‹ La princesse des UrsinsChapitre 132 sur 278 · ACCUSATIONS TACITES · texte numérisé non relu

ACCUSATIONS TACITES

U demanda même aussitôt un congé illimité, voulant, en personne, aller rendre compte à la cour de Versailles de ce qui s'était passé.

De Lérida, la princesse des Ui*sins était instruite àss> plaintes et des desseins du duc d'Orléans. Elle craignit d'être comprise dans ses accusations, et elle s'empressa de le prévenir. Une de ses lettres inédites nous apprend que, au moment même où le duc d'Orléans expédiait sa demande de congé, d'Âubigny, parti de Madrid le 24 ou le 25 octobre, quelques jours seulement après la prise de Lérida, était à Paris *. Il avait déjà vu Chamillard, Torcy, madame de Maintenon, lorsque sa maîtresse, le 12 décembre suivant, annonça à cette dernière dame que le duc d'Orléans partait à son tour, a et lui confirmerait tout « ce qu'elle lui avait dit de l'insuflisance et de la misère c( des troupes françaises, » point principal de la discus-

sion'.

La précaution était bonne, et c'est pour cela peut-être que le duc d'Orléans, arrivé à Versailles le 6 janvier 17(18, en présence d'une cour informée de tout, fut plus i*éservé dans ses imputations. Mais, intérieurement et en particulier, il les maintint toutes. Personne n'avait été plus favorable que madame de Maintenon à Tenvoi de ce prince en Espagne, personne ne s'était plus intéressé à ses succès; ce n'était pas de l'intérêt, c'était de la sollicitude; elle désirait même ardemment et faisait tous ses eflbrts pour qu'il pût retourner là où il avait si bien commencé. « Il ne tiendra pas à moi que le duc d'Orléans ne reparte a bientôt, écrivait-elle, le 29 janvier 1708, à madame des <c Ursins ; il est mieux en Espagne qu'ici '. » C'est elle aussi qui, apprenant que ce prince, après son retour en •

' Dépôt de la guerre, 1707, t. IH, CLXIU* leUre, 24 octobre. Madame des Ursins à Chamillard. — ^ Lettres de madame de Maintenon et de madame des Ursins, 12 décembre 1707, t. IV, p. 127. — ' /Wrf., 1708, p. 219. 1. 1

DU DUC D*ORLfiANS EN FRANCE. 323

Espagne, assiégeait Tortose, autre place forte de la Catalogne, disait à la même dame, au mois de juin suivant : « Je me console du froid inusité qu'il fait ici et d*un a rhume, en pensant que le duc d'Orléans prendra Tor- < tose ^ » A la même époque, ayant su qu'il se plaignait de la cour de Madrid, elle se hâtait d*en écrire à sa confidente habituelle, et, avec un tact parfait, lui supposant les meilleurs sentiments envers lui, pour qu'elle les eût en eflet : « Oui, lui disait-elle, je suis persuadée qu'i! a «^ tort, car je sais combien vous l'aimez et l'estimez ; niais « ils ont une facilité à croire leurs domestiques, qui est « insupportable. Ils m'en impatientent souvent *. »

Croirait-on pourtant que le duc d'Orléans, dont le dépit égarait les soupçons, prétendait que c'était précisément madame de Maintenon qui s'était entendue avec madame des Ursins pour lui faire manquer le siège de Lérida I Cela se disait tout bas, avec des intimes, là où l'on n'était pas obligé de se déguiser et de feindre, jamais publiquement ni devant des indiscrets; car on avait réfléchi, on voulait retourner en Espagne, et l'on eût été privé de cette faveur, si l'on avait accusé ouvertement les deux personnes de qui elle dépendait. Le duc d'Orléans avait fait trop d'études et d'observations dans ce pays; il avait trop bien jugé sa sihiation et les espérances qu'il pouvait fonder sur elle, pour commettre cette faute et montrer plus d'étourderie encore que d'ambition. Loin de tomber dans une telle maladresse, il flatta autant qu'il put madame de Maintenon; et, t:omme il n'ignorait pas que la princesse des Ursins avait désapprouvé qu'on l'envoyât une première fois en Espagne, c'est vers elle surtout qu'il dirigea l'encens de ses louanges, afin qu'elle ne s'opposât pas h son retour, ï'-e n'est que plus tard, lorsqu'il se retrouva là où il vou-

' Lettres de madame de Maintenon à madame des Ursins, i708, p. 969. — - ' IM., 95 novembre 1708, p. 353, t. 1, et lettres à Villeroi, p. 189.

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lait aller, que tout ce manège de duplicité se découvrit. Les gens de sa maison, à Paris, crurent alors qu'ils pourraient laisser sans risques entrevoir la réalité; ils en firent même une sorte de bravade, dont madame de Slaintenon informa la princesse des Ursins, en lui disant: « C est de chez le duc ilOrléans qu'est venue mon intel- « ligence avec vous, pour le faire échouer devant Lé- K ridaV » Hélas I cette dame illustre et confiante semblait ne vouloir pas croire que ces propos fussent l'écho tardif, mais exact, des pensées de ce prince ; elle certifiait à madame des Ursins que le duc d Orléans, pendant son séjour à Paris, ne lui avait rien dit de semblable, et celle-ci, lui répondant, disait : a Je suis très-aise que Son Altesse « Royale ait témoigné être contente de moi. Je conti- €' nuerai.,. Pour peu que vous pensiez à tout ce que nous :< lui devons en Espagne, cela ne vous étonnera pas *. »

Je continuerai! Était-ce une expression de haute et railleuse dissimulation ou de pure et simple vérité? Nous croyons qu'il y avait l'un et l'autre; vérité, quant à son concours pour le siège de Lérida ; dissimulation, quant à sa surveillance pour tout ce qui, dans les actes du duc d'Orléans, pouvait toucher à la politique et lui créer un parti. Dans tous les cas, la pièce aussi avait été parfaitement jouée par ce prince, et Ton peut voir à quel point il était important pour lui de dissimuler, par la recommandation que lui adressa Louis XIV et que rapporte Saint-Simon : « Mon « neveu, en revenant en Espagne, ne vous occupez que « des affaires de la guerre '. » (tétait là une crainte, si ce n'était pas un reproche, et toutes les diflicultés qui s'opposaient à cette faveur étaient expliquées par ce seul mot.

Arrivé en Espagne vers le mois de mars 1708, le duc

' Mômes ieUrcs de madame de Maintenon, du ^ décembre 1708, p. 300- — * Itfid. t. IV, p. 101, 21 décembre i708. — ^ n^^, ^g SemiSùm, t. Xni, p. 192.

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