OPPOSÉE A L'ENVOI DU- DUC D'ORLÉANS EN ESPAGNE
tible et irritable au même degré. A Bayonne, il vil chez elle la reine douairière, veuve de Charles II, et il accepta un fauteuil qu'elle lui offrit. Certains personnages espa* gnols, qui s'étaient rendus dans cette ville pour raccompagner à son entrée en Espagne, parurent déjà s'offusquer, à tel point que le duc d'Orléans, par une lettre inédite du 8 avril, datée de Bayonne même et adressée à Louis XIV, jugea utile de prévenir toute interprétation fâcheuse de sa démarche, en disant « qu'il n'avait pas cru <c devoir refuser le fauteuil que la reine douairière lui « avait offert, puisque la feue reine, sa sœur, en avait, « après son mariage, donné un à Mademoiselle, qui était « au même rantj qtie hii, et cela, du consentement des ff ambassadeurs d'Espagne ^ » C'était une question d'étiquette, que la susceptibilité espagnole prenait pour une marque réciproque de sympathie.
Il eut bientôt occasion, au surplus, de prendre aussi, lui, de Tombrage et même de se plaindre, sans qu'il y eût de vrais motifs. Après avoir vu Philippe V à Madrid, il aurait désiré arriver au camp de Berwick pour une action générale, que tout le monde attendait, et débuter en Espagne par un C4)up d'éclat. Il n'y arriva que le lendemain de la bataille d'Almanza. Pour un guerrier dans sa situation, le désappointement était cruel ; mais à la peine qu'il en éprouva et qui n'avait rien que d'honorable en elle-même, se mêlèrent des soupçons, qui tombaient soit sur Berwick, soit sur Philippe V, et qui ressortent évidemment des témoignages contemporains. Tantôt, en effet, à travers une politesse affectée, on voyait qu'il en voulait à Berwick, et qu'il attribuait tout à sa jalousie; tantôt, au contraire, il paraissait s'en prendre uniquement au gouvernement espagnol. Un de ses plus zélés partisans
• Uépôl de la giime, 1707, l. I, n* 2018, CCXXXUl* Ictlrc du duc d'Orléans «u roi, 8 avril.
514 LE DUC U'ORLÉAiNS £T BERWICK
en Espagne, l'auteur espagnol des Mémoires donnés par Fillz-Moriti, semble être Técho de sa pensée intime et de son mécontentement secret contre la cour de Madrid, quand il dit : n Le duc d*0rléans vint rendre visite à Phi- « lippe V, dans la capitale, avant de se rendre au camp de (( Bcrwick, et l'on prétendit que, si notre cour lavait voulu, il il serait arrivé à temps pour se trouver à l'action ^ »
Ce qui est hors de doule, c'est que Berwick ne put s'entendre longtemps avec lui, et qu'il se fit attadier presque aussitôt à l'armée de Provence, en remplacement de Tessé, envoyé, comme nous l'avons dit, en ambassade extraordinaire à Rome. Charoillard, ne sachant qu'en penser, voulut savoir confidentiellement de Berwick luinnëme ce qui en était. Mais le sujet était délicat à traiter : Berwick, dans une lettre, écrite de sa main, se contenta de répondre, «qu'il avait fait son possible pour que le duc « d'Orléans arrivât avant la bataille, et que ce prince l'ac( vait traité depuis avec bonté ; qu'avec tout cela pourtant « il sentait qu'il n'avait pas les talents convenables pour c< servir utilement auprès d'un prince, à qui souvent la a vivacité ne permettait pas de prendre le temps nèœs- « saire pour réfléchir, ni pour faire les dispositions que fc demandaient les affaires de leur métier. » 11 se rejetait sur un défaut que tout le monde reconnaissait dans le duc d'Orléans, et qui provenait d'une trop grande facilité de conception. Il n'expliquait rien sur le fond de la question, et même, pour faire la contre-partie et se conformer à sa méthode ordinaire, il déclara à Chamillard que, du reste, il ne pouvait guère mieux s'entendre avec la cour de Madrid, où toutes choses allaient contre son gré sous le rapport de l'entretien des armées '. Berwick
* Wm. d'un seign. esp.^ dans lus leltres de Fiitz-Moritz, IV* lettre, p. ^■ - * Dcpôl de h guerre, 1707, l. Ul, CCCXVH* IcUre. 51 aoOt, Béliers. Berwick à Chamillard.