‹ La princesse des UrsinsChapitre 163 sur 278 · COUHKOUX DU MARÉCHAL DE BESONS · texte numérisé non relu

COUHKOUX DU MARÉCHAL DE BESONS

lettre d'Amelot, où il était dit qu'on pensait que le maréchal de Besons ne s'opposerait pas aux ordres qui étaient donnés au comte d'Aguilar pour des raisons d'Etat. Mais alors pourquoi n*en avoir pas fait part au maréchal de Besons, au lieu de ne l'en prévenir qu'après avoir consommé cette violence inouïe ? Ne voyait-^on pas pour qui l'on faisait passer le duc d'Orléans par l'arrestation de Flotte, qui était un gentilhomme de sa maison et, qui plus est, son secrétaire? Si d'ailleurs on accusait Flotte de quelque crime, regardait-on le maréchal de Besons comme son complice?

Telles furent les plaintes du maréchal de Besons au comte d'Aguilar. Mais nous avons vu naguère ce que le maréchal de Besons aurait pu faire s'il eût connu ces ordres assez tôt. La cour de Madrid était trop bien instruite de ces dispositions ; c'est pour cela que le comte d'Aguilar ne lui avait communiqué la mission dont il était chargé qu'après l'avoir remplie et y avoir en quelque sorte mis le sceau. Mais ne pas se récrier sur un soupçon qui pèse sur soi, lors môme qu'on le sache fondé, c'est avouer qu'on le mérite. Le maréchal de Besons s'en plaignit donc. Dans quelle position d'ailleurs le plaçait-on à l'égard de l'armée, en se jouant de ses actes, qui étaient aussi des ordres, et en employant, pour les annuler, des mains autres que les siennes, ou qu'il n'avait point autorisées? « Ah!^'écria-t-il, s'adressant toujours au comte « d'Aguilar, je ne veux pas comprometire l'autorité du « roi mon maître, en faisant quelque chose de mon pro- « pre mouvement dans cette circonstance. Mais vous « voyez bien que, dans la situation où nous sommes, il « he me serait pas difficile de marquer mon ressentiment « dun tel procédé. » Parole grave et qu'il nous faut retenir, parce qu'elle est la clef de sa conduite postérieure dans une affaire que nous aurons bientôt à raconter. En

m\ RENAUT A MADRID.

attendant, il écrivit au roi, mais avec la réserve que comportait la destination de sa dépêche. Ce n'est qu'avec le nouveau ministre de la guerre, M. de Voysin, qui était son ami et qu'il savait n être pas hostile au duc d'Orléans, qu'il fut explicite et expansif. Après lui avoir rendu compte de tout, du départ de Flotte, de son arrestation, de la visite du comte d'Aguilar, il lui conseillait d'en dire un mot au duc d'Orléans, avant d'en parler au roi, et il lui témoignait le plus grand désir de pouvoir quitter l'Espagne au plus tôt, après le désagrément qu'il venait d'y avoir. « Quelque dissimulation que j'affecte, lui a disait-il, par rapport au service du roi et aux troupes c( qui doivent demeurer en ce pays-ci, je compte avec im- « patience tous les quarts d'heure que j'y demeure : Vous « connaissez.mon attachement pour le duc d'Orlécms *... » - Cette lettre fut envoyée à Paris le 4 juillet, le lendemain de cette arrestation hardie, et le maréchal de Besons, après l'avoir expédiée, reporta sa pensée sur Renaut, l'autre agent du duc d'Orléans, qui était allé à Madrid. Il se disait en lui-même que celui-là du moins parviendrait peut-être à sortir sain et sauf de TEspagneel à transporter en lieu sûr ce qu'il pouvait avoir, lui aussi, des papiers écrits par ce prince ou qui le concernaient. Madame des Ursins, avec qui on le croyait assez bien', ne pourrait-elle pas le laisser partir sans l'en dépouiller, contente de la riche capture qu'avait faite, près de Lérida, le comte d'Aguilar? Hélas! ce dédommagement consolant fut refusé à la sollicitude du maréchal de Besons pour les hommes du duc d'Orléans. Les espions de la princesse des Ursins rapportèrent à la cour des bruits, exagérés sans doute, mais qui prouvaient qu'on était en danger. Le duc

« Dépôt de la guerre, 1709, 4 juinel, t. II, n» 2178, XXVl" lettre autog. du maréclial de Besons à M. do Voysin. — * Mém. sur l'Espagne duu FilU- MoriU, livre Vil, p. 270.

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