‹ La princesse des UrsinsChapitre 101 sur 278 · I*OUR SE MAINTENIR, EN · texte numérisé non relu

I*OUR SE MAINTENIR, EN

rible d'où il fallait tirer l'État se compliquait de la sienne propre. Les grands connaissaient Berwick et sa capacité militaire, augmentée par sa circonspection. Ils voyaient qu'une rencontre aurait lieu tôt ou tard entre lui et les généraux Das Minas et Galloway. Quel qu'en dût être le résultat, n'était-il pas bon, en attendant, de se débarrasser, si c était possible, d'une si incommode camerera mayor, et de profiter pour cela de cetfe opposition; sourde et malveillante de Beauvilliers et de Torcy, de Chamillard peut-être, contre elle? Car, si la fortune secondait Berwick, la consolidation du trône amènerait celle de madame des Ursins, et alors, avec un tel conseiller, que n aurait-on pas à craindre de Philippe V vainqueur? Il pourrait parler haut et peut-être se venger ! Aussi, pour déjouer leurs intrigues secrètes et la méchanceté occulte de leurs rapports, madame des Ursins écrivit-elle, à cette époque, lettres sur lettres à madame de Maintenon, et toujours avec cet art dont elle savait si bien user, tour à tour spirituelle, solide, gaie, pleine de iinesse et d'à-propos, et si déliée dans son allure, que les plus grands effets de calcul se dérobaient sous le naturel spécieux de la forme. Le (> décembre, elle lui peignait la transformation heureuse et subite de Philippe V en un prince sérieux, politique, mûri par le malheur : c'était là le fruit de son exemple et de ses conseils, aussi bien que celui de l'adversité ellemême; mais elle glissait sur la première de ces causes et ue la rappelait que comme expression d'un devoir rempli. « Philippe V, disait-elle, n'est plus ce prince quil fallait « exciter à prendre soin des affaires et à agir en maitre; il « sent qu'il Test présentement, et il le sent avec plaisir; il •« veut tout savoir, raisonne sur toutes sortes de matières « avec tout le sens possible, explique à ses ministres les « dilTicultés qui les embarrassent, et, après leur avoir de- « mandé leur sentiment, s'il n'en est pas content et qu'il

2BS IIàBILETË de MADAME DES URSINS

« croie mieux penser qu'eux, il décide hardiment... Avec « cela, juste, généreux et ferme. Amelot ne pourra pas « plus s'en taire que moi. » Le portrait était un peu flatté; mais on en devait mettre l'exagération sur le compte de la satisfaction qu'elle en éprouvait ; en sorte que les oouleurs trop fortes du tableau tournaient à son honneur même, et le nom grave d* Amelot, mis au bas, pour certifier la ressemblance, ajoutait à l'impression agréable qu'on voulait produire sur l'esprit de madame de Maintenon, et, par elle, sur celui du roi *.

Le 20 décembre suivant, nouvelle lettre plus adroite encore que celle-là : elle y osait révéler à madame de Maintenon, ainsi qu'à madame la maréchale de Noailles, les accusations auxquelles elles étaient en butte elles-mêmes jusque dans la cour de Madrid, et les forçait par ce moyen de regarder sa cause comme la leur. « Oui, disait-elle à « madame de Maintenon, voici une accusation où la maréa chalc de Nonilles est impliquée comme vous. J'ai reçu « deux lettres, dont je suis bien fâchée de ne pas vous « avoir fait part plus tôt. La.premiérc était pour m'avertir « que vous trahissiez l'État par le commerce réglé que i( vous aviez avec la reine Anne, qui savait que vous étir» « la meilleur e amie qu eût le princett Orange. Dans l'autre, « on m'assurait que vous aviez envoyé de grosses sornmti « d'argent à ï empereur, qui en payait ses troupes. C'est « apparemment ce même argent qu'on vous reproche si « souvent d'amasser, sans qu'on puisse savoir ce que « vous en voulez faire. » Puis, feignant de croire à ces calomnies, et prenant un instant le rôle d'un ami, qui avertit et conseille, avant de dénoncer : a Au nom de « Dieu , madame , ajoute-t-elle , corrigez- vous donc de « ce vilain défaut d'intérêt, qui vous fait si fort manquer

' Uém. de XûaUles, t. III, p. 374. LeUre de madame des Ursins i madame de Nainiciion, C décembre 1706.

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