‹ La princesse des UrsinsChapitre 121 sur 278 · LOUIS XIV YOULAIT-IL ABANDONNER PHILIPPE V · texte numérisé non relu

LOUIS XIV YOULAIT-IL ABANDONNER PHILIPPE V

« je crus qu'un moyen pour les animer à bien faire « serait qu'ils ne pussenl avoir aucun soupçon que les « Français pussent avoir part à leurs affaires. J'avais « consulté plusieurs fois madame de Maintcnon pour « savoir les intenlions du roi. Elle m'a toujours répondu « que je pouvais mieux juger qu'elle et le roi de ce qui « convenait pour le service de Leurs Majestés Catholiques, « inais quH ne fallait pas les quitter. Dans ce cas, je pnc « le roi de me dire comment il faut que je gouverne; car « c'est trop d'être toujours accusée. Je ne sais pourquoi « l'on prend des détours, si l'on veut que je parte, avec « une sujette aussi soumise que je le suis et qu'on doit « connaître pour être incapable d'ailleurs de vouloir rien « insinuer à Leurs Majestés Catholiques qui soit contre « ce que je leur dois et ce que je me dois à moi-même '. »

La princesse des Ursins n'avait pu s'expliquer, dans celle conjoncture, les variations de la cour de Versailles, où le langage officiel sur la question pendante ne s'accordait pas toujours avec les propos confidentiels de ceux qui approchaient de plus près Louis XIV. Si l'on s'en tenait* aux paroles et aiL\ lettres des ministres ou des ambassadeurs du roi, il fallait renoncer \\u trône d'Espagne, abandonner tout espoir de secours, se préparer à n'avoir lien peut-être d'une succession ambitionnée d'abord Jans sa totalité. Mais s'en rapportait-on aux lettres des autres personnages de la cour, aucune de ces craintes n'était fondée. Madame de Mainlenon^ qui était initiée à toutes les pensées intimes du grand roi , soutenait madame des Ursins. Le grand Dauphin, de son côté, écrivait à son fils, le roi d*Espagne, les lettres les plus rassurantes*.

C'est qu'en effet Louis XIV n'avait aucunement l'intonlion de sacrifier son petit-fils et tout le fruit de huit

* LcUre au maréchal de VUicroi. du 10 scpicnibrc 1709, p. 82, 81, 84. - - Mém. de Saint-Philippe, i. lî, p. 247, 1700.

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années de souflrances et de combats aux exigences des étrangers. La France était afîamée de la paix; il voulut montrer qu'il la désirait lui aussi. Il fit donc des ouvertures à ce sujet, et parut décidé à laisser le roi d'Espagne livré à lui-même, au seul courage du peuple espagnol, dont il savait par Amelot les résolutions, et par lui-même toute Topiniàtreté *. Mais, au fond, telle n'était pas sa pensée. Déjà, au commencement de l'année 1709, nous dit le marquis de Saint-Philippe, il l'avait donné à entendre à son petit-fils, en termes vagues et couverts, il est vrai, C4)mme l'exigeaient les circonstances présentes, mais assez clairs pour qui voulait bien comprendre '. 11 se bornait à lui dire « que ses sujets eux-mêmes, malgré c( leur lassitude extrême , s'opposeraient à recevoir la c( paix à des conditions également contraires à la justice ei c( à l'honneur du nom français *.» Au mois de juin suivant, malgré le décret d'expulsion contre les Français, malgré le mécontentement qu'il en avait eu, il fut plus explicite. Dans une dépêche inédite à Amelot, il déclarait que, s'il relirait ses troupes de l'Espagne, c^était pour prouver à ses ennemis et surtout, croyons-nous, à ses sujets, sa sincérité, et il ajoutait : « Dites à mon petit-fils que, puisa qu'il persiste à se maintenir en Espagne, je ne puis ni a désapprouver une telle résolution, ni lui conseiUer un « parti contraire *. » Pour mieux l'en convaincre, il consentit, sur les instances du Dauphin, à lui laisser un corps de 12,000 hommes, et il fit cela avant même la rupture définitive des négociations pour la paix, qui ne cessèrent d'être reprises qu'à partir du 25 juillet 1 709 '. I^a lettre de

> Manuscrits de la collection Nonillcs, vol. 26, IX' lettre, i709. — ' Méin. de Saint-Philippe, t. II, 1709, p 248. — » Lettre de Louis XIV à Philippe V, du 3 janvier i709. Mém. de Noaiileêy t. IV, p. 58. - * BUnuscri:* de la collection Noaillcs, XVlll' lettre, 26* vol., 10 juin 109. ^* Mém.t/f Torcy, t. Il, p. 391 à 408, négociations avec la lioliatide, et Mém. deStnh Philippe, \.. II, p. 277.

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