LOUIS XIV VOULAIT-IL ABANDONNER PHILIPPE V
Louis XIV, annonçant cette décision à Philippe V et datée du 26 juin 1709, existe du reste. Philippe V priait son aïeul de lui laisser vingt-cinq bataillons. Louis XIV lui répond par Amelot qu'il y consent et qu'il lui accordera même plus qu^il ne demande, puisqu'il ne veut pas rappeler les gairnisons françaises de Roses, de Pampelune, de Fonlarabie, de Saint-Sébastien et des forts du Passage '. Aussi Philippe V, répondant au duc de Médina-Cœli, qui s'emportait contre les Français, affirmait-il, que « le roi, « son aïeul, ne Tabandonnerait jamais ^ »
Que si, après cela, on doutait encore des dispositions intimes* de Louis XIV à cette époque, nous pourrions in- Noquer l'opinion des principaux diplomates étrangers. Nous trouvons dans le marquis de Saint-Philippe que le comte de Stahremberg, à la fois général et diplomate autrichien, disait à l'empereur, « que Louis XIV ne don- « nait à entendre qu'il abandonnait son petit-fils que pour « gagner du temps '. Il se fondait sur les éléments de « division que renfermait la Grande-Alliance et ajoutait « que Louis XIV voyait certainement qu'une ligue, com- « posée de tant de tôtes, ne pouvait exister longtemps*. » Un autre incrédule sur le môme point, c'était le duc de Marlborough,qui entretenait, en France comme en Espagne, une police si étendue et si active, et qui, par elle, était initié aux plus grands secrets des cabinets européens : loin de vouloir discontinuer la guerre à cette époque, il pensait qu'il n'y avait que ce moyen d'imposer à Ix)uîs XIV ce qu'un roi, ce qu'un père comme lui ne pouvait en aucune façon accepter *. Mais voici un passage du même historien espagnol, plus péremptoire encore que ce qui précède : « Louis XIV, dit-il, ne désirait pas la paix
* Mém. de Soailles. t. 26, XXXÏ» IcUre. — » Mém. de Saint-Philippe, l. II, p. 247. — » im. livre V, t. IL — ♦ Ibid. cl Mém. de Torcy, t. il, p. 387, 589, SOO. -- • Mém. de Saint-Philippe, ibid.
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« dans la conjoncture présente, et jamais il n'eut vérita- «1 blement envie d'y entendre; mais il feignait de la vouc< loir, pour tromper les ennemis et se délivier des impora tunes sollicitations de ses courtisans^ interprètes des « vœux publics. Ce prince ne fit part de ce secret à personne a quau Dauphin et à son petit-fils ^ en les pfévenani que, c< quelques apparences quils vissent d*une paix proehâne « et d*un dessein formé d' abandojmer l'Espagne^ ils deu vaient être persuadés de la résolution contrme oh il « était de continuer la guerre *. » Malheureusement, sans doute, cet avis secret arriva tard, et madame des Ursins pensa qu'elle devait prendre ses mesures : mais, à Versailles, où l'on savait à quoi s'en tenir là-dessus, on se plaignit de sa conduite, on l'accusa, sans le lui dire formellement, d'avoir été trop vite, d'avoir cru trop facilement h ce qui n'était qu'un tour de diplomatie, joué le plus sérieusement possible, mais ne répondant à rien de réel ou du moins d'irrévocablement arrêté.
< Mém. de Saint-Philippe, t. Ih p. 262, â63, année i709.