‹ La princesse des UrsinsChapitre 17 sur 278 · PENSIONS DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

PENSIONS DE LOUIS XIV

propositions ou les avis favorables des divers gouverneroents, au saint-siége seul, qui, de Rome, distribuait cet honneur dans toute la catholicité. Avec ce privilège, il pouvait arriver que bien des candidats et bien des États à la fois sollicitassent pour le même titre vacant de cardinal, et se disputassent les préférences du pape. Au milieu de cette concurrence nombreuse et animée, un appui auprès de la cour romaine n était donc pas à dédaigner. Madame desUrsins ne l'ignorait pas ; elle savait que, si elle demandait un service aux Noaiiles, elle était, a Rome, en état de le leur payer, et que, dans la circonstance présente, il n y aurait, entre elle et eux, qu'un échange de bons procédés, comme il y avait réciprocité de besoins. Aussi n'hésita-elle pas à leur écrire longuement au sujet de ce supplément de pension qu'elle désirait. Elle commença par dire à la maréchale de Noailles que son beau-frère allait bientôt sans doute venir à Rome, et que, cette fois, il serait certainement cardinal, la gagnant d'avance à sa cause par la perspective de son propre intérêt; puis elle lui traça tout ce qu'il y avait à faire pour sa nouvelle pétition. Il fallait que la maréchale de Noailles lût sa lettre à Torcy et le priât de la montrer au roi ; puis, elle devait insister sur les passages où était exposé Tavantage que la France pouvait retirer de la pompe de ses réceptions ; signaler la disproportion de sa fortune avec ses dépenses obligées ; énumérer, pour preuve, ses revenus, qui, tout compté, ne s'élevaient qu'à 17,006 livres, ce que son frère. Kl. le duc de Noirmoustier, pourrait au besoin attester; réfuter ce que pouvaient dire de sa prétendue opulence ceux qui ne regardaient qu'aux apparences, souvent trompeuses, et ajouter, en terminant, que, en France, on la croyait riche des biens qu'elle avait en Italie, et, en Italie, des revenus qu'elle tirait de France, mais qu'en réalité elle no l'était pas plus d'un côté que de l'autre. I^n

A LA PRINCESSE DES URSiNS. 57

inarédiale de Noailles, après avoir vu Torcy, après avoir ménagé en lui, par cette priorité de démarches, la susccp* tibilité du ministre, ne devait pas manquer, on le pense bien, d*aller répéter le même discours à madame de Naintenon. Et ici la princesse des Ursins rappelait avec un sentiment de gratitude, propre à attirer de nouveaux bienfaits, qu elle n avait jamais obtenu une grâce du roi que madame de Maintenon n*cût eu la bonté d*y contribuer par ses bons oflficcs. A la fm de sa missive, elle revenait encore à cette grande parvetme, qui attendait, avec une modestie circonspecte, que les noms les plus illustres vinssent s'incliner devant sa faveur ; elle la flattait, en ne s'accordant à elle-même que fort peu de puissance, et en reconnaissant ;tvec tact toute la sienne : « Témoignez-lui surtout, disaita elle à sa digne mandataire; témoignez-lui, s*il vous plait, tt que, comme je ne présume pas assez de moi-même, « pour espérer que le roi veuille me faire des grâces par « rapport à Futilité dont il croirait que je pourrais lui « être, ce sera d'elle absolument que je croirai tenir toutes « celles dont il plaira à Sa Majesté de m*honorer^ »

Cette lettre était un modèle d'instructions diplomatiques. Madame des Ursins y avait établi par rexhibition, pour ainsi dire, de ses comptes, la modicité de ses revenus, « peu convenables pour la première princesse do <c Rome, née sujette d'un grand roi. » Torcy néanmoins, on ministre qui ne donnait pas, sans objections préalables, les deniers du roi, ne manqua pas de répondre : a Quoi! « elle est si riche, et elle demande ! » Mais une seconde lettre réduisit à néant celte fin de non-recevoir, et, tranquille, madame des Ursins dit à la maréchale de Noaillcs : « Vous avez commencé Taflaire, je ne m'en inquiète plus; « vous en viendrez bien à bout. » En effet, demandé par

' Rcc. de M. GcfTroy, Ict. IX', 15 juin 1700, et Ict. XU% 3 août.

rintermédiaire d une dame fort habile aussi, appuyé par madame de Mainlenon, approuvé enfin par Torcy, le supplément de pension fut aOcordé. Madame des Ursins fut satisfaite, et M. l'archevêque de Paris devint cardinal. Dès la seconde lettre relative à cette affaire, sa promotion prochaine par le pape était annoncée; Theureux candidat était déjà à Rome, où madame des Ursins et le cardinal d'Estrées, qui s*y trouvait aussi, se disputaient Thonneur de le loger, sans que la maréchale de Noailles, suppliée par sa noble amie, sût à qui des deux donner la préférence dans cet assaut de courtoisie ^

