ELLE FAIT CHASSEB TOUS LES FRANÇAIS
CHXPITRE XXVI
l.« PRIXCES5E DES DRSnS FAIT CHASSER TODS LES PRAXCAIS DE L ESPiCSF, KT JETTE PnnjPPE V DAR8 LES RRAS DES ESr«G7(Al.!>.
Madame des Ursins fit plus que d'indiquer a Philippe V ca qui convenait à son honneur et à son devoir; cllely enchaîna irrévocablement par les mesures quVllc lui fi( prendre en cette circonstance désespérée. Ce qu'avait annoncé à Louis XIV rambassadeur Amelot ne se réalisa que trop. Une conduite si rétrograde, que la France seule pouvait comprendre, et qu'on ne s'expliquait pas suflîsammenl en Espagne, avait déterminé une réaction très-vive contre les Français, et fait rompre les digues à une haine longtemps contenue. Que fit la princesse des Ursins, elle, >i Française, mais en même temps si dévouée aux inlérfl^ de Philippe V? elle souffla au feu comme les autres, n'arrêta en rien cette tempête, et, désertant la politique de conciliation, lorsque, non par sa faute, elle était devenue impossible, elle provoqua, au mois de mai, un décret royal, qui bannissait tous les Français de TEspagne*. Pui'^ elle se tourna vers le nouveau parti de Montellano, non pour relever Montellano lui-même, dont elle avait vu sans peine la chute, mais pour appuyer, exclusivement celle
« MM. de Saint-PMHppe, 1709, mai, t. H, p. '266; et leUre de fntd»n<* ries IV^ins à Villeroi, oà son initiative se montre p)us à dtVrouTPrl, p- ^-
DE L'tSPAGMi:, EN 1719 501
fuis, sur quelque chose de tout à fait naiional, la royauté espagnole en danger. Loin de craindre, comme le dit après cela le marquis de Saint-Philippe, que la chute des Français n'entraînât la sienne, c'était plutôt sur cette base qu'elle comptait s*afTermir elle-même.
Dans ce nouveau parti de Montellano, elle avait distingué depuis longtemps le duc de Médina-Cœli, dont nous avons eu déjà l'occasion de parler, un des plus grands seigneurs de l'Espagne, ancien ministre de Charles II, homme d'esprit, d'expérience et de talent, mais vain, glorieux, superbe, comme l'avait dépeint Gramont en 1 705 ', ardent, prompt à se piquer comme tous les Espagnols, et alors brisant tout, ne paraissant plus au Despacho sous prétexte d'étourdissements % et ne gardant aucune mesure dans ses accès d'orgueil blessé. Son caractère était très-dangereux, et son influence parmi les grands, immense. C'est pour cela que la princesse des Ursins, d'accord en cela avec la cour de Versailles, avait toujours conseillé de le ménager. Elle avait même cherché à gagner sa conflance, et elle paraissait si bien y avoir réussi, qu'il ne se passait pas de jour où il ne vint chez elle demander de ses nouvelles, surtout quand elle était absente ou ma* lade '. Croyant avoir atteint son but, c'est lui, c'est ce représentant le plus élevé des jalousies, des rancunes, des susceptibilités de l'Espagne, qu'elle appela auprès du roi et qu'elle fit charger des affaires étrangères, bien que, a une époque où les négociations pour la paix avaient commencé, ce fût le ministère le plus important de tous, et celui qui exigeait la plus intelligente et la plus solide fidélité, a Du reste, à ne regarder qu'à la capacité, écrivait « Amelot à Louis XIV, il le méritait plus qu'un autre*.
' Mamiscrils de la collection Noailles, 21' vol , IX' leltrc, 2*2 janvier 1705. — « Ibid., 26* vol. XLIV- Ictlrc. Ainclot. — » Leltrcs à Villeroi, p. ill à 114. A Mém de Noailles, LXiV* lettre du volume 26.