‹ La princesse des UrsinsChapitre 183 sur 278 · C'EST STAHREMBERG QUI PASSE LA SÉGRE · texte numérisé non relu

C'EST STAHREMBERG QUI PASSE LA SÉGRE

fut résolu. Longtemps il changea fréquemment de position, pour donner le change au maréchal de Besons. Mais, arrivé au ZO août, il fit toute espèce de démonstrations pour faire croire que décidément il voulait marcher sur Méquinença, au confluent de la Sègre et de lÉhrc, par conséquent plus bas encore que Lérida. Plusieurs soldats et un officier, faux déserteurs, qui n'avaient quitté son armée que par son ordre, assurèrent au maréchal de Besons qu'ils avaient laissé les impériaux en marche avec leurs pontons et leur artillerie. Ne devinant pas le but réel qu'ils se proposaient, le maréchal de Besons ne bou* gea donc pas de l'endroit où 11 était venu se placer dans la plaine. Toute la nuit du 30 au 31 , il la passa dans cette incertitude, et personne en conséquence ne fit rien pour prévenir quelque fâcheux événement. Or que vit-on le lendemain, à la pointe du jour? Stahremberg avait envahi la rive gauche, et des soldats en masse se hâtaient, les uns, de se poster devant Balaguer, les autres, d'y rejoindre les premiers arrivés, les autres enfin, d'achever de passer la Sègre. Cette traversée et cette marche nocturnes, que le maréchal de Besons avait refusé de tenter, c'est Stahremberg qui les avait entreprises et qui, voyant bien, d'après tout ce qui s'était fait, que le général français ne voulait point se battre, était venu occuper la même rive que lui et ces coteaux de Balaguer qu'on avait si imprudemment abandonnés.

Les Espagnols avaient été, eux aussi, très-néglifeents, par découragement ou par dépit; mais, à la vue des ennemis, leur ardeur revint. Le comte d'Aguilar courut dire au maréchal de Besons que les Autrichiens n'avaient pas tout à fait passé la Sègre, et qu'on pouvait les combattre encore avec avantage. Le marquis de Saint-Philippe, qui avoue sincèrement la négligence des Espagnols, affirme qu'on y était à temps, et que le moment ne pouvait être

398 BëSONS laisse STâHREMBERG PRENDRE BAUGt'ER.

plus favorable*. Leduc de Noailies, qui était amvé non loin de là, fut consulté et pensa comme le général espagnol. Mais le maréchal de Besons, persistant dans son système d'abstention, refusa de se rendre à ces avis, bien qu'il eût cette fois l'autorisation et presque Tordre d'agir. 11 prétendit plus lard que les Espagnols, très-irrités en effet, auraient tiré sur les Français plutôt que sur les ennemis; mais leurs imprécations contre les Français ne tirent que suivre ce dernier refus, et elles n'auraient pas éclaté, elles auraient même été remplacées par une satisfaction générale, s'il avait secondé, comme il le pouvait, leur courageux élan \ Mais il fut inflexible, et les ennemis purent à leur aise s établir devant Balaguer, s'y ranger en bataille^ dans une position inexpugnable, et prendre ce fort, dont le commandant délaissé se rendit avec ses trois régiments.

Les ennemis auraient pu attaquer aussi le marédial de Besons, que peut-être les Espagnols auraient alors fort mal aidé. Le marquis de Saint-Philippe, écho de Topinion du comte d'Aguilar ou de quelques autres ofTiciei^s supérieurs, ses amis, nous dit à ce propos que Stahremberg eut plus de fortune que de hardiesse ^. Le maréchal de Besons se sentit lui-même en grand danger, puisqu'on le vit aussitôt battre en retraite et se disposer enfin à passer la Sègre, non en agresseur, mais en fugitif, harcelé à présent par des ennemis, qui le défiaient, après l'avoir redouté, et dont il ne repoussa les coups que parce que, de leur part, c'étaient plutôt des insultes que des attaques réelles. Le système de Stahremberg était de ne pas trop inquiéter les Français, de ne pas les pousser à bout, puisqu'ils l'avaient si bien laissé faire.

Le maréchal de Besons, mais à sa hoDte, ne s'était pas

« Mém, de Saint-PhiHppe, l. II. p. 274.— « Ibid , p. STiî.— '• Ibid,, p 275.

VOYSLN ABBANGE L'AFFAIRE DE BESONS A VERSAILLES. 509

mal vengé, comme on voit, de l'arrestation de Flotte et de Renaut, dont les papiers étaient cause qu'on avait voulu mettre en accusation le duc d'Orléans, son protecteur et son ami. Il eut peur cependant^ une fois son ressentiment satisfait, de la manière dont sa conduite serait interprétée à Vei-sailles. La prise de Balaguer, et ces trois régiments de Redding, obligés de se rendre avec leur commandant» l'inquiétaient beaucoup. Le roi de France, aussi bien que ses ministres, voulait être instruit de tout directement, et il fallait lui écrire ; il fallait avouer à un roi, qui avait besoin de troupes et qui était jaloux de leur honneur, qu'on avait perdu de braves régiments sans combat, avec le fort, confié à leur valeur. Dans sa dépêche du 31 août, le maréchal de Besons ne parla point de cet instant où, les ennemis n'ayant pas encore achevé le passage de la Sègre, il était permis de les attaquer avec des chances de succès. Il les plaça immédiatement devant Balaguer, et, s'étayant de l'opinion de ses officiers généraux, comme le comte d'Aguilar s'était appuyé de celle des siens le 6 du même mois, il dit à Louis XIV que, de leur avis, on n'aurait pu sauver Balaguer, sans hasarder un combat désavantageux ^

Nalheureusement le comte d'Aguilar avait écrit aussi, et sa lettre, portée de la cour de Madrid à celle de Versailles par un courrier extraordinaire, y était arrivée plus tôt. Celles de Philippe V, celles de madame des Ursins, plus véhémentes que toutes les autres, à madame de Maintenon et à la mère même du duc de Noailles, ne tardèrent pas non plus à arriver. Louis XIV ne savait que croire. Voysin, répondant de sa main au maréchal de Besons, ne lui cacha pas que le roi d'Espagne était persuadé qu'il n'avait pas voulu combattre dans le temps où il aurait pu le faire

< Dépôt de b guerre, i709j t. II, CLXIV* lettre, M août. Maréchal de Bc* Mosau roi.

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