LES FUEROS
mol de plainte, de Timpossibilitë où Ton était désormais de le braver impunément \
Une autre afTaire appela Tattenlion du gouvernemenl après la victoire d'Almanza, c'est le débrouillement do diaos politique et administratif de TEspagne. Chaque province avait ses fueros^ c'est-à-dire sa constitution particulière, l/ancien royaume d'Aragon, spécialement, offrait, à Valence, à Barcelone et dans TAragon proprement dit, des cor tes, ou assemblées nationales, gardiennes des libertés provinciales, dont elles étaient elles-mêmes la plus , haute expression : c'était comme en France, dans les pays d'États. Philippe V et ses conseillers français étaient venus en Espagne avec les mêmes idées de centralisation, que poursuivait activement, à l'exemple de ses prédécesseurs, le roi Louis XIV. La centralisation, unissant au trône toutes les parties de la monarchie par des liens administratifs et par la fusion des cortès particulières en une assemblée générale, pouvait mieux en garantir l'intégrité. Elle devait donner aussi plus de facilités pour l'établissement des impôts. Souvent les cortès provinciales réduisaient le chiffre des impositions, agréées par l'assemblée de Caslille, ou le réduisaient à plaisir. La rivalité deà deux nations, aragonaise et castillane, se manifestait par ces taquineries de souveraineté. Surtout après Tavénement de Philippe V, la haute noblesse, ou bien les hidalgos, retranchaient derrière ces libertés leur opposition et leur mauvais vouloir.
« En 1702, écrivait madame des Ursins à Torcy, les « cortès d'Aragon auraient voté 500,000 écus, qui leur « étaient demandés, sans le bras ou ordre de la noblesse, <x ou bien des hidalgos. Avant d'accorder cette somme, <c les nobles avaient voulu régler leurs demandes parti-
* Dépôt de la guerre, n' 2104, 1708, t. I, LXXH* lettre, 24 février. U cbefalier du Bourk i GhamiUard.
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« culières ^ » Les cortès de Catalogne s'étaient tenues aussi, avec Tautorisation du roi, qui avait été plus libérai envers les Catalans, dit le marquis de Saint-Philippe, qu'envers les Castillans eux-mêmes*. Néanmoins, pendant la session de ces assemblées, ils écoutaient, dit le même historien, les promesses de Tarchiduc, et ils finirent par se révolter, en 1 704, avec tout le reste de l'ancien royaume d'Aragon *. Ils y perdirent, en définitive; car, à la longue, ils furent obligés de se soumettre, et ceux de leurs privilèges qui furent supprimés pendant la guerre civile ne furent pas rétablis après la paix.
C'est en 1705, selon Téconomiste contemporain UUoa, que Ton commença à porter la cognée à Tarbre antique des fueros de l'Espagne. Certaines lois de TAragon furent abolies et remplacées par les coutumes castillanes ; les impositions établies en Castille furent aussi étendues au royaume d'Aragon *. Mais c'est seulement en 1707, après la bataille d'Almanza, et à la faveur de ce grand triomphe, que fut publiée à Valence et à Saragosse la pragmatique ou constitution de Castille, pour devenir la loi unique et générale du royaume d'Espagne. Les partisans de l'ancien système de gouvernement, comme le duc de Montellano, opinèrent contre cette mesure; mais elle eut l'assen liment de tous les amis de madame des Ui^ins, Ronquilio, Amelot, Veraguas, ainsi que du duc de Saint-Jean, récemment nommé ministre de la guerre. Elle eut aussi le suffrage du maréchal de Berwick. Il travailla lui-môme à son exécution dans le royaume d'Aragon, et, en quittant un instant l'Espagne, cette année-là même, pour aller rem-
' IcUres de madame des Ursinit et de madame de Maintenons t. ]V. -- • Mém. de Saint-Philippe, l. I, p. 146, l. U. — » iWd., p. 144, 267, el winnlea. — • Ulloa, gcnlillioinmc de la bouche du roi, alcade mayor de >V>viiIe : Bu rétabUuement du commerce el des manufacturée d'Etpagne, 17tt, ouvrage dédié à Philippe Y. 1 voï. in-12, 1'^ partie.
