MADAME DES URSINS
« rement de l'avoine et du pain^ » Nous avons en effet une lettre de Berwick, du 21 février 1707, qui annonçait à Çhamillard que la cour de Madrid réclamait le monlanl des avances de vivres, de mulets, de Tonds mêmes, qu'elle avait faites pour les troupes françaises, et spécialement pour la cavalerie*.
Il est certain qu'on se remuait beaucoup à Madrid pour avoir tout ce qu'il fallait, en vue d'une action décisive entre Berwick et les ennemis. La jeune reine avait déjà envoyé, pour être vendues en France, toutes ses pierreries, le diamant appelé, El EstangtiOj et la Pérégrine, perle du plus grand prix. Son esprit et son cœur étaient au camp de Berw'ick, où se trouvaient Philippe V et l'espoir de l'Espagne. Elle tremblait pour les joui^ de son époux, si un combat venait à être livré, et Ton tremblait aussi pour elle : car elle était enceinte de son premier enfant; sa giDSsesse était même avancée, et il était à craindre, s'il arrivait quelque mauvaise nouvelle, que sa vivacité extrême n'amenât un malheur qui tromperait l'attente du pays. Le roi fut obligé de retourner à Madrid, pout* y prévenir tout accident, et la reine alors, avec une anxiété, moins dangereuse pour elle, suivit, jour par jour, la marche des armées. « Si nous sommes vaincus, disait-elle, eh bien, « j'irai dans les Asturies avec mon enfant, pour relever « la monarchie dans les lieux qui en ont été le berceau. »
Madame des llrsins la secondait en écrivant partout. Un emprunt de 4 millions sur l'Église d'Espagne produisit beaucoup, grâce à ses pressantes exhortations. Portocarrero lui-même aurait tâché de le rendre plus productif encore, si quelque chose, selon l'expression de madame des llrsins, ne lui avait tourné la tête^ et ne lui eût fait
> LeUre du SO décembre 1706, déjà citée. — * Dépôt de b guerre, i'îO?, l. I, n" 2048. Berwick a ChamiUtrd, 21 février, CXl.lV* leUre, et 19féTrief, GXXXVin* lettre.
AVANT U JOURNÉE D'AIJIANZA. 273
retirer la promesse qu'il en avait faite. On avait un autre projet, c'était de prendre et de faire fondre l'argenterie superflue des églises. L'université de Salamanque, le grand orade scientifique et religieux de TEspagne, avait déclaré officiellement que le roi en avait le droit; mais Portocarrero encore, après avoir paru y souscrire devant Philippe V, s'était mis à la traverse, en sa qualité de primat de l'Espagne, et la marche de cette opération se trouvait entravée par l'opposition capricieuse d'un homme ^
On était plus heureux pour une autre mesure, bien qu'elle fût plus hardie que celle-là : c'était pour la révocation des domaines aliénés, corollaire de la révocation des revenus ou droits de la couronne, commencée déjà, en 1703, par Orry. Madame des Ursins, qui en appuya vivement l'exécution, annonça elle-même à Ghamillard, le 23 décembre, le jour où elle écrivit une si longue épitre à madame de Maintenon, qu'on allait en retirer de grandes sommes d'argent '. Ici aussi pourtant il y eut un obstacle particulier, qui surpassa toutes les autres résistances, ce fut l'opposition du duc de Médina-Cœli. Glorieux comme LudfeTy suivant l'expression du maréchal de Tessé, dans ses idémoireSt il prétendait qu'étant descendant des anciens rois de Gastille, aussi bien que le fameux Amirauté, par les enfants de Ferdinand de Lacerda, il avait des droits à la couronne d'Espagne, et que, puisqu'il ne faisait pas valoir ces droits, on devait en dédommagement lui laisser les biens qu'il en avait eus'. Pour contre-balancer.parmi le peuple le mauvais effet de cette opposition égoïste et orgueilleuse, il combattait un impôt établi en 1341, et que la dureté des fermiers rendait onéreux : c'étaient les
' Ibid, LeUre d'Amelot à Ghamillard, XIV' leltre, S4 septembre 1707, et le ebefilier do Bourk, année 1706, t. UI, 13 et 19 ééc. — * Ibid. Madame des Ursins i Ghamillard, 23 décembre 1706, GGXGUI' lettre. - ' IMd, Lettre dn ehenlier du Boork à ChamUlard, t. U, 1707, 9 mai, XXX* lettre, n* 2049.
.27é Bataille d'almakza.
'Alcavalas, ou droit de 10 pour 100 sur la valeur de toute marchandise vendue ou échangée, payable par le vendeur ^ On fit quelques concessions à Tégard de ce seigneur, à rinstigalion de la princesse des Ursins, qui voulait le gagner; mais Tédit de révocation eut son cours.
L'aristocratie était confondue de tous ces actes d'autorité, que les Charles-Quint, les Philippe II même, avaient craint de tenter. Ce qui Tétonnait davantage, c'est que le nouveau roi d'Espagne n'avait pas encore battu les ennemis, et qu'il agissait déjà avec l'absolu pouvoir d'un roi victorieux.
Cette victoire, désirée de Philippe V autant que redoutée des grands, ne se fit pas longtemps attendre. Au mois de mars 1707, arriva, chaîné d'un million d'écus, un galion du Mexique, envoyé en toute hâte par le duc d'Albuquerque, vice-roi des Indes*. D'un autre côté. Chamillard écrivit que les ordres étaient donnés en France pour qu'on dirigeât sur l'Espagne 20 bataillons d'infanterie et 20 escadrons de cavalerie, 6,000 sacs de farine ou de blé, 620,000 rations d'avoine, et 200,000 rations de biscuit'; en outre, il avait ratifié un traité, conclu pour la solde des troupes avec le marquis de Santiago, munitionnaire espagnol très-riche. « Le temps n'était donc plus, « disait Amelot dans une de ses dépêches, où Philippe V a n'avait ni troupes, ni armes, ni artillerie; où ses do- « mestiques n'étaient pas payés, où ses gardes du corps, « mourant de faim, allaient manger la soupe qu'on dis- « tribuait aux portes des couvents. Tout cela existait il y A a quatre ans\ » Aujourd'hui, au contraire, bien que
' UUoa, Rétablis, du eomm. , elc, I'* partie. — * Dépôt de la guerre. Lctlrc d'Âmclot, 7 mars 1707, CLXIV* lettre, et lettre de madame des Uruos à Chamillard, même date, CLXVI* lettre, n- 2048, t. I. — »idfrf., 1. 1, i707, 16 janvier ~ * Dépêche d*Âmelot, dans les Mém. de Noailies, 1707, t. Hl