‹ La princesse des UrsinsChapitre 130 sur 278 · DAKS LES PROVINCES DE L'EST · texte numérisé non relu

DAKS LES PROVINCES DE L'EST

duc '. Il semblait, d'après cela, qu'on eût assez de cliances (le succès dans ces provinces, mftrne avec une armée pou nombreuse, si surtout Ton se hâtait d'y allaquer des populations ou dos troupes, qui avaient entendu de plus près le canon d'Almanza. Le duc d'Orléans lui-même put s*en convaincre par la facilité avec laquelle il prit, avec une partie seulement de l'armée de Berwick, Valence et Saragossc V Malgré cela, il voulait toujours qu'on se touriiàl vers le Portugal et qu'on renonçât à toute entreprise nouvelle dans les provinces de.rest, ce qu'on a d'autant plus de peine à comprendre, que, dès le mois de juillet, nous trouvons, dans une lettre de la princesse des L'rsins à madame de Maintenon, que Chamillard avait promis à ce prince un renfort convenable d'artillerie*. Bien du temps se perdit ainsi ; le moral des peuples se releva à la fineur de ces relards ; des secours el des munitions arrivèrent aux ennemis, et l'on vit l'intrépide chevalier d'Asfeld échouer devant Dénia, après plus d'un mois de siège.

La princesse des Ursins, faisant le ministre de la guerre, écrivit aussitôt à Chamillard qu'il fallait en finir avec les provinces de l'est avant de songer au Portugal, que, pour cela, il était indispensable d'attaquer Lérida clTortose, les deux plus fortes places de la contrée, dont la prise isolerait la révolte dans Barcelone *. Cette lettre oui bientôt son effet. Le 8 août suivant, Louis XIV écrivit à son neveu qu'il fallait attaquer Lérida et Tortose, avant de diriger son attention sur d'autres points, et qu'il était très nécessaire que c^s deux places fussent prises avant le mois d'octobre, c'est-à-dire avanl Vliiver, attendu que tout se relevait dans l'ancien royaume d'Aragon et

• Mëm. de Saint-Philippe, t. M p. i2a 121, i22. 120. - - lOid., l. lï, |>. 120 cl suiv. — 3 Lettres de madiiinc des Ursins et de ni i.lanie de Mainlenun, juiilci, 1707, i. IV, p. 45.— * Dépol de la guerre, l. Il, 1707, CLAXU' icUrc, 4 juilIeL Madame des Uraiuaà Ctiamillard.

318 LE DUC D'ORLÉANS VEUT COllll£NGfe.R PAR LÉI\iDA

que les fruits de la journée d'Almanza étaient déjà compromis. Puis, parlant du siège de Dénia, dont la durée d\ui mois n'avait pas été en rapport a^ec Timportancc de la place et avait rebuté les troupes : a Choisissez, lui (( dit-il, des ingénieurs et des officiers d'artillerie qui a agissent avec plus de vivacité ^ »

Il fallut donc se résigner et marcher là où une parole souveraine commandait d'aller. Chamillard, outre le renfort déjà promis, annonça que le roi renvoyait Berwick en Espagne, pour servir sous les ordres du duc d'Orléans. Ce n'était peut-être pas ce qui devait plaire le plus à ce prince, qui, assurait-on, était jaloux de ce général; mais il dut accepter ce nouveau secours, qui arriva même avant le premier, quoique postérieurement annoncé. Le duc d'Orléans n*eut qu'une satisfaction, dans cette campagne de Catalogne qu'on lui imposait, ce fut d'en régler l'ordre et en quelque sorte le programme, comme il l'entendit. Plusieurs officiers supérieurs, Berwick surloul, conseillaient de laisser pour la fin Lérida, qui avait résisté, dans le siècle dernier, à tous les efforts du grand Condé. « Le siège de Lérida sera long, répondit le duc a d'Orléans, fort piqué d'avoir été contrarié dans ses « premiers projets : s'il n'est pas fini à la Saint-Martin, <( nous serons ici à Noël % » et c'est par là qu'il voulut commencer; Tortose, place beaucoup moins forte, ne fut inscrite que la seconde sur la liste de ses opérations. 11 avait fait acte d'autorité et mis ainsi un peu de baume aux blessures de son amour-propre ; il se dirigea vers Lérida. «Enfin, écrivit aussitôt le chevalier du Bourk, « le 5 septembre 1707, il paraît qu'on va en faire le « siège*. » Le duc d'Orléans y était décidé en effet; il

< Dépôt lie la guerre, 8 août 1707, CCXLIII* lellre. Louis XIV au duc d Orliions. — * FiUz-Moritz, Mi/moires, Vil' Uvre, p. 262. -> * Dcp6l de U guerre, t. III, XIX* lettre. Le ciievajier du Bourk à Cbamiliard

