LETTRE DU DUC D'ORLÉANS
\enir au roi d*Espagiie sans qu'il passât par des mains dangereuses et indiscrètes. 11 connaissait ce prince; il pensait que sa lettre Timpressionnerait vivement, s'il la lisait le premier, et que, dans un moment de mutinerie contre tous les mentors qui Tentouraient, il répudierait leurs idées et les renverrait peut-être eux-mêmes. 11 ne souhaitait rien tant que ce dernier point, c'est-à-dire le renvoi de madame des Ursins et celui d'Amelot. « 11 avait cr déclaré publiquement à ce ministre, de qm nous dipeih a dions tous^ dit son partisan, l'auteur espagnol dont « Filtz-Moritz a publié les Mémoires^ que c'étaient ses « lenteurs de Tannée précédente qui l'avaient obligé d'encc voyer un homme à lui à Madrid ^ » Cet homme, que nous avons nommé et qui était Renaut, allait surtout aux réunions qui se tenaient chez le duc de Médina-Cœli et chez le duc de Montellano, où le comte de las Batuecas, ami de l'auteur que nous venons de citer, l'avait vu quelquefois, et il pouvait, par quelqu'un de ces personnages, sinon par lui-même, faire remettre directement au roi la lettre du duc d'Orléans. Mais, par malheur pour lui, il avait fait connaissance aussi avec la princesse des Ursins, et celle-ci l'avait fasciné par l'adresse de son langage cl par la grâce de son accueil. D'Aubigny allait le voir souvent, et, à son tour, il lui rendait visite. « Il avait même a quelquefois des heures entières de conversation avec cet « homme, pour qui, dit notre auteur, la princesse des Ir- « sins n'avait rien de caché '. » On le circonvenait évidemment pour découvrir ses secrets. C'est la politique des cours, à laquelle madame des Ursins, moins que tout autre peut-être, restait étrangère, et dont les gouvernements n'ont jamais guère pu se passer. Renaut, de son côté, croyait y trouver son compte, et ne pouvoir mieux faire,
* Dans les IcUrcs de Fillz-MoriU, livre VU, p. S69.— * Dans F.luHontt, livre vil des Mémoires, p. 270.