PRISE DE LÉRIDA
lobre, il crut fout d'abord qu'un courrier venu de France lui apprendrait l'arrivée de quelque nouveau moyen de succès. Mais, hélas I il venait pour lui dire que le convoi, envoyé par Chamillard, était tombé entre les mains des miquelets. Ce contre-temps ne fit que redoubler son ardeur. Le 8 octobre, il écrivit à Louis XIV qu'il n'avait rien reçu, parce que tout avait été pris en chemin, et le 10, le jour même, dit-on, où Louis XIV lui ordonnait de lever le siège, il annonça que Lérida était pris.
Afin qu'une autre fois on mit plus de diligence et de soins dans l'envoi des munitions demandées, la princesse des Ursins écrivit, le 14 novembre de la même année, à la maréchale de Noailles : « Vous, qui faites des ministres €< ce que vous voulez, ce devrait être votre ouvrage de les « ranimer avec cette vivacité que Dieu vous a donnée*. » Heureusement, pour ce qui était de Lérida, l'événement avait dépassé la puissance des moyens, « et le malheur du « duc d'Orléans était fini, comme elle l'écrivit à madame « de Maintenon cinq jours après, puisqu'il avait la gloire « d'avoir pris Lérida *! »
C'était beau en effet d'avoir été plus heureux devant cette place que le plus grand capitaine d'un siècle si fécond en héros. Seul, le duc d'Orléans ne semblait pas goûter autant que les autres un honneur un peu partagé, et qu'on lui avait fait attendre trop longtemps. Sa joie intérieure était diminuée par le souvenir des entraves qu'avait rencontrées son ardeur. 11 les attribuait à la jalousie, et, ne pouvant préciser le coupable, il en voulait à tout le monde. Il trouvait une orgueilleuse satisfaction à exagérer et à généraliser le mauvais vouloir dont il se croyait l'objet, et qui, l'ayant obligé à tirer davantage de son propre fonds, avait augmenté son dépit par tout le mérite de son succès;
* Recueil de M. Geflroy. Lettre LXV à la maréchale de Noailles.— ^ Ultres de madame des Ursins et de madame de Mainteoon, 1707, t. IV, p. 112.