Avec un zèle de plus en plus récompensé, et avec les chances de succès que promettait à ses démarches son entente parfaite avec le prince de Monaco, madame des Ursins continua, après ces affaires, de s'occuper des intérêts de la France auprès du saint-siége. Son concx)urs n'avait jamais été plus nécessaire : on était en Tannée 1700, et Ton s'attendait chaque jour à recevoir la nouvelle de la mort rapide du faible et maladif Charles II, roi d'Espagne. Déjà, en 101)8, le chevalier de la Haye, originaire des Pays-Bas, et espion de la France à Madrid, écrivail au maréchal de Noailles : «11 me paraît que ce pauvre « roi ne vivra pas longlemps, parce qu'il est pétri d'un €( mauvais sang et qu'il n'a aucune chaleur naturelle. Dès c( que l'été ou l'automne finiront, sa santé courra grand « risque, à moins qu'on ne le fasse aller en un pays plus (c chaud que celui-ci. » 11 disait aussi au même maréchal une chose curieuse et remarquable, à savoir, que « les Este pagnols désiraient passionnément le duc d'Anjou pour « successeur de Charles H; mais que les grands n'étaient « pas de cet avis, parce qu^ils ci'ahjnaxeni que le Portugal ne « fût réuni à la Castitle, ce qui, selon la forme espagnole de

« Rcc. de M. Geffrov. XII' Ici., 5 aoûl 1700.

ET LE TESTAlILiST DE GHAKLËS II. 5»

« 6on style, ne leur tournait pas à compte^ » Haison assez singulière au premier abord, mais qui ne paraîtra que trop vraisemblable si l'on se souvient de l'ancien royaume de Grenade et du déplaisir que les seigneurs espagnols éprouvèrent de sa chute. A cette époque et depuis longtemps, le parti de l'opposition était généralement encore représenté en Europe par les grands : or c'était assez leur tactique de laisser, dans Tenceinte des limites naturelles de leur pays, un État indépendant, qui fât, pour le pouvoir royal, pour cet ennemi acharné de leurs privilèges, une pierre d'achoppement continuelle, et pour eux, au besoin, un refuge et un appui. Grenade était lombée, grand pas vers l'unité politique de la Péninsule ibérique et vers le pouvoir absolu des rois. Mais le Portugal, qui autrefois, dans un but commun d'utilité nationale, avait été détaché territorialement de la (îastille, était encore debout. Vu moment abattu par Philippe 11, il avait énergiquement relevé l'antique drapeau de sa nationalité ; il était pleinement indépendant, et, mieux même que ne lavait fait Grenade, il pouvait tenir en échec les forces de la royauté espagnole, et devenir, dans l'intérêt des seigneurs, le ver rongeur de la monarchie. Voilà pourquoi ils ne se souciaient point de le voir réuni à la Castille, et pourquoi aussi ils redoutaient pour roi un Bourbon, un prince d'une maison ambitieuse, en voie de progrès, qui avait un chef habile et puissant, et sous laquelle le Portugal pourrait bien être soustrait tôt ou tard à leurs espérances et à leurs vues.

On savait tout cela en France, et l'on n'en était que plus pressé d'obtenir enfin de Charles II un testament en faveur du duc d'Anjou. C'est à cela que travaillait activement, à Madrid, un homme dont Louis XIV faisait grand

* Fonds ^oailies, Biblio<h. du Louvre, t. VI, lettres du chcv. de h lluyc |i. 350.

cas, Tambassadcur de France, duc d'Harcourt, admirablement secondé par sa femme, qui tâcliait de gagner l'esprit de la reine et de toutes les dames de cette princesse^ Tiraille en tous sens, Charles II consulta d* abord Innojcenl Xil. Ce pape, disposé favorablement par le cardinal Portocarrero, et maintenu dans cet état par madame des Ursins, se prononça, après quarante jours de conférences avec ses cardinaux, pour le pelit-iils de Louis XIV. Mais €ette décision ne suffit pas à Charles II pour prendre un parti. 11 en garda le double dans son portefeuille et ne la communiqua qu'au cardinal Porlocarrero. Avant de se prononcer lui-même irrévocablement, il voulait savoir ce que pensaient le conseil d'État et le conseil de Castille, et ne montrer la sentence du pape que pour consacrer et non jjour iiifluencer le résultat de leurs délibérations. Ces deux conseils reconnurent l'un et l'autre les droits supérieurs du duc d'Anjou. Le comte de Montijo, le duc de Médina-Sidonia, le marquis de Villtifranca, furent ceux qui, dans la seconde de ces assemblées, aidèrent le plus Porlocarrero. Urraca, chanoine de Tolède, qui menait ce prélat, le père Martin, de l'Oratoire français de Madrid, et une autre dame très-remuante, madame d'Aguerri, amie du cardinal 4*Estrées, contribuèrent aussi beaucoup, par des démarches que de hauts dignitaires de l'État n'auraient pu se permettre, à cet heureux concert de décisions. Avec le suffrage des grands conseils du pays et celui du pape, Charles II pensa que le duc d'Anjou réunirait plus de partisans qu'un auti^e, au sein de sa vaste monarchie, et pourrait mieux en sauvegarder l'intégrité. Au mois d'octobre de lan 1700, après avoir couronné sa courte vie par tous ces actes d'une sage prévoyance, il institua donc ce prince son héritier unique et universel.

* M/m. de Saint-Philippe, t. 1 p. 25. 29. 30, 31 cl 32.

ASPIRE A DEVENIR CAMERERA MAYOR. Gr

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