‹ La princesse des UrsinsChapitre 117 sur 278 · ELLE S'OPPOSE AU DÉMEMBREMENT · texte numérisé non relu

ELLE S'OPPOSE AU DÉMEMBREMENT

qu'elle fut en mesure d'établir, grâce aux études et au mouvement d'idées qu'elle entretenait autour d'elle. Elle l'écrivit immédiatement à Yilleroi. Elle lui déclara qu'on pouvait se procurer des fonds ; qu'elle avait sous ses yeux un mémoire, examiné par Amelot, qui le prouvait; que les auteurs de ce mémoire ne demandaient pas de récompense pour leur opération, qu'ils offraient au contraire d'avancer, les premiers, les sommes dont on aurait besoin, pourvu seulement qu'on les laissât faire. Ce mémoire, elle l'envoya même au maréchal de Villeroi*, elle recommanda à tout son vif intérêt. Elle ne se contenta pas de s'adresser, par l'intermédiaire de cet ami sincère et influent, à l'esprit de Louis XIV, elle frappa aussi, par l'organe de la même personne, à la porte de son cœur : elle lui retraça les souffrances de la jeune reine d'Espagne ainsi que les siennes, et sembla dire qu'on ne vint pas les aggraver encore par l'abandon de Philippe V et par celui des chances de succès qu'on pouvait avoir auprès du duc de Savoie. « 11 ne suffisait pas, lui disait-elle, de la mort « d'un second fils de Philippe V, décédé cette année-là a même, quelques jours après sa naissance ; il ne suffisait a pas de l'inquiétude que m'a causée la perte de cet en- (( faut tant souhaité, et de celle que j'avais eue que la « reine napfnit rien qui pût h saisir pendant ses couches; a il faut, monsieur, que, par stàte des dernières nouvelleSy « ma peine soit augmentée par une tièvre violente qui ^i « venue à la reine, qu'elle a depuis vingt-quatre heures, a accompagnée de grandes douleurs de tête et de jambes. a Ce sont trop de maux à la fois, et je ne sais comment «j'y puis résister •. »

Dans ses démarches pour arrêter Louis XIV sur la pente des concessions, elle ne pouvait oublier madame de

* Lettres île madame des Ursins au maréchal de ViUcroi. 30 août 1709, p. 75. — « IMd. Lellre du 28 juillet 1709, p. 73.

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Maintenon, et ne pas la prier de résister, au moins quelque temps de plus, à Tentralnement des peuples découragés. Elle lui écrivit aussi. Elle lui dit, expliquant davantage son plan financier et envisageant toutes les faces de la situation présente, qu on avait pu voir, à Versailles, par le mémoire adressé à Villeroi, qu'il y avait de Targent en France, que seulement il se cachait; que, si le roi payait les intérêts, il se montrerait, et qu'on pourrait les payer en laissant agir les auteurs de ce mémoire; qu'au demeurant il ne fallait pas se laisser trop impressionner par les cris de l'opinion publique, dans un pays où Ton se décourageait promptement, et où l'on avait instamment réclamé la paix peu après le commencement de la guerre. Elle ne lui cacha pas qu'elle savait que les récoltes s'annonçaient bien en France ; que le prix du blé augmentait considérablement en Angleterre, et que les Hollandais, à cause de la peste qui régnait un peu en Orient, n*en tiraient que de la Pologne : elle concluait de là qu'on pouvait attendre encore au moins quatre mois avant de céder sur rien et de s'avouer vaincu, et elle montrait l'utilité de cette attitude ferme, au point de vue de la détermination du duc de Savoie.

Elle toucha également un article sur lequel madame de Maintenon paraissait épouser le sentiment du vulgaire, je veux dire la croyance assez répandue que Dieu avait abandonné la France, et elle prouva qu'il était puéril de le penser, lorsque surtout la cause de Louis XIV était la plus juste, o Enfin, madame, disait, en se résu- « mant, cette femme intelligente et extraordinaire, il y a « de bonnes troupes et de l'argent en France. Nous ne a saurions avancer, d'un autre côté, que Dieu soit dé- « claré contre nous, et si nous avons perdu jusqu'à pré- « sent Ménin, Lille, Tournay, il nous reste pour équivale lent Niewport, (Iharleroi, Namur et lAixembourg. Le

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« royaume est donc encore lel qu'il tiail avant la mort de « Charles II. Pour lors, nous faisions trembler toute rEii* « rope, et ce n est, selon moi, que par notre aveuglemenl « que nous nous attirons aujourdliui le mépris de nos « ennemis. Il n*y a personne qui ne pensât de même. c< pour peu qu'on prit la peine de raisonner ou de guérir a son imagination V »

A ces observations si éloquemment, si savamment exposées, et qu'il faut lire dans le recueil que nous avons eu entre nos mains, se joignirent les lettres particulières d'Amelot, qui en rehaussait l'importance par son adhésion. Uans Tune il affirmait à Ix)uis XIV que les bruits sur l'abandon de Philippe V par la France «t avaient réveillé « l'ancienne haine contre la nation française, et qu*on ne « parlait de rien moins que de couper la gorge aux France çais qui étaient à Madrid, et de saccager leurs maia sons'. » Dans une autre, il disait, « qu'à entendre les « Espagnols fidèles, ce serait là le plus grand sujet de « plainte qu'on pût imaginer pour. leur roi et pour leur « nation; que les indifférents s'expliquaient à peu prés « dans le même sens par rapport à soutenir leur roi sur « le trône, et que les mauvais voulaient faire croire que f( le point d'honneur de la nation ne permettait pas de c< faire autrement '. » Louis XIV pouvait penser, d'après cela, qu'en renonçant à soutenir plus longtemps son pelil- (ils il compromettrait l'existence des Français qui se trouvaient en Espagne, sans arriver peut-être à cette paix honteuse que les étrangers faisaient dépendre de la chule de Philippe V.

Mais tout fut inutile auprès d'un monarque un peu frappé lui-même de l'acharnement de la mauvaise for-

* M. Gcffroy, 2« re^çislre. LcUrc du 11 novembre 1709. — • Manuscrit* de l.i collection Noailles, nu Louvre, t. XXVI, II» lellre. mai 1700 — ' /M , IX' \o\lvo.

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