ET LES IMMUNITÉS DE L'ÉGLISE
était exempt d*inipôts; on n*en avait quelque argent qu*àu moyen d'emprunts ou de dons volontaires. Mais Philippe y appartenait à une race de rois, qui avaient toujours cherché à assimiler, sous ce point de vue, si ce n'est encore pour tout le reste, le clergé de leurs États aux autres sujets, et qui tendaient à cette constitution civilej dont s'effraya tant plus tard, dans sa situation exceptionnelle, le plus faible des Capétiens. II avait été fortement nourri dans ces principes par le duc de Beauvilliers, dont les exemples de Louis XIV étaient venus corroborer les leçons, et il avait pour ministres deux disciples ardents des légistes du quatorzième siècle, Amelot et Orry. La princesse des Ursins étant tout entière aussi dans ses idées, c*était plus qu'il ne fallait pour se laisser aller à ébrécher rédifice des immunités de l'Église d'Espagne.
Avant la bataille d'Almanza, on avait procédé par voie d'emprunt. Après ce grand succès, plus de force inspira plus de hardiesse, et madame des Ursins fut d'avis, dans le conseil, de demander un don, appelé volontaire, mais auquel ne pourraient se soustraire que bien peu de prélats. La demande devait se faire et se fit en effet directement, sans passer par la cour romaine : les précédents du pape en Italie n'invitaient guère à soumettre cette contribution à son consentement ; l'on voulait même profiter de cette circonstance pour conquérir sur lui, au profit de TÉtat, un vieux droit, dont l'acquisition devait rendre l'Église d'Espagne plus monarchique et plus nationale. Le pape, comme on le prévoyait, défendit au clergé de rien donner sans son agrément; il trouvait que les évèques n'avaient déjà montré que trop de déférence pour le pouvoir séculier dans l'affaire de l'emprunt. Mais on était décidé à la lutte, et madame des Ursins, ainsi que ses gens, donnait de la fermeté à Philippe V. En présence de cette allure indépendante, beaucoup d'évéques, imitant le
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dergé français, adhérèrent pureaient et simplement aux volontés de ce prince. Vainement un nouveau nonce du pape, Gondodari, moins accommodant que Aquaviva, leur fit-il des menaces ; vainement quelques prélats craintifs ou peu dévoués, au nombre desquels ne manqua pas d*étre Portocarrero, suivirent-ils la ligne pontificale, on tint bon, et le duc d'Uzéda, ambassadeur de Philippe V près le saint-siégc, eut ordre de quitter Rome.
Le pape alors commença à s'efTrayer. L'abbé de la Trémoille, frère de madame des Ursins, était toujours à Rome, mais non plus en homme qui attend que le char de la fortune et des honneurs vienne le prendre à son tour; il s'y trouvait à titre d'ambassadeur de France, et il était cardinal. II devait en grande partie ces deux dignités à rinfluence de sa puissante sœur, et il n était plus en froideur avec elle. C'est lui que le pape appela, pour lui parler de la fâcheuse discofde qui avait édaté entre Rome et la cour de Madrid. L'abbé de la Trémoille intervint officieusement auprès de la princesse des Ursins. Mais ce qui amena une conciliation, par laquelle le di*oit du pape fut réservé, sans que Philippe V fût privé du don volontaire, ce fut une lettre bien inattendue de Versailles. Celui qui Tavait écrite était Louis XIV lui-même. Voulant faire revenir le pape de son côté dans les affaires italiennes, il engageait son petit- fils à se contenter pour le moment du don gratuit, et à remettre à d'autres temps la question de principe. « Vous n'êtes pas assez fort, croyez-moi» « lui disait-il , pour avoir encore vos maximes gaUi- « canes ^ »
Malgré cette haute considération, relative à l'Italie, une conduite si peu ferme étonnera peut-être de la part d'un roi qui avait renouvelé avec éclat, sinon avec la même
« Mém. de NoaUles, t. UI. p. 399 à 405.