RATSOKS QU'IL EN DONNE
culière, adressée aussi à Voysin, que les généraux espagnols en ont toujours agi à l'égard des maréchaux de Tessé et de Bcrwidi *.
Évidemment le maréchal de Besons était bien aise de rejeter toute la tâche d'une action générale sur le comte d'Aguilar, qui, prétendait-il, paraissait redouter beaacoup le commandement en chef dont il aHait être investi. C'était, si Ton nous permet un instant d'introduire dans l'histoire les formes plus libres de la conversation familière, c'était un tour qu'il n'était pas fâché de lui joueri en se retranchant, comme l'avait fait d'Aguilar lui-même pour l'arrestation de Flotte, sinon derrière un ordre du roi, du moins derrière l'absence de tout ordre, ce qui, quant aux effets, revenait au même. Le comte d'Aguilar avait répondu alors qu'il avait agi par ordre du roi son maître ; le maréchal de Besons lui disait en ce moment que, pour lui, il n'agissait point, faute d'ordre du sien. La situation n'était pas également autorisée de part el d'autre : l'absence d'ordre, même dans l'état actuel des choses, ne pouvait être considérée comme une défense; mais le maréchal de Besons était généralissime, et il fallait en passer par son interprétation. « Du reste, disait- « il à Louis XIV en terminant, les Autrichiens ont Tinten- « tion de passer la Sègre; c'est une raison de plus pour « les attendre et les voir venir '. » »
Cependant, si on pouvait les détruire, en allant les chercher, cela valait bien mieux ; l'archiduc, qui avec de nouveaux renforts devait arriver bientôt, ne trouvant point d'armée, ne pourrait plus tenir en Catalogne, pas plus que les Portugais ne le pouvaient au centre de TEspagne, depuis la bataille de Badajoz. Mais le maréchal de Besons présenta si bien la chose à Louis XIV, que ce roi, d'ailleur?
• Dépôt de la guerre, CXXU' Icllre. Maréchal de Besons a Voysin. — * llnd.y CXXI' ieltre, 6 août. Maréchal de Besons au roi, carop de Hénanpie.
nÉPONSE DE I,0UI3 XIV; HfipOKSE DE VOYSIN. 395
peu porté à donner tort à ses généraux ou à les gêner dans leurs plans, lui répondit, le iô août, q^u'il avait bien fait et qu'ayant ordre de revenir en France avec les bataillons, rappelés d'Espagne, il ne devait songer qu'à partir au plus tAt *.
La n'ponse de Louis XIV était catégorique et semblait annoncer qu'il n'avait nullement balancé h approuver le maréchal de Pesons ; mais celle de Voysin, t jour, était moins formelle et révélait un cert certaine hésitation, de la part de ce roi, a en ces termes au maréchal de Besons. Il fal jours pourque les dépêches du maréchal de rendues à Versailles. Or celle qui conten obtenu, le 1" août, par les Espagnols, sur '. Noguère, n'était arrivée ni le 5 ni le 6. Loui peut-être conclu que le maréchal de Besons ne s'était point pressé de l'en instruire, parce qu'elle n'avait aucune espèce d'importance; la dépêche du G août, reçue avant celle d'Amclot, qui était partie de plus loin, l'avait conlîrmèe dans sa supposition, et, cela étant, « il ne jugeait « pas, dit Voysin, qu'il cotivtni trop au bien de ses affaires « de hasarder de ce cAlé une action générale, surtout ■ avec le désavantage de passer une rivière presque à la o vue des ennemis' » Kulle part il n'était question du moment qu'on devait choisir pour la passer et pour s'approcher de l'ennemi, c'est-à-dire des ténèbres de'la nuit.
Mais, si c'était Stahremberg qui, plus hardi ou plus adroit, parvînt à passer sain et sauf cette rivière, le maréchal de Besons élait-il autorisé, dans ce cas, à engager une affaire générale? La réponse de Louis XIV, quelque besoin qu'il pût avoir d'une partie de ses troupes d'Espagne, ne laissait aucun doute à cet égard. « S'il arrivait cependant,
396 LE MARÉCHAL 1)E BESONS QUITTE SA POSITICHl.
i( disait-il, que les ennemis entreprissent de passer la « rivière devant vous, mon intention n'est pas d empêcher « que vous ne profitiez de l'avantage que vous pourrez « prendre sur eux pour les attaquer, et les combattre » Il se hâtait seulement d'ajouter que, d'après la description qui lui avait été- faite des lieux, il n'était pas probable que Stahremberg osât s y risquer ^ En eflet, comme il fallait, pour que ce passage .n* amenât point sa ruine, être sûr, après l'avoir effectué, de pouvoir prendre Balaguer, il était hors de toute vraisemblance qu il l'essayât jamais, tant que le maréchal de Besons se tiendrait opiniâtrement à l'endroit qu'il disait tant ne pas devoir quitter. Mais, le lendemain même de la dépêche du maréchal de Besons, Stahremberg s'avança plus près de la Sègre, et, pour décider ce général à transporter son camp ailleurs, il fit semblant de vouloir mardier sur Lérida, au sud de Balaguer. Aussitôt le maréchal de Besons de vouloir décamper, pour descendre dans la plaine, vers la basse Sëgre, et, quoiqu'il eût fait si peu de cas naguère de la cavalerie espa* gnole, dans sa dépêche à Louis XIV, il ne proposait maintenant ce parti que pour la mettre, disait-il, en un endroit où elle pût mieux se déployer, si Ton en venait à une bataille. Vainement le comte d'Aguilar lui fit-il observer que les ennemis ne tenteraient jamais de passer la rivière, comme il l'avait toujours pensé lui-même, en présence d'une armée bien postée, et qu'en sèloignant du fort de Balaguer on s'exposait à n'avoir pas ensuite le temps de le secourir, si Stahremberg efTectuait subitement le passage de ce côté-là ; tout fut inutile, on alla se camper dans la plaine.
A cette nouvelle, Stharemberg tressaillit de joie, et son parti fut pris ; le passage de la Sègre en vue de Balaguer
< Déj>6t de U gutrre, GXXXU' lettre.