il revendiquait pour lui seul. Le comte de Marlinitz crut, au contraire, que le cardinal de Bouillon montrait par là qu'il le lui céderait encore à la moindre insistance, et, plein de confiance, n'armant même personne pour faire plaisir à son accommodant collè^gue, il envoya son carrosse, le 24 mai, au lieu du rendez-vous. Mais le cardinal de Bouillon y avait fait secrètement poster des hommes armés, qui, à la première tentative des gens du comte de Martinitz pour se mettre à la tète du corps diplomatique, tirèrent leurs épées, t^xhibèrent leurs mousquetons, en criant : Vive Bouillon ! conquirent au carrosse de l'ambassadeur français la place qu'il réclamait, et punirent ainsi le diplomate autrichien de ne pas s'être attendu à la pareille. Il voulut réparer son honneur le lendemain, au cortège de Tambassadeur toscan, qui devait se rendre ce jour-là à l'audience du pape. Il arma dans ce but jusqu a cinq cents hommes, « parmi la

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