‹ La princesse des UrsinsChapitre 14 sur 278 · ET LE PR1^CË DE MONACO A ROME · texte numérisé non relu

ET LE PR1^CË DE MONACO A ROME

princesse des Ursins en avait deux, dont l'un était d'autant plus odieux, que les liens du sang, et des antécédents tout à fait contraires, avaient placé son antagonisme hors de ses prévisions. Madame des Ursins était furieuse : le hasard fit que Tabbé de la Trémoille fut obligé de quitter le palais Lanti, où il demeurait, et il osa demander à sa sœur, très-ulcérée contre lui, un appartement chez elle. « L'auriez-vous cru ? écrivit-elle à la maréchale de Noaila les. Mais j'ai franchi le pas, et l'ai refusé. » Quant au cardinal de Bouillon, de grâce, sembla-t-elle dire, qu'on le rappelle I « Ce petit homme, plus artificieux que vous ne c< pouvez le croire, fera trouver au bon M. de Monaco bien « des pierres sur son chemin : j'ose môme affirmer que M les politesses qu'il lui a faites lui couperont la gorgée » Ces politesses, cette modération, de la part de M. le prince de Monaco, venaient de ce qu'il avait à cœur et qu'il était même chargé de réconcilier nos deux rivaux. Sans doute que, dans la question de la succession d'Espagne, qui ne pouvait tarder à s^ouvrir, Louis XIV voulait qu'il n'y eût du côté des cardinaux français, résidant à Rome, aucune influence divergente. I^ duc de Berwick avait déjà essayé de les rapatrier ; mais madame des Ursins ne s'était pas prêtée à ses pacifiques désirs : Berwick n'était pas pour longtemps à Rome, et il ne devait pas y être témoin des actes qui pourraient ramener la même brouillerie. Elle aimait mieux, puisque la cour de Versailles le désirait, que la réconciliation se fit sous le nouvel ambassadeur, dont le séjour moins passager lui promettait ultérieurement un témoin occulaire et peut-être aussi un juge plus bienveillant. Sur la prière de ce médiateur préféré, elle consentit à tout ; elle fit même au cardinal de Bouillon les premières avances, sûre qu'en la présence du

^ Rec. (le M. GefTroy. V« !ct.. 9 sept. 1609.

prince de Monaco, dont Tarrivée constatait son triomplic, elles paraîtraient une concession généreuse de sa pari, et non Thumiliant aveu d'un accusé coupable. Klle eut, d'ailleurs, une occasion plus belle encore de se monlrer grande envers lui.

Au commencement de juin de Tannée 17C0, le cardinal de Bouillon fut sévèrement rappelé : c'était un signe ou un prélude de disgrâce. Aussitôt la princesse des Ursins lui dépêcha un de ses gentilshommes à Frascati, pour lui témoigner toute la part qu'elle y prenait. Ainsi le voulait la politique, dont elle suivit toujours les inspirations et les lois. Pour faire encore plus la belle âme, comme elle disait à la maréchale de Noailles, et sur Tavîs du prince de Monaco ainsi que des cardinaux, qui étaient ses oracles, elle lui fit dire que, si sa visite ne devait pas lui déplaire, elle irait le voir elle-même. Elle l'avait combattu, elle l'avait terrassé et vaincu : elle tendait la main à sa défaite. Au fond du cœur, le cardinal de Bouillon ne vit là qu'une offre insultante, et dont il sut très-mauvais gré à la cour de Vereailles et à ses agents. Madame des Ursins s'en aperçut clairement à Rome, où il lui avait répondu de l'attendre, et où, en effet, elle alla le voir : a A vous parler confidem- « ment, écrivit-elle aussitôt à la maréchale de Noailles, je « l'ai trouvé plus piqué qu'affligé, et tout disposé, si je « ne me trompe, à se perdre encore davantage *. »

Mais il n'éclata point, un nouvel et occulte intérêt avait surgi : pour le satisfaire, il fallait, au mépris des ordre.^ du ix)i, rester encore à Rome, et il n'y avait guère que madame des Ursins et le prince de Monaco dont les rapports pussent faire accepter les prétextes, dont il colorerait sa désobéissance. Il continua donc de ménager l'un, et rendit sa visite à l'autre, deux jours après avoir reçu la

* Bec. de M. GcfTroy, VIH* lel., 4 juiu 1700.

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sienne ; puis il écrivit à la cour de Versailles qu'il était obligé, comme sous-doyen du sacré collège, de faire prochainement la cérémonie solennelle de Youvei^liire de la Porte-Sainte; qu'il allait même faire une retraite pour se préparer à cette grande action, et que, par conséquent, il ne lui était pas possible en ce moment de quitter Rome. Comme agent diplomatique , il n'était que remplacé et rappelé, il n était pas démissionnaire : il relevait donc toujours du ministère des aflaires étrangères ; mais, impuissant contre les ordres du ministre comme homme politique, il trouvait, dans ses attributions de dignitaire ecclésiastique, des motifs d'y surseoir impunément. C'était là l'inconvénient de la réunion d'une charge spirituelle à des fonctions temporelles. On n'appartenait que d'un côté au même maître, et du côté réputé inférieur. La cour de Versailles sut pourtant à quoi s'en tenir sur cet empêchement prétendu à la rentrée immédiate en France du cardinal de Bouillon, puisqu'elle lui confisqua ses abbayes^ La princesse des Ursins, à qui rien n'échappait, n'^rivit-elle pas d'ailleurs que le cardinal Maidalchini, doyen du sacré collège, venait de mourir, et que, si le cardinal de Bouillon ne partait pas à l'instant, c'était moins pour remplacer ce prélat dans l'ouverture de la Porte-Sainte que pour lui succéder, tous les cas d'impossibilité étant certainement prévus à la cour romaine? Il aspirait au décanat, et il voulait se procurer tout le temps nécessaire pour arriver à ce degré si rapproché du trône papal. Madame des Umns parla aussi de sa retraitent diminua l'importance de cette pieuse considération, en donnant à croire qu'il n'y avait guère pensé lui-même peut-être, et qu'en tout cas il ne s'y était décidé que sur les conseils du père Charonier*. Néanmoins,

< Rcc. de M. GcfTroy, XUI* let., 12 déc. 1700.

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