DU DUC D'ORLÉANS
de rhistorien. Que le duc d'Orléans voulût avoir la couronne d'Espagne avant ou après la chute présumée de Philippe V, peu importe : il n'en est pas moins vrai qu'il y aspirait, quand il ne fallait pas y songer, et qu'il se réservait, sans y être en aucune façon autorisé, pour monter à la place de celui qui seul, vainqueur ou vaincu, y avait droit. Envoyé, sur sa demande, en Espagne, pour affermir ce prince, et obligé d'affronter au besoin la mort même pour le défendre, il se proposait au contraire, à un moment donné, de le laisser de côté, de s'élever sur ses ruines et de se tourner par conséquent contre lui. En supposant qu'il pût consentir à l'offre criminelle du trône, il n'y avait qu'une seule manière de faire excuser et d'ennoblir en quelque sorte cette étrange détermination; c'était, conspirateur généreux, de ne Taccepter que pour mieux le conserver à Philippe V et pour le lui remettre ensuite. Mais son ambition était étrangère à cet héroïsme de dévouement, et ne travaillait que pour elle-même. On conçoit alors dans quelle situation fausse le plaçait en Espagne cette intention, cette conduite de sa part, pendant qu'il y commandait en chef. Sans cesse il avait à opter entre son devoir, qui le liait à Philippe Y, et son dessein secret, qui sollicitait ses préférences pour lui-même et pour son parti. A ce point de vue aussi, on devait, a la cour de Madrid, se tenir en garde contre lui, n'adhérer qu'après mûr examen et informations prises à ce qu'il conseillait, ne lui envoyer, et encore quand on le pouvait, que le strict nécessaire, que ce qu^il fallait pour réussir comme général, non ce qui lui aurait servi pour s'élever comme conspirateur.
Cet embarras explique pourquoi, lorsque la ville de Tortose se décida à capituler, le duc d'Orléans n'avait des vivres et des munitions que pour deux jours, en sorte qu'il aurait été forcé de lever le siège, si le gouverneur de
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la place avait tenu encore une semaine, comme il le pouvait, assure-l-on. Ce n'était pas là, du moins exclusivement, comme le veut le marquis de Saint-Philippe, (( rcfTet de la trahison et de la méchanceté de mddamo « des Ursins et d'Amelot, qui cherchaient, dit-il, à perdre « d'honneur le duc d'Orléans et à obliger Louis XIV de « le retirer du commandement des armées d'Espagne *; » c'était aussi, c*était plutôt peut-être une précaution, poussée bien loin, à la vérité, dans cette circonstance, mais qui, si elle n'était pas TefTet de la gène, venait sans nul doule de leur connaissance de ses perfides projets.
Pourquoi d'ailleurs le duc d'Orléans se conduisait-il, à l'égard des populations qu'il attaquait, d'une manière équivoque et comme s'il les approuvait dans leurs plaintes ou leur rébellion? Madame des Ursins, dans un second mémoire, envoyé à madame de Maintenon et que rapporte La Beaumelle, lui reprochait d'avoir accordé une capitulation honorable à la garnison autrichienne de Tortose, qui, selon elle, aurait dû être retenue prisonnière de guerre, d'avoir accepté les dons qu'on lui avait offerts à l'entrée de cette ville, enfin de plaider sans cesse la cause des fn&os de l' Aragon, et d'en demander avec hauteur le rétablissement'. Auteur satirique et léger, La Beaumelle. nous le savons, n'inspire pas une très-grande confiance comme historien ; mais ici l'on doit ajouter loi à ses assertions : madame des Ursins en elTet, dans une lettre à Chamiliard, parle de cette capitulation comme d'un fait connu de tous : « Notre plaisir eût été plus grand, dit-elle, « si l'on eût pu diminuer la force des ennemis, en faisant « la garnison prisonnière de guerre *. »
Quant aux autres sujets de plainte, il existe aussi une
* Mffm. de Saint-Philippe, t. If, p. 219. — * U Beaumelle, Mém. 4e madame de Mtùnlenon, t. V, p. 91. — ' l>ép6t de U guerre, 1708, t. 11, XSXllI-IcUre, lejuiUct.