CONDUITE DE MADAME DES UnSINS. !H9

n'attendait pour cela que le renfort d'artillerie, promis par Chamillard, et un supplément de munitions. M. de Geoffreville, lieutenant général, lui en expédia un premier convoi de Pampelune et de quelques autres dépôts. I^ mai-échal de Berwick en informa lui-même Chamillard, le 12 septembre, tout en lui disant que les choses arrivaient lentement '. Mais ce convoi ne fut pas Jugé suflisant : on ne voulut pas commencer Tattaque de Lérida, avant d'avoir sous les yeux et de toucher pour ainsi dire de la main la réalisation complète des promesses de Chamillard.

H est un point que nous devons éclaircir, c est celui-ci : Quelle avait été et quelle était en ce moment, sous le rapport de l'entretien des troupes du duc d'Orléans, la conduite de madame des Ursins? Malgré ses premières appréhensions, elle n'était pas encore mécontente de ce prince, et Saint-Simon, ami intime du duc d'Orléans, nous dit avoir reçu d'elle, à cette époque, des lettres où elle en faisait l'éloge *. Il est certain qu'elle se donnait bien des soins pour que le duc d'Orléans ne manquât de rien. Déjà, au mois de juin 1707, elle avait écrit à madame de Maintcnon pour lui assurer que bien des gens, en Espagne, n'attendaient que la prise de Lérida pour se déclarer en faveur de Philippe V. Au mois d'août suivant, elle lui adressa une nouvelle lettre, où, faisant allusion à ses démarches continuelles auprès des ministres de Louis XIV, elle disait : « J'ai bien grondé, madame; mais c'est qu'en « effet c'est grand dommage que M. votre neveu n'ait pas « plus de troupes, car il en ferait bon usage '. » Af . votre neveu ! . . . 11 n'était pas possible de manier plus adroitement l'arme de la flatterie, ni de mieux nous prouver que

I Dépôt de la guerre, I. III, XXXI' lellrc. Dcrwick à ChainiUurd. — < Saint- Simon, t. XIll, p. i92, 193. — ^ Lettres de madame des Ursins et de maame de llainlenon, 26 jain et 21 acût 1707, t. IV.

3^ PRISE DE LËIUDA PAU LE DUC i)'ORl.ÉÂNS.

Taustère madame de Nainlenon n*y était pas insensible.

Madame des Ursins ne demandait pas tout à la France; elle faisait en sorte que l'Espagne fournît aux troupes françaises ce qui était dans la mesure de ses moyens, et ici le duc d'Orléans lui rendait lui-même justice, en éaivanl à Louis XIV la lettre inédite suivante : « Madame la prin- « cesse des Ursins, de concert avec M. Amelot, travaille « avec un zèle et une intelligence qu'on ne saurait asseï « louer ; mais ils rencontrent, Tun et Tautre, des dilli- « cultes dans le recouvrement des fonds, nécessaires pour (• le payement des troupes et leur subsistance. Ils n'ont « pas laissé que de faire des avances pour les troupes de « Votre Majesté^ à qui il est dû plus qu*ù celles d'Esa pagne... Du reste, dit-il quelques jours après à Cha- « millard, il n'est pas étonnant qu'on ne trouve pas « d'argent en Espagne. Notre crédit est tombé à Madrid. i^ Moi-même j*y avais pu emprunter 14,000 pistolcs; mais « elles se trouvent relardées par une nouvelle déclaration « que vous avez publiée sur les billets de monnaie*. C'est <t là, me direz-vous, ajout e-t- il, faire le métier d'intcn- « (tant de l'armée ; mais en ce pays il faut que le général « soit tout, munitionnaire, artilleur, et fort souvent Iré- « sorier '. »

Un convoi de munitions partit enfin de France, et c'est Louis XIV qui en avertit le duc d'Orléans, le U juillet 1707'. Mais les mois de juillet et d'août s'écoulèrent sans qu'il arrivât. Fatigué de tous ces retards, le duc d'Orléans résolut, dès le mois de septembre, de tenter l'attaque de Lérida. U fallut là renouveler maintes fois, avant de réduire une si forte place à l'extrémité II ne se découragea pas néanmoins, et, aux premiei's jours d'oc-

* Nous n'aTons pu découvrir quelle clait celte dccla ration. — * Colleclion .Noaiiles, vol. 34, lettres du S avril et du 20 mai 1707, p. 45, G2. — ^ IM-^ p. 158, et Filtz-Moritz, Mémoires, 14 septembre, p. 264.

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