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placer en Provence le maréchal de ïessé, envoyé comme ambassadeur extraordinaire à Rome, il recommanda Tachèvement de ce grand ouvrage d'unité législative el représentative, comme devant effacer peu à peu les anlipaliiiesde race et consolider davantage la monardiie '.
Il n'y eut qu'un malheur à cela, c'est que la réunion des cortès générales, qui était la conséquence naturelle de cette réforme, fut toujours un principe et un droit, rarement un fait. Le roi avait la faculté de les convoquer, quand il le jugeait à propos ; il ne s* en imposa pas le devoir. Un héritier de la couronne, un prince des Asturies, vint-il à naître en 1707 et fallut-il le faire reconnaître par la nation, ou bien voulut-on modifier la loi de succession au trône? alors furent appelés autour du roi les représentants de l'Espagne. Mais, sauf ces cas, où la royauté nouvelle ne pouvait faire autrement pour lier le pays à un roi futur ou à quelque changement considérable dan> le droit public, les cortès générales ne furent jamais convoquées ; jamais elles ne vinrent consentir aux taxes qu'on voulait lever sur les Espagnols : par conséquent, au milieu des complications de la guerre et des discordes civiles. l'utile faculté d'imposer la nation, jusque-là exeitcepar les assemblées particulières des provinces, passa loul entière au roi.
Benvick avait aussi proposé, avant son départ, uiit' réforme, qui fut exécutée à celte époque, et qui révèle son génie à la fois administratif et militaire. 11 voulait qu'on choisit parmi les officiers de l'armée d'Almanza les gouverneurs des villes , bourgs et places considérables do l'ancien royaume d'Aragon, et qu'on mit sous leur dépendance les alcades, dont les gouverneurs généraux ou vice-rois avaient eu jusqu'alors la nomination. Ils de-
» Di'pôl *fe là jçucrrc, n* 2104, XVI' Icllre, 4708, H janvier Du Boaii à <^liaiTiilJarii.
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vaient néanmoins garder leurs postes« Tarmée pendant la guerre et se faire remplacer dans ces nombreux dislricls par des lieutenaiils. Berwick trouvait à cela plusieurs avantages : on diminuait la puissance excessive des gouverneurs généraux ou vice-rois, qu'on finit même par supprimer; on assurait la soumission du pays, en y intéressant l'élite des vainqueurs d'Almanza, et enfin on récompensait dignement ^eur bravoure, en même temps qu'on lui fournissait à lui-même le moyen de leur donner, en les quittant, une marque d'attachement*.
Ainsi, par la force attractive du principe monarchique et par ses nouvelles attributions législatives et administratives, la royauté espagnole, sous Philippe V, allait avoir en ses mains les bases de la centralisation complète de l'Espagne. Tel était le fruit de la bataille d'Almania, qui, sous ce rapport, avait été un grand événement politique. Le maréchal de Berwick avait tout fait; mais le mérite de ceux qui avaient préparé ou mis à profit le succès de ses armes n'en subsistait pas moins intégralement, et madame des Ursins, au milieu de ce cercle d'hommes d'État, habiles et unis, dont elle avait entouré Philippe V, était toujours l'un des principaux artisans des résultats obtenus. I.a centralisation administrative, largement commencée, et la prérogative royale, primant tout, celle-ci, fortement assise, pour ôlre la source progressive et le levier de Tautre, celaient là des changements féconds, et où elle pouvait revendiquer sa part d'initiative et de gloire.
1 Dépôl de la guerre, n« 2014, XVi* lettre, 1708, du chevalier du fiourk, où les propositions du maréchal de Berwick sont exposées, telles qu'il les avait Tuiles à la cour de Madrid.
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