E!9TREVUE DE BESONS ET DE PHILIPPE V
avec avantage. 11 lui dit aussi qu'il était fâcheux que Louis XIV n'eût pas été tout d abord instruit par lui de cetle affaire et que la première impression de ce roi lui fût venue de la dépèche plus prompte du comte d'Aguilar; que la prise de Balaguer était une chose très-regrettabie, ainsi que la perte des régiments de Raddîng, et la manière dont ils slvaient été forcés de se rendre ; mais qu'enfin le désavantage qu'avaient eu les ennemis, en l'attaquant dans sa retraite, balançait un peu le mauvais effet de ce réveil. Pour diminuer le mal en ce qui concernait les intérêts du roi de France, il l'engagea à rentrer en possession de ces régiments au moyen d'un échange de prisonniers. Quant aux dispositions de la cour de Madrid à son égard et aux griefs qu'il pouvait avoir lui-même contre elle, il lui donna un conseil d'ami, celui de dissimuler, en allant prendre congé de cette cour, d'affecter beaucoup de modération et de sou^iission, en un mot de paraître animé de sentiments tout à fait contraires à ceux qu'on lui supposait ^
Il n'était pas possible d'avoir plus de bienveillance pour le maréchal de Besons que ne lui en témoignait ce ministre, tout en lui parlant clairement de son affaire. Le maréchal de Besons avait déjà deviné que c'était là le seul rôle qui pût le sauver, et il l'observa ponctuellement, quelques jours après, devant le roi d'Espagne lui-môme. Ce prince, appelé instamment par le comte d'Aguilar, afin d'établir une volonté supérieure entre deux généraux rivaux, était parti en poste pour l' Aragon, dès le 2 septembre. Arrivé au camp, avant la réception de cette dépèche de Voysin, il eut des explications avec le maréchal de Besons, et ces explications furent telles et données d'une telle façon, qu'elles changèrent tout à fait sa ma-
* Dépdt de II guerre, 1709, t II, GLXXXII* leUre, 13 septembre. Teysui m maréclial de Besoni .
*• PHIIJPPE V REVIENT SUR SON COMPTE. 40i
nière de voir. Le maréchal de Besons ne parla énergiquement qu'au comte d'Aguilar, lui reprochant sans doute la négligence des Espagnols eux-mêmes et leur antipathie continuelle contre les Français. Il se rejeta aussi sur la question des vivres, que le roi avait trouvés fort insuffisants, et il blâma sévèrement le comte d'Aguilar d'avoir voulu enlever à l'armée le comte de Castelar, riche et honnête intendant, dont le crédit soutenait le zèle des fournisseurs. Pour ce qui était du ix)i, soumission parfaite : Philippe V voulut retourner sur la rive gauche de la Sègre par le pont de Lérida ; le maréchal de Besons ordonna le passage. Puis il voulut essayer d'afTamer Stahremberg et de le forcer à livrer bataille ; le maréchal de Besons fit tous ses eflbrts pour remplir ce double objet. On ne parvint à rien, c'était trop tard; mais le maréchal de Besons flt preuve d'une bonne volonté qui ne laissait rien à désirer, à tel point que Philippe V, soit égard pour les Français, soit changement réel, parut lé tenir.pour justifié et alla jusqu'à lui offrir, au moment de rentrer lui-même à Madrid, l'ordre de la Toison d'or, récompense de sa souplesse actuelle plutôt que de sa conduite passée.
On conçoit quelle satisfaction dut éprouver le maréchal de Besons après avoir eu tant de sujets de craindre, et combien il se sentit soulagé. 11 en instruisit aussitôt le roi de France, et lui demanda la permission d'accepter cette insigne décoration. C'était l'époque où Louis XIV, selon l'expression de Saint-Simon, venait de voir clair dans les accusations j dirigées contre le duc d Orléans. Le 5 août, il avait écrit à Philippe V, pour l'engager à assoupir, lui aussi, cette malheureuse affaire S et, malgré Pair gêné qu'il eut depuis avec son neveu, il avait à cœur, en vue des éventualités qui pouvaient surgir, d'éviter tout ce qui
I Mém. du nuÊTiéhal de fhaiiieê, t. IV, p. 76.