‹ La princesse des UrsinsChapitre 115 sur 278 · CHAPITRE XXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXY

L'aNKÉE 1709 EX FRANCS ET E9 ESPACES. — LE DIX DE SAVOIE LT EAJUIl DES DRSIXS. — POBTRAIT DE VICTOB-AI|£d£e D.

Madame des Ursins était éminemment française, nous lavons vu, dans ses rapports avec rarislocratie espagnole, c est-à-dire qu'on sentait en elle comme un souffle puissant des doctrines antiféodales de la cour de Versailles. Mais, quand il s'agissait de la grandeur de TEspagne, de l'intégrité de la succession, dévolue à Philippe V, elle était profondément espagnole, plus espagnole que Philippe V lui-même. Semblable à un tuteur consciencieux, qui veut laisser intact h son pupille Théritage dont il a été ladministrateur et le gardien, elle voulait, pour le roi d*Espagne, Texécution pleine et entière du testament de Charles II, comme le désiraient surtout les Castillans. Elle persista mémo à Tcxiger contre Louis XIV, que d affreux coups du sort avaient fini par convaincre qu'il était, pour le moment, impossible de tout conserver.

C'est après les funestes journées de Ramillies et d*Oudenarde, auxquelles vint se joindre le désastreux hiver de 1709, et sous le ministère assez peu favorable de Chamillard, que cette question de Tintégrité de la succession d'Espagne fut posée à Philippe V. Madame des Ursins. craignant qu'elle n'eût pas une solution, de tous points conforme à ses désirs, avait cherché à détacher de la Grande- Alliance celui dont le concours était peut-être lo

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plus utile aux Autrichiens, et dont la défection les eât rendus plus traitables, nous voulons parler du duc de Savoie, Yictor-Amédée II. Il était à la fois beau-père de la reine d'Espagne et de la duchesse de Bourgogne, et pourtant il s'était déclaré contre la maison a laquelle il avait allié ses deux filles. Ses États fermaient aux Français l'entrée de la Lombardic et prêtaient à l'Autriche le secours des Piémontais, de tout temps les meilleurs soldats de l'Italie. Il était donc très-important de le gagner. Mais les liens du sang n'étaient rien pour Victor-Amédéell; TaiTermissement etla grandeur de sa maison étaient tout. Souverain d'un de ces petits États qui, à l'instar de la Prusse, devaient leur formation ou leur maintien à des intérêts d'équilibre européen et en étaient çà et là comme les arcs-boutants, il n'avait aucune crainte sur la solidité de son existence, nécessaire à deux grands États rivaux ; mais il savait que, pour ce qui était de s'agrandir et d'arriver peu à peu à se soutenir par lui-même autant que par l'appui d'un système sujet au changement, il avait mille précautions à prendre, mille ménagements à garder, mille susceptibilités à respecter de la part de ses puissants voisins. Il savait tout cela, et nul, même les rois de Prusse, n'avait mieux que lui l'instinct de sa position et de son rôle; nul, dans les guerres générales, n'avait plus de pénétration pour démêler,' non pas précisément où était la place qui convenait à sa raison d'être, mais de quel côté, à un moment donné, soufflait le vent de la force. Dès qu'il l'avait découvert, vite il y tournait son aile, il en suivait toutes les variations, et à chaque fois, tantôt avec l'un, tantôt avec l'autre, sans égard, sans pudeur, s'unissant le lendemain à la victime de la veille, et exploitant bientôt après l'allié du lendemain, il arrachait h ses dupes quelque marché avantageux. Un mot le peignait parfaitement, et il était de lui, cest qnun homme

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habile devait avoir son pied dans deux souliers à la fois. Le Piémont était, disait-on, la Prusse de Tltalie; on pouvait ajouter que Yictor-Amédée H y était un second grand électeur. Comment avait-il agi en Tannée 1701 ?11 avait traité avec Louis XIV, il avait accepté l'alliance flatteuse que ce monarque lui offrait pour sa seconde fille, avec le titre ambitionné de roi d'Italie et tous les autres avantages honorifiques ou matériels qui y étaient attachés. Cela fait, il n'avait eu rien de plus pressé que de tourner le dos à la France, bien que ce fût le tourner à ses propres enfants, ne voyant toujours que l'intérêt du moment, introduisant par là les Autrichiens en Italie, dans les contrées qu'il convoitait pour lui-même S s*exposant à ne pas pouvoir les en chasser plus tard, et s'enlaçant, lui et ses successeurs, dans ses propres filets. Un instant il s'aperçut qu'il se fourvoyait; ce fut en 1703. L'empereur Joseph n'avait pas d'enfants mâles, et l'archiduc Charles, son frèret devait, selon toutes les probabilités, être élu après lui. En prévision de cette éventualité, c'est au duc de Savoie que les Anglais et les Hollandais avaient promis secrètement la couronne d'Espagne. Mais en 1709, au milieu de la détresse de Louis XIV, ils semblaient appuyer de préférence un autre Bourbon, appartenant à la maison d'Orléans. Le duc de Savoie était donc mécontent, et il n'avait pas encore renfluvelé avec les alliés le traité qui le liait à eux et qui venait d'expiré^ Débouté de ses fins, quant à l'Espagne, toutes ses pensées s'étaient reportées vers l'Italie; il y voyait maintenant ses plus diers, ses premiers intérêts, et il n'était pas sans regretter les anciennes offres de Louis XIV, surtout h la vue de rAulriche, qui envahissait tout dans ce pays et qui se présentait aux populations avec l'appui sacré du saint-siége.

« M^m. de Saint-PMlippey t. H, p. TiOS. 300.

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