‹ La princesse des UrsinsChapitre 127 sur 278 · VEUT SE PRÉSENTER AUX ESPAGNOLS. EN 1700. 5M · texte numérisé non relu

VEUT SE PRÉSENTER AUX ESPAGNOLS. EN 1700. 5M

à*dire de Louis XIV lui-même, qui avait, tout le premier, plus de droits que lui, et aux regards duquel il était oblige de se soustraire. Il pouvait souhaiter assurément de régner en Espagne ; mais cette ardeur, en quelque sorte subreptice et qu'aucune considération de convenance ou même de justice n'arrêtait, était coupable. De là au dessein de supplanter Théritier légitime, dès la première occasion tant soit peu plausible, il n'y avait qu'un pas. Le* comte de las Batuecas, orléaniste espagnol émigré, devant qui Filtz-Moritz, dans la conversation, avait laissé échapper ce détail, comprit tout de suite que cette révélation constituait une présomption très-forte contre le duc d'Orléans, dont, lui aussi, il voulait justifier la conduite en Espagne. « D'où avez-vous tiré cette anecdote, que nous « ignorons nous-mêmes? dit-il à Filtz-Moritz. N'aurait- « elle pas été inventée par quelqu'un qui aurait voulu a faire sa cour au duc d'Orléans, » en montrant aux Espagnols, par cette particularité, que ce prince avait toujours pensé à eux et qu'il leur était attaché, puisqu'il avait sans cesse désiré de pouvoir devenir leur bon maître? « Non, i< répartit Filtz-Moritz. Ce prince conta lui-même tout a cela, en Espagne, au général don Antonio de Villaroêl, « son ami, qui, depuis, se jeta dans le parti de l'archiduc, ce eut de grandes liaisons avec les Anglais et i^cevait « même des appointements du lord de la Trésorerie, Les a charmes d'une couronne sont puissants ^ »

Ce iail important avait donc des caractères sérieux d'authenticité. Mais Louis XIV, malgré toute la vigilance de sa police, n'en avait probablement rien su. Sans cela, il aurait répondu sans doute à la demande du duc d'Orléans par un refus formel. Il se contenta de lui dire que sa présence en Espagne pourrait donner de l'ombrage à

* Filtf-Moritx, leitres n un roînisirc d'État ani^lais, VI' lettre, p. 175 et 177 .

Philippe V*. 11 ne se trompait pas ; car, à peine instniile des désirs du duc d'Orléans, la princesse des.Ursins, organe de la cour de Madrid, fut la première à suggérer mille craintes à Louis XIV, pour le détourner d'un lel choix. Elle l'y avait déjà fait renoncer en 1706, après la prise de Barcelone, époque à laquelle, selon le mèmeFillz- Moritz, le duc d'Orléans avait sollicité cette faveur*. Nais, en ce moment, Louis XIV finit par céder aux vœux de ce prince, et, voulant même lui donner une marque éclatante de confiance, il le nomma généralissime des armées d'Espagne, tant espagnoles que françaises, et le fit partir dés le commencement d'avril 1707.

Au point de vue des rivalités qui existaient entre les généraux, il pensa que c'était un bien d'envoyer dans ce pays un seigneur qui, par sa naissance, son titre, son rang, devait être à Tabri des petites jalousies et peut-élre aussi des antipathies de race, qui rendaient, parmi les commandants ordinaires, toute harmonie impossible. C'est la princesse des Ursins elle-même qui nous fait connaître ce motif particulier du choix du duc d'Orléans'. Pourtant, avec les prétentions que ce prince pouvait nourrir en secret, quel danger n'était-ce pas de lui donner un tel pouvoir dans les armées! A quelles tentations perpétuelles n'allait-on pas exposer son ambition, surtout si Ton songe aux suggestions perfides de tous les seigneurs malintentionnés au milieu desquels il devait se trouver! La cour de Madrid, quelles que dussent être ses démonstrations d'amitié pour le duc d'Orléans, allait être nécessairement ombrageuse, et lui, partant, suscep-

* Mém. de NoaUles, i. HT, p. 383, et lettre du duc d'Orléans à madune <lo MainlenoD, dans les pièces justiticatives, p. 454. — ' Lettres de Filti-MoriU, Vlï* livre des Mémoires, traduit en entier et rouUut eiduâvement sur le àoc d'Orlc-ans en Espagne, p. 256. — ' Lettres do madame des Ursins cl àc madame de Maintenon, t. lY, 1707.

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