AVANT U BATAILLE D'ALMA^ZA
était d'un caractère .difficile, morose, en même temps que fin. Il n*élait pas de marques de déférences, de gratitude, d'égards, que ne lui donnai cette cour, qu'il n'exceptait pas dans ses plaintes. Tout ce qu'on avait pu envoyer à ses troupes, à Almanza, on l'avait fait ; et pour lui, en 1704, on lui avait accordé la Toison d'or, et, en 1707, la grandesse; avant son départ pour la Provence, on avait traité ses officiers selon ses désirs; son plan à l'égard des fuéros, des certes et du gouvernement d'Aragon, on le mettait en pratique, et néanmoins il se plaignait, afin de n'avoir pas l'air de prendre parti pour Tun plutôt que pour l'autre, et de pouvoir, selon les besoins de son existence encore précaire, les servir tous. 11 dut ëlre satisfait quelques mois après, puisqu'il revint en Espagne, où Amelot réclamait instamment sa présence * . On le voit donc : à Bayonne, à Almanza, avant d'entrer en Espagne, et dès qu'il y avait mis le pied, le duc d'Orléans ou donnait involontairement, ou trouvait lui-même des sujets d'ombrage. En vérité, il avait fallu qu'il fût bien sâr de lui-même ou qu'il tint beaucoup à quelque dessein secret et personnel, pour demander, en Espagne, une position militaire qu'il aurait même dû, si on la lui avait offerte, n'accepter qu'en tremblant. Il semble aussi que dans cette circonstance la sagesse de Ijouis XIV ait été en défaut, et qu'il y ait eu contradiction entre ses sentiments et ses actes : car, d'un côté, il avait à cœur, nous le snvons, de maintenir le trône d'Espagne dans sa branche; pour être roi, roi majestueux et supérieur, il n'en était pas moins homme; l'amour de son sang, de sa lignée, était très-vif en lui, et néanmoins il envoyait en Espagne un prince, ancien compétiteur de Philippe V, cl, au fond du cœur, son rival ; un prince hardi, dont le nom
* Dépôt de la guerre, Lettre d'AmcIol à Chamillard. CCLXCIV* Icitrc, ^ août 1707.
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avait élé mis en avant, plus d'une fois, dans ce pays, pour occuper le sceptre héréditaire de Charles-Quint, et qui était trés-fàché de n'avoir pas eu les préférences du roi Charles II. Filtz-Moritz, ainsi que les divei^ Espagnols, moines ou grands seigneurs, dont il rapporte les opinions, nous parle beaucoup de Taffection égoïste de I^uisXIV pour sa descendance', et ôte d'avance par là toute vraisemblance à des assertions ou à des propos contradictoires; mais, s'il n'en eût pas clé ainsi, on serait tenté de croire, comme il le prétend, que ce roi aurait dit au duc d'Orléans , en l'envoyant au delà des Pyrénées : « Je vais « retirer mon petit-lils d'Espagne; vous, prenez vos me- « sures, » et plus tard, en 1709, à madame de M3inl^ non : « Ahî si j'avais envoyé mon neveu en Espagne au « lieu de mon petit-tîls, je ne serais pas où j'en suis \ » Quoi qu'il en soit, les contrariétés devaient naître à chaque instant sous les pas du duc d'Orléans. L'armée victorieuse do Bervvick se portait à 30,000 hommes; il en prit la moitié sous son commandement, et, au lieu de poursuivre les effets de la bataille d'Almanza dans les provinces insoumises de l'est, il voulut faire une expédition du côté du Portugal, soutenant qu^il n'avait pas assez de monde pour une entreprise de quelque importance dans ces contrées. Mais le marquis Das Minas, qui s'était retiré à Tortose et qui était blessé, n'avait plus à qui commander; à peine s'il avait pu sauver du carnage une poignée de cavalerie, qu'il dirigeait en ce moment sur Barcelone; le royaume de Valence n'offrait presque pas de troupes autrichiennes; elles étaient en petit nombre aussi en Aragon: enfin le peuple effrayé s'était soulevé dans Bai'cclone, où des espérances de prochain secours et l'influence de la noblesse avaient pu seules le retenir dans le parti de l'archi-
« I.clircs de Fillz-Morili, p. 275, VI* lellrc. — « /W</., p. Hl rtl50. IV' lellrc.