ABSTENTION APPARENTE
pour rien dans la disgrâce de ce seigneur ^ Celait là aussi ce qu'elle aflirmait elle-même, et elle tenait beaucoup à ce qu on le crût, à cause de la faction du duc d'Orléans, dont elle était haïe, et qui allait être si molestée de ce nouveau coup. « Ma bonne intelligence avec le duc de « Hédina-Cœli, disait-elle, n*a pas cessé un instant, jus- « qu'au moment où Ton s'est saisi de sa personne. » Elle avançait, à Tappui de cela, « que la duchesse de Médina- « Cœli, qui était une femme très-sage et très-bonne, et u qu'elle avait fort connue à Naples et ailleurs, s'adres- <x sait toujours à elle pour obtenir quelque adoucissement « aux traitements qui pouvaient être infligés à son mari*.t L'aurait-elle fait, si elle l'avait crue hostile à ce seigneur? « ff ailleurs, ajoutait-elle, on ne connM pas assez le roi « d'Espagne^. » Par ses conseils, en effet, par son ascendant, par ses exemples, par toute la contexture de sa politique intérieure, elle avait su si bien raffermir le caractère de ce prince, éclairer son esprit, donner de la résolution à sa volonté, en aiguillonnant chez lui tout ce qui pouvait être au-dessous de sa tâche; elle avait tellement réussi, d'un autre côté, par ces mêmes moyens, à assouplir ou à intimider l'humeur séditieuse des grands, qu elle avait fait de Philippe V, en cette année 1710, un véritable roi, aimé de beaucoup, redouté de tous', a II était, pour «c ce motif, assez inutile qu'elle vint, dans cett(^circon- « stance, diriger le roi, dit le marquis de Saint-Philippe, « rendant hommage lui-même à ce résultat de son in- « fluence et de son administration; car le courage et la « fermeté de Philippe V étaient au-dessus d'une résolution « pareille, et même des plus périlleuses, sans qu'il fût « capable de donner la moindre marque de crainte, les (c grands étant alors bien déchus en Espagne de celte auto-
* LcUres de madame de MainteDon et de madame des Ursins, t. H, p. T^t 15 juin 1710. — • Leilrcs à V.llcroi, p. IM è H4. - »/Wrf., p. lîO.
DE LA PiUNCESSIi: DES URSINS DANS CETTE MESURE. 400
« rîté intolérable et sans borries dont ils jouissaient aupa^ a ravant\ »
Pourlanl, malgré ses protestations, malgré sa prétendue abstention dans celte afTaire, « elle possédait à un a trop haut degré la faveur du roi, ajoute le même histo- « rien, pour qu'il soit croyable qu*elle ait ignoré sa dé- « termination et qu elle ne Tait pas approuvée ^ » Aucun détail du procès ne lui était inconnu. « Sa Majesté, écri- « vait-elle à Villeroi, a découvert des choses d'une imc( portance qui Ta obligée à cela... » Puis, dans une autre lettre, prenant le ton d'une personne satisfaite et pour ainsi dire triomphante, « on a saisi, dit-elle au même a maréchal, toutes les cassettes du duc de Médina-Cœli ; « on sait ses intentions ; on sait les liaisons qu'il pouvait « avoir; on sait tout. Ses parents ne soufflent pas. Deux i< fois \>ar jour ils font leur cour à la reine; mais ils <x sont effrayés de la fermeté du roi. Au milieu de tout 4< cela, Madrid est tranquille. Ce qui touche le duc de « Médina-(Jœli y a fait peu de bruit. .. » Et parlant ici du cardinal Portocarrero, qui était mort l'année précédente à Tolède, et dont le nom n'était plus dans aucune bouche, après avoir eu tant de retentissement en Espagne, <x c'est « absolument, pôursuit-elle, comme après la mort de ce <x fameux cardinal Portocarrero, qui fut presque oublié a de tout le monde le lendemain. Vous connaissez les f< cours '... » Assurément un tel langage n'accuse pas une participation directe au coup d'Étal, dirigé contre le puissant duc; mais il y règne un air dégagé, qui décèle un indifférent, sinon un ennemi et un juge. C'est à tel point que, malgré toute la discrétion qu'exigent les lettres de cette nature et qu'une femme si politique savait toujours garder, on attend, ou plutôt on craint, en lisant celle-là,
• Mém. de Saini-PhHippe, t H. p. 317. — » /Wrf. — » Ullres i Villeroi, 1710, 2 juin, p. 111 à Hé; et 27 juin, p. 117 à 120.