‹ La princesse des UrsinsChapitre 102 sur 278 · POUR SE MAINTENIR, EN · texte numérisé non relu

POUR SE MAINTENIR, EN

a à VOS devoirs ! » L'objection de madame de Maintenon était aisée à prévoir : elle allait lui dire qu'il fallait qu'elle s'arrachât la poutre de son œil, avant de vouloir enlever une paille de l'œil d'autrui. Madame des Ursins la prévient, en promettant de s'amender enfin elle-même et de ne plus donner prise, par son endurcissement dans le mal, aux imputations de ses trop indulgents ennemis. « Vous me répondrez peut-être, poursuit-elle, que je « devrais prendre ce conseil pour moi-même et ne plus « vendre toutes les charges et les vice-royau^s du roi <( d'Espagne à son insu. Je crois qu'il faudra que je me « résolve à la fin à ne plus le voler : il a trop besoin d'ar- «< gent pour payer ses troupes \ «> Mais, quittant bientôt œtte feinte, indigne d'elle, indigne de celle à qui elle parle et qui ne cultivait l'amitié de la reine Anne que dans un intérêt tout national : « Voilà le monde, s'écrie-t-elle : « hommes et femmes se déchirent constamment les uns « les autres. Je crois même que les hommes se déchirent « entre eux plus encore que ne font les femmes. Vous « m'en faites du reste parfois un portrait qui n'est pas « trop à leur avantage, et ce que j'y trouve de pis, c'est « qu'il est peint au naturel. » Et alors, ne suivant que le dégoût que ce tableau lui inspire, et certaine plus que jamais d'être bien accueillie par un cœur, souvent incompris et froissé comme le sien : « La connaissance que j'ai du « monde m'attache encore davantage à vous, dit-elle; j'y « trouve toutes les vertus, et la bonté, qui manquent dans «les autres M »

Le !J3 décembre, trois jours seulement après cette lettre si bien ordonnée et si éloquente, elle écrivait de nouveau. Cette fois, plus tranquille, elle pailait de la musique française et espagnole, qu'elle comparait à la mu-

* leltre de madame des Ursins à madame de Maintenon, 20 d<^cembro 1706, <W., p.3;78. -•iWrf.,p. 380.

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sîque italienne; mais, tout à coup, elle s effraye de In liberté de ses jugements en face des cent yeux de lenvie qui épiaient ses moindres actes, et, voulant émousserses traits les plus sérieux par le spectacle de ses trop minutieuses attaques , a Gardez-vous bien, s'il vous plaît, <i recommande-t-elle à madame de Maintenon, de dire la « préférence que je donne aux Italiens sur les musiciens « français et espagnols ; c^r mes ennemis ne manque « raient pas d'engager tous ces gens-là à me vouloir du « mal. » Çl comme si, au milieu des coups souvent inattendus qu elle recevait, elle n'était pas sûre de madame de Maintenon elle-même : « Vous ne m'en voulei pas « sans doute assez pour cela, continue-t-elle, et jepour- « rais avoir l'esprit en repos sur la bonté dont vousm'ho- « norez, quand il s'agirait de choses de plus grande « conséquence*. »

Croit-on qu'elle s'en tint là? Le 29 du même mois, une nouvelle lettre, adressée à madame de Maintenon, parlait pour Versailles : elle contenait un juste et pompeux éloge d'Amelot, son ami et son défenseur ', qui la lui paj-ail aussitôt par les plus favorables rapports. Nous n'avons pas besoin d'ajouter, après cela, qu'elle resta à son poste, bravant ses ennemis espagnols ou français, et voyant croître chaque jour sa puissance.

' Lettre de madame des Ursins à madame de Maintenon, 23 décembre 1706. ibid,^ p. 381. — * Recueil de M. Geiïroy. Lettre de madame des Ursins i nudame de Mnintenon, 29 décembre 1706.

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