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ET DES AUTRICHIENS, PRÈS DE U SÈGRE

comte d'Aguilar; il savait en outre que le premier n'était guère disposé à combattre, ne songeant qu'au jour heu* reux où il pourrait enfin mettre le pied sur le sol de la France. II n'en était pas ainsi du comte d'Aguilar ni des Espagnols : ils montraient la plus grande ardeur; mais ils n'avaient pas toute leur liberté d'action, et, sans le concours des Français, ils ne pouvaient non plus rien entreprendre d'important, n'ayant presque que de la cavalerie. Malgré ces circonstances favorables, une diversion qu'il opéra, le 1*' août, sur les bords de la Noguére, affluent de la Sègre, à peu de distance de Lérida, ne réussit point, et ce furent quatre régiments espagnols, deux d'infanterie et deux de cavalerie, commandés par l'intrépide Miguel de Pons, qui culbutèrent et battirent, sur le pont de Montagnan, le corps dés Catalans, envoyé pour passer ce torrent.

Les Autrichiens étaient sous le coup de cet échec, lorsqu'on reçut une nouvelle importante. Un détachement des troupes du roi d'Espagne était en marche, pour aller joindre le duc de Noailles, vers la haute Sègre : pour empêcher cette jonction très-préjudiciable, Stahremberg avait été obligé de diviser ses forces, et, ainsi affaibli, il campait, toujours sur la même rive, à trois heures de marche seulement de l'armée espagnole et française. La cour de Madrid n'avait prié le maréchal de Besons d'ajounier son départ qu'en vue de cette heureuse éventualité, et l'on s'était toujours proposé, si elle venait à se produire, d'aller attaquer hardiment l'ennemi dans son camp. La chose étant arrivée à souhait, le comte d'Aguilar et la plupart des officiers généraux pensaient qu'il était à propos de donner suite à cette intention, et il ne paraît pas que la position de Stahremberg fût de nature à déjouer toutes les attaques. Par prudence pourtant, le conite d'Aguilar voulait que Ton passât la Sègre pendant la nuit, et que,

892 LE MAnÉCUAL DE BESONS REFUSE DE PASSER LA SÈGRE.

par une seule marcIic, on courût à Fennemi persuadé que, dans celte lutte inattendue et très-inégale, il ne pourrait manquer d'être complètement battue Amelot et le roi dEspagne, avertis à temps, désiraient vivement qu'on prît ce parti. Philippe V envoya même un ordre formel Mais le maréchal de Besons refusa de livrer une action générale, quelques espérances quon pût avoir dans le succès, et il allégua les plus spécieux prétextes pour rester immobile dans son camp. Sa position était incomparablement meilleure que celle de Stahremberg; il voulait la conserver et aimaitmieux attendre ce général que daller le chercher. D'ailleurs, disait-il, il n'avait point d'ordre du roi At France à cet égard, et, tant qu'il n en aurait points il resterait sur la défensive et ne consentirait point à un mouvement agressif, ayant pour but une affaire générale. Il s'abrita derrière ces raisons, dans le rapport qu'il adressa à Louis XiV, le 6 août, et s'exprima de manière à ce qu'on attribuât sa détertnination, dans cette circonstance, à une sollicitude scrupuleuse, timide même, mais louable, pour la conservation des troupes du roi. La diversion opérée par le duc de Noailles, la division des forces ennemies et l'arrivée prochaine des détachements espagnols ne furent données à Louis XIV que comme des motifs de sécurité pour les troupes restantes après son départ, mais qui ne devaient pas l'engager à risquer, dans une bataille, celles qu'il avait à l'amener en France. Les chances de succès, qu'on pouvait se promettre, furent tues ou amoindries; il ne dit point que le passage de la Sègre et la marche vers le camp ennemi devaient, dans la proposition du général espagnol, se faire de nuit, et laissa croire à Louis XIV qu'il fallait effectuer ces opérations en plein jour, ce qui, joint à la

* Dép6t de la guerre, n* 3178, GXGIX* leUrc, 1709, 15 août. Amdotà Voysin.

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