ÉGARDS DE LOUIS XIV POUR MADAME DES URSINS
Berwick se plaignit çà et là de certains désordres financiers relativement aux choses de la guerre, le soldat était mieux payé; les gardes du roi ne mendiaient plus; il ne sollicitait plus lui-même son pain en quelque sorte, ni son légitime pouvoir : il était plus à l'aise, plus fort, plus respecté, et, pour finir par un fait éclatant, le 25 avril 1707^ dans une horrible mêlée qui dura moins d'une heure, Berwick avait écrasé à Almanza, près de Valence, les Autrichiens, les Portugais et les Anglais réunis; il avait affranchi presque en totalité les royaumes de Valence €t d'Aragon, et, triomphant, il était venu ensuite recevoir de Philippe V raffermi le titre de Grand d'Espagne. Tel était le résultat de Tensemble des mesures et des réformes exécutées sous Finspiration ou le patronage de madame des Ursins : le peu d'accord entre Das Minas et lord Gaiway, au moment du combat, n'avait été que la cause actuelle et déterminante d'un succès longuement préparé S Louis XIV rendait aussi hommage au zèle infatigable et heureux de madame des Ursins, et il lui témoignait toute son estime, par le soin qu'il prenait, en France, de venger ses injures et de la rendre maîtresse du sort même de ses ennemis. Jaloux de d'Aubigny et gagné par les grands, le chevalier Despennes avait cessé de lui être fidèle, et il s'était mêlé contre elle à de telles intrigues, qu'on avait été obligé de le chasser de l'Espagne. De plus, au moment de repasser la frontière, il avait osé, joignant une insolence moqueuse à ses coupables menées, écrire à madame des Ursins qu'elle n'aurait jamais de meilleur ami que lui. Louis XiV, averti de sa conduite, le fit arrêter vers la fin de^ l'année i 706, et enfermer à la Bastille, et c'est la princesse des Ursins qu*il établit arbitre de son sort. Elle n'abusa pas de ce pouvoir discrétionnaire. Elle
' Mém, de SaitU-PhUippe, t. H, p. 81, 95. Gaiway ou Galhway.