ET LE SIÉGR DE TORTOSE
d'Orléans songea tout de suite à Torlose, voulant lui faire subir le même sort qu'à Lérida. Mais, avec un ministre comme Chamillard, les généraux n'avaient jamais, au jour et à l'heure, tout ce qu'il leur fallait : soit mauvaise volonté, soit manque de précautions, c'était un renouvellement perpétuel des mêmes retards, des mêmes accidents, des mêmes plaintes. Ainsi, pour cette seconde campagne en Catalogne, comme pour la première, il paraît que des renforts nécessaires de troupes et un surcroît de fonds, également indispensable, n'accompagnèrent pas le duc d'Orléans en Espagne, et qu'il les attendait devant Tortose, où on lui avait dit seulement qu'il ne tarderait pas à les recevoir. 11 était parti avec celte simple assurance. Nais Ton pouvait penser que, cette fois, tout irait mieux que précédemment : les finances venaient d'être séparées de la guerre et confiées à un homme habile, à Desmarets, neveu de Colberl ; d'un autre côté, la princesse des Ursins, avant même le départ du duc d'Orléans, avait prévenu madame de Maintenon que si Chamillard était parcimonieux ou insouciant comme par le passé, tout serait perdu ^ Elle avait dit aussi, dans une autre circonstance : « Qu'on ait de la vigueur en « France, et tout ira bien *. » Mais ces avertissements et ces incitations furent complètement inutiles. Des revers multipliés redoublant en France le désir de la paix, ni Chamillard ni Desmarets n'apportèrent assez d'attention aux affaires d'Espagne. Madame des Ursins écrivit alors, à deux reprises, au maréchal de Yilleroi, dont elle connaissait l'intluence et les bonnes dispositions : « Le duc « d'Orléans, lui dit-elle dans la première lettre, datée du « 22 avril 1708, aurait déjà commencé la campagne en « Catalogne, si l'on eût envoyé de France ce qu'on lui
* l«e(tre de madame des Ur»ins à madame de Maintenon, 1708, t. IV, p. 127.^> * Leltre du 6 juin 1707, p. 51, dans leltres au maréchal de Vdleroi.
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« avait promis pour un certain temps qui a été retardé, « et si Ton eût satisfaît à des payements qu'on devait faire « au marquis de Santiago, qui est en avance de plusiairs « millions et qui ne peut faire plus que ses forces, ce qui « fait un très-mauvais eflet*... Parlez, je vous prie, à « Desmarets, afin que par son habileté et son crédit parmi « les gens d'affaires il fasse revenir de l'argent pour soute tenir la guerre ; car les ennemis nous croient sans res- « sources; c'est ce qui rend la ligue si fiëre et si injuste. « Desmare ts, ajoute-t-elle, méritera des autels s'il peut « surmonter des difficultés qui ont paru insurmonta- « bles *. » Tout aussi pressante dans la seconde lettre, écrite le 19 mai suivant, elle supplia le maréchal de Villeroi de hâter les envois de munitions, parce que les troupe de France n'avaient rien, disait-elle, de ce qu'il fallait ^ Elle fît donc ce qu'elle put pour que le gouvernement français ne laissât rien en souffrance pendant la seconde campagne du duc d'Orléans, et nous avons une lettre du maréchal de Noailles, datée de Versailles le 8 juin 1708, qui atteste l'efficacité de ses prières réitérées. Malheureusement, comme à l'époque du siège de Lérida, une sorte de fatalité pesait sur tous ces convois, qu'on expédiait en Espagne. On les envoya par Péniscola, petit port sur la Méditerranée, situé un peu au-dessous de Tortose. Nais, au passage des montagnes, tout tomba, cette fois encore, au pouvoir des miquelets, bandits soldés par l'insurrection. Le maréchal de Noailles, par intérêt pour le duc d'Orléans, en était désolé, et il écrivait à son fils, le jeune duc de Noailles, celui qui avait épousé mademoiselle d'Aubigné, nièce de madame de Maintenon, et qui commandait alors sur les frontières de la Catalogne : <c J'ai une « bien grande peine du malheur arrivé à notre convoi de
* Lettres de madame des Ursiiis au marcclial de VUleroi, p. 53 A 59, i relira 12. — « JMd., p. 58, 59. — 5 /«tf., p. 02.