SOUTIENT LES ALLIÉS
s'asseyait audacieusement à un coin de l'Andalousie, à Gibraltar, qui devenait une colonie protestante, sur ce roc fameux, où Tinfidélité musulmane avait autrefois planté son drapeau et, de lè, subjugué la catholique Espagne. Ce caractère religieux devait ressortir davantage encore au moment de la paix : on devait voir alors les Anglais, toujours préoccupés des intérêts de la Réforme, rédamer pour elle, dans ce pays, certaines lois protectrices, après lui avoir procuré, dans un lieu sûr, un refuge et un foyer.
Cela étant, il semblait que le saint-siége dût favoriser en Espagne et partout les armes de Louis XIV et de Philippe V, et laisser les prêtres espagnols soutenir de leur argent celle des deux causes dont le triomphe complet était, dans tous les cas, moins inquiétant pour leur principe. Cependant il n'en était pas ainsi : Clément XI appuyait plutôt en Italie le candidat des puissances protestantes, et entravait en Espagne, dans les questions de secours pécuniaires, Télu des vieilles nations catholiques. « Il faut avouer, disait le chevalier du Bourk à Chamillard, « dès le 4 juillet 1707, dans une curieuse lettre inédite, « que la cour de Rome est une étrange machine. Votre « Excellence voit bien que la brutalité allemande y produit « de meilleurs effets que la civilité française. On y est tout « prêt à fulminer contre les ministres des deux couronnes « sur la moindre brèche qu'ils pourraient faire au céré- « monial ou à la formalité de la discipline ecclésiastique, « et les Allemands traversent tout le patrimoine de saint « Pierre, pour aller usurper un royaume dont le pape a « reconnu, dans toutes les formes, depuis six ans, pour « paisible possesseur et légitime prince, Philippe V, roi « d'Espagne. Et le pape n'ose pas leur demander où ils « vont, et il leur fournit^ dans des étapes réglées, des \i- « vres à proportion de leur appétit. En vérité, il mérite-
a raît que tous les Allemands allassent à Rome, et fissent « monter Sa Sainteté dans la chaire de saint Pierre pour <x y proclamer leur maitre empereur de Rome, et qu'ils « Tobligeassent à dire : L empereur est mon seigiieur et a maîtrej comme il est arrivé à quelques-uns de ses pré- « décesseurs*. »
La contrainte était donnée pour excuse à cette conduite si extraordinaire. Notre opinion, s'il nous est permis d'en hasarder une, serait plutôt qu'au fond du cœur, malgré quelques apparences du contraire, la papauté, en ce qui concernait l'Italie dans la question de la succession d'Espagne, était pour les alliés plus que pour les Français. Pas plus qu'au temps d'Innocent III et de Jules II, le saintsiége ne se souciait de voir encore le nord et le sud de l'Italie sous la dépendance d'un même souverain et d'une * même nation. Cela rompait l'équilibre italien, et dioiinuait considérablement son influence et sa liberté dans la Péninsule. Il n'y gagna guère, puisqu'il eut assez longtemps, au-dessus de sa tète et au-dessous, les Autrichiens, tout aussi dangereux, sous ce double rapport, que les Espagnols, et auxquels les Italiens portaient une haine qui devait rejaillir un peu sur lui-même. Hais on ne prévoyait pas les malheurs de si loin, et la cour romaine, exclusivement occupée de diviser, quant à l'Italie, la vaste succession de Charles II, penc;|iait intérieurement pour les partisans du démembrement plutôt que pour ceux de Tunité.
L'attitude du pape en Espagne n*était pas moins nuisible à Philippe Y, ainsi que nous Ta fait pressentir déjà le chevalier du Bourk. L'Eglise et l'État, dans leurs rapports mutuels, n'y étaient pas plus avancés qu'en France au temps de Boniface VIII et de Philippe le Bel. Le clergé
* Dépôt de la guerre. Le cheyalier du Bourk à Cliaminard, 4 juiUei 1707, t. n, CXLiV lettre.