SENTIMENT DES ALUÊS TOUCHANT SON ÉLÉVATION
et surtout très-flatté de régner assez haut pour entrepi-endre de donner une forme nouvelle et définitive au gouvernement ; mais elle était ass(!Z de Tavis du maréchal de Tessé, qui, avec sa franchise habituelle, pensait que, si par hasard le duc de Médina-Cœli voulait être pour l'Espagne un autre Richelieu, il fallait être sûr qu'au bout de deux ans on serait en état de le faire pendre \ C'est pour cela que les alliés et généralement tous ceux qui savaient que nos deux amis du lendemain étaient toujours les ennemis de la veille, regardaient l'élévation du duc de Médîna-Cœli comme un piège; on ne pouvait, selon eux, « lui avoir remis le soin du gouvernement que pour le ff perdre '. » Le roi n'était pas capable d'une telle duplicité; mais madame des Ursins ne leur paraissait pas aussi délicate sur les moyens de compromettre un citoyen, dangereux ou suspect. Tout ce qu'ils apprenaient des rapports du roi avec son nouveau ministre les confirmait dans cette idée. « Il ne ravait4)as admis dans le Despacho, où a Amelot, avant son départ, madame des Ursins et le sec( crétaire Grimaldo réglaient tout. Extérieurement il lui « témoignait la plus grande confiance ; mais c'est à ceux- « ci qu'il communiquait les affaires les plus secrètes. 11 c( n'ignorait pas la façon de penser du duc de Médinaa Cœli. Il savait que ce seigneur n'avait guère à cœur « ses intérêts; qu'à la vérité, par un sentiment de va- « nité, il s'était fait prier d'accepter l'emploi qu'on lui « avait offert, mais que, dans le fond, il s'en était chargé « avec joie, parce que c'était un moyen d'augmenter son « crédit, de se faire chaque jour de nouveaux partisans, « et de se donner plus d'autorité dans le royaume... « Aussi, bien certainement, si Philippe V, abandonné ou « du moins sérieusement menacé d'être abandonné des
* Mém. du mtréfÂal de Tesséy I. H. p. 160, ICI. — « Mém. de Seinh Philippe, t. II, p. 282.
SON ARRESTATlOiN SUBITE. 407
« Français, n'avait pas été forcé de recourir mix Espngtwls^ « et de tâcher de gagner le corps des grands^ jamais il n'au- « rait choisi le duc de Médina-Cœli pour le placer à la « tète des affaires ^ »
Tout cela, il faut en convenir, joint à la politique souvent astucieuse des cours, pouvait servir de base aux suppositions soit des alliés, soit des Espagnols; et, sans leur donner plus de valeur historique qu'elles n*en doivent avoir, il est très-vrai qu'on avait lieu de s'étonner de la nomination d'un personnage contre lequel on se tenait en garde après Tavoir choisi. Il n'avait fallu rien moins évidemment, pour décider le roi à une mesure si hazardeuse, que ce grave intérêt de rapprochement, qu'atteste le marquis de Saint-Philippe, entre les grands et la cour. C'est là ce qui faisait dire souvent à Amelot lui-même, « qu'il fallait « satisfaire, en Médina-Cœli, l'ambition, grande passion « de ce seigneur*; » et la princesse des Ursins s'était autorisée de l'opinion de ce sage ambassadeur, pour faire prévaloir la sienne. Réussit-on?
En avrit 1710, peu de mois après son élévation, le duc de Médina -Cœli, disent Saint-Simon et le marquis de Saint-Philippe, fut arrêté et gardé à vue. Qu'avait-il donc fait? Les uns, comme Saint-Simon, disaient qu'il s'était lassé, à la fin, du joug de madame des Ursins, et qu'il avait ^f#ilu pointer de son chep. D'autres, cherchant la cause de sa chute dans des questions de coquetterie et non d'ambition, prétendaient qu'il n'avait été mis en prison que parce qu'il n'avait pas eu le bonheur de plaire à la vieille favorite de la reine d'Espagne*. Certains, enfin, dont madame de Maintenon se faisait l'organe et le soutien, semblaient croire que madame des Ursins n'était
« Mém, de Saint-Philippe, p. 281, 282, l. U. — • Lettres an maréchal de Villeroi, p. ^19, 27 juin 1710. — = Mém. de Saint-Simon, t. XVI, p. 78. — * lettres au maréchal de Villemi, p. 119, 27 juin 